LES GAFAM ET NOS DATA, LES ESPOIRS DE 2021

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Les salariés de Google ont souhaité une bonne année à leur patron… ils ont créé un syndicat. Ce qui est une première chez les sociétés Gafam*. Serait-ce un signe d’un environnement plus équilibré qui place les nouveaux empereurs du siècle face à leurs responsabilité. Comme si leur monde parallèle, si tranquille et si protégé par des batteries d’avocats, commençait à se fissurer. Des chevaux de Troie seraient-ils entrés jusque dans leurs châteaux forts ?

On peut déjà remarquer, en ce début d’année 2021, que des chevaliers adverses n’hésitent plus à prôner le démantèlement de leurs entreprises. C’est le cas des plus hautes autorités américaines et européennes. Nul doute que vont suivre des actes d’accusations nombreux à flirter avec cette ligne d’attaque qui, si elle était franchie, serait destructrice pour les géants du net.

Le 20 octobre 2020, sur ce même site, l’article abordait le thème des contenus véhiculés par les Gafam et leurs rapports avec la presse, notamment les modalités de financement **. Aujourd’hui, il s’agit de réaliser un focus sur l’épineuse question de l’utilisation des données recueillies par les moteurs de recherches et leurs différentes plateformes.

Le recul spectaculaire de WhatsApp

WhatsApp a l’honneur de faire la Une sur le sujet ces tous derniers jours. Face au tollé général consécutif à l’annonce, il y a trois mois, de nouvelles conditions d’utilisation de ses données, la messagerie opère un recul stratégique et salutaire pour son image. La messagerie annule tout et reporte le sujet au 15 mai prochain. Le plus incroyable est que la décision visait justement à rassurer ses 2 milliards d’utilisateurs sur la protection de leurs données personnelles. La protection n’était donc pas optimale… En fait, beaucoup ont considéré qu’à l’inverse de ce qui était annoncé, la plateforme tentait de partager davantage encore ses données avec sa maison mère Facebook. Il faut savoir que les valeurs fondatrices de WhatsApp étaient justement la garantie de protection des données. Des pays, par exemple l’Inde, l’Italie et la Turquie avaient demandé la suspension des nouvelles conditions.

Instagram s’intéresse aux mineurs

Instagram, le géant de son secteur – lui aussi appartient à Facebook – était dans le collimateur, dès octobre dernier, visé par une enquête européenne. Il est avéré que tous les utilisateurs du site d’images le plus populaire au monde peuvent accéder aux données d’utilisateurs… mineurs. La plainte a été déposée par le régulateur irlandais équivalent à notre CNIL (Commission National Informatique et Liberté) au titre de non respect du RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données). Le mois précédent, Instagram avait déjà été accusé d’utiliser la caméra de nos smartphones, sans notre autorisation. Une surveillance à la Big brother. Pour ses dix ans, le site aux 1 milliard d’utilisateurs, 3ème réseau en France avec 21 millions de fans, un réseau des plus rémunérateurs avec 20 milliards de $ en 2020, commence l’année en fanfare. Nous suivrons les poursuites judiciaires avec intérêt.

Google et Facebook les deux pirates piratés

On se souvient qu’en 2019 Google et Facebook avaient été accusés de manipulation de données… En quelque sorte la suite logique de l’affaire Cambridge Analytica qui avait révélé l’utilisation frauduleuse de 87 millions de comptes Facebook pour la campagne de Donald Trump. Le réseau social au 2,2 milliard d’amis avait déjà subi en 2018 un piratage affectant “presque 50 millions de comptes”. Les cybercriminels s’en donnent donc à cœur joie en prenant en défaut les « spécialistes » de la sécurité et en pompant avec joie et profit dans nos données personnelles. Le résultat s’était soldé avec une amende de 50 milliards de dollars…

Votre cafetière est un gangster et votre assistant vocal un témoin

Mais évidemment, le jeu continue. Une anecdote à titre de petit remontant ? Voici un café, un drôle de café. Un expert de la cybersécurité a ordonné à une cafetière connectée – oui, cela existe ! – de refuser de servir un café à son utilisateur branché. Ça a marché ! Elle était prête à lui servir son expresso serré uniquement s’il consentait à desserrer les liens de sa bourse pour payer la rançon demandée. Moins drôles et plus révélateurs encore, ces faits qui ont décidé de l’issue d’un procès. Un homme est accusé de meurtre en Allemagne. Fin 2020, il sera confondu par un assistant vocal. Des enregistrements collectés par Alexa, l’assistant vocal d’Amazon, ont été utilisés comme preuves. Ils ont en effet permis d’identifier l’homme accusé d’avoir tué son ex-compagne en l’étranglant durant une relation sexuelle, et de confirmer qu’il était bien sur les lieux au moment des faits. Alexa l’a condamné. Voulez-vous toujours connecter votre habitation… ?

Chrome d’or

Un enfant de Google est lui aussi visé par un cabinet d’avocats : Chrome. La promesse du navigateur: vous pourrez avec lui surfer de façon protégée des regards indiscrets. On note que le problème existe puisque l’on veut nous en protéger. La promesse est déjà un aveu. Or le cabinet d’avocats considère que c’est un gros mensonge. Des informations demeurent collectées et fournies… à Google ! À bon entendeur, salut ! Que voilà un lucratif retour à l’envoyeur qui sera en faire la meilleure utilisation.

En effet, Google est un spécialiste de l’analyse des sites web et un des leaders de la collecte d’informations personnelles à des fins publicitaires. C’est même son cœur de métier, son nerf de la guerre, son aspirateur d’or indispensable à son développement économique.

Oui, mais voilà, nul n’est prophète en son pays, ce faisant Google et son Chrome doré violeraient, selon les avocats, la loi californienne sur la vie privée et sur la mise en écoute.

Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit

Vendre ses utilisateurs, cela fait plus de dix ans que les grands de la Silicon Valley ont compris que c’était LA vraie source de revenus. Ils ne sont pas trompés. Les vrais clients, ce ne sont pas vous et moi, ce sont les sociétés qui achètent de la publicité ciblée. Or un tel système économique ne peut qu’inciter au vol et au pillage des données. Cela bien sûr en nous le cachant, contre notre consentement. Il ne faut en aucun cas croire en la neutralité des algorithmes. Emmaüs Connect a cette très juste formule : « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ».

Apple joue au chevalier blanc

Apple, société Gafam de premier rang prétend avoir pleine conscience de la gravité du problème. La société annonce avec force vouloir défendre la vie privée de ses utilisateurs. Belle intention d’une entreprise qui n’a qu’une « faible » (tout est relatif) part du marché et qui vend ses produits plus chers que ses concurrents. Jouer l’éthique, c’est aussi renforcer sa position de « premium ». Prouver que l’on est le meilleur de la classe est un atout. Technologiquement, Apple commence à être talonnée de près par ses concurrents. Les distancer sur l’éthique peut aider à conforter ses positions vis-à-vis d’une clientèle fidèle et attentive aux sujets écologiques et sociétaux.

Le moyen est technique : intégrer dans leur nouvelle version d’iOS une notification que l’utilisateur devra remplir pour autoriser ou non une application à le suivre. Un peu comme on l’a vu avec What sApp. Ainsi chacun pourra décider s’il veut être tracé pour nourrir le marché de la publicité. Si vous dîtes non, vous ne recevrez plus de messages ciblés. Vous pourrez consulter un site vendant des robinets, sans devoir, les jours qui suivent, être sous la douche de dizaines d’annonceurs vous proposant de refaire votre salle de bains.

Parfait ! Oui, mais il y a un problème, les éditeurs d’applications qui se proposent à Apple comme à Google, pourraient constater une baisse de 20 à 30 % de leur revenus. Apple voulait mettre en œuvre son nouvel iOS en 2020, il doit reculer… ce sera peut-être en 2021. L’économie du système est globale. Tous ses acteurs se tiennent les uns les autres.

Le démantèlement n’est plus tabou

Au début de cet article était évoqué un possible démantèlement des Gafam, ou de certains d’entre eux dont la position est dominante. La procédure a fait ses preuves aux États-Unis. Elle est rare, mais par principe elle frappe les plus grands. La politique antitrust est ancienne : en 1911, Standard Oil, American Tobacco, Du Pont de Nemours sont condamnés et démembrés ; en 1982 AT&T est répartie façon puzzle en 8 compagnies. Tout récemment, les États-Unis ont lancé deux procédures contre Google et Facebook, et notamment afin que ce dernier se sépare d’Instagram et WhatsApp. La lunette du démantèlement fait donc un point de plus en plus net et rapproché sur les Gafam.

Le commissaire européen chargé de l’Economie digitale, Thierry Breton, évoque lui aussi des « séparations structurelles » envisageables. Si les conditions de marché le nécessitent… Le « digital service act » est le texte qui, en derniers recours, peut forcer un acteur à vendre certaines activités si sa position dominante menace les intérêts des consommateurs ou des entreprises rivales de plus petite taille.

Les temps vont-ils changer ?

Pour l’instant, les Gafam ne risquent rien de ce niveau à court terme. Certes, elles sont toutefois sommées de venir présenter leur défense devant les parlements de plusieurs pays : Australie, Canada, États-Unis, Irlande, Union européenne… Mais, à ce jour, après des audiences de même nature tout aussi symboliques, hormis les amendes rappelées plus haut, aucune sanction n’a pu empêcher les manquements aux règles de se prolonger.

Mais qui sait, les temps sont-ils en train de changer…

*Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft.

** À noter une évolution positive et annoncée comme probable dans l’article cité. Ce jour même, Google et l’Alliance de la presse d’information générale (Apig), qui représente les quotidiens nationaux et régionaux français, ont annoncé la signature d’un accord ouvrant la voie à la rémunération de la presse française par le géant du Net au titre du «droit voisin». Les négociations ont été mouvementées, mais elles ont abouti.

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