Regards d’artistes sur les médias

Ci-dessous, des extraits de romans ou propos d’artistes sur les médias. Regards d’amour et parfois sans concession sur la presse et les journalistes. Une expression qui ne date pas d’aujourd’hui.

« Idéologue : Tous les journalistes le sont. Journaux : Ne pouvoir s’en passer. – Mais tonner contre. » Gustave Flaubert (1821-1880), Le dictionnaire des idées reçues publié en 1913.

« Il y a trois pouvoirs au Parlement, mais dans la tribune de presse siège un quatrième pouvoir beaucoup plus important que ceux-là réunis. » Edmund Burke, homme politique et écrivain britannique (1729-1797)

« Le journalisme, vois-tu, c’est la religion des temps modernes. » Honoré de Balzac (1799-1850)

«– Avez-vous des journaux ? Je voudrais avoir quelque chose à lire en attendant le train. – Je vais vous en apporter. La patronne est abonnée à l’American de Chicago. – Bon Dieu, je n’ai pas vu un journal depuis trois semaines. – Moi aussi j’aime lire le journal, di Mac. J’aime savoir ce qui se passe. – C’est un tas… de mensonges, pour la plupart… tous les journaux sont dans la main des gros capitalistes. – Hearst est pour le peuple. Je n’ai pas plus confiance en lui qu’aux autres. » John Dos Passos (1896-1970), 42e parallèle (1930).

« La presse est un élément jadis ignoré, une force jadis inconnue (…) ; c’est la parole à l’état de foudre ; c’est l’électricité sociale (…). Plus vous prétendez la comprimer, plus l’explosion sera violente. Il faut donc vous résoudre à vivre avec elle. » François-René de ChâteaubriandMémoires d’outre-tombe (1841)

(…) Les flics en civil de Newton ont barré l’accès à la 46° Rue. Ils ont neutralisé Central à l’ouest et Hooper à l’est. Les reporters ont franchi des clôtures de jardins pour entrer à tout prix. Les journalistes de radio font leur reportage en direct depuis le jardin même. Ledit jardin a été tellement piétiné qu’on ne peut plus espérer y trouver le moindre indice. (…) Elle saisit des parlotes de quelques journalistes. Les commentaires crétins se recoupent. C’est un coup des bronzés. Des nègres de Jazz Strip. Il y a un Jap et une nana, dans cette histoire. Il faudrait que le Dudster et Whiskey Bill s’en mêlent un peu. Ils ont fait des étincelles, pour le meurtre des Watanabe. « Le Jap et la Jupe ». Les vampires de la presse adorent ! James Ellroy, La tempête qui vient, éditions Rivages/Noir, octobre 2019.

(…) O’Rourke monta sur l’estrade et se pencha vers la forêt de micros. Il était beaucoup plus grand que le chef de la police, pour qui on avait installé ces micros. – Tout le monde est prêt ? Quelques cameramen au fond de la pièce crièrent « Non ! » ou « Pas encore ! », mais O’Rourke les ignora. – Le chef de la police va d’abord vous faire une brève déclaration concernant les événements survenus aujourd’hui, puis il répondra à quelques questions. Mais seuls les aspects généraux de cette affaire seront évoqués pour le moment, car l’enquête est en cours. Le chef adjoint Irving est là également pour répondre aux questions. Si nous procédons avec discipline, nous irons plus vite et tout le monde y trouvera son compte. Les journalistes continuèrent à lancer leurs questions et O’Rourke s’avança vers les micros pour couvrir leurs voix et menacer de mettre fin à la conférence de presse s’il n’obtenait pas le silence. La menace fut payante. Le chef put reprendre. Michael Connelly, L’envol des Anges, éditions du Seuil, octobre 2000.

« La presse a succédé au catéchisme dans le gouvernement du monde. Après le pape, le papier. » Victor Hugo.

« Confiez-moi les journaux, la radio, le cinéma et quelques autres instruments de culture, et je m’engage à faire des hommes, en quelques années, comme mon ami Ulrich le disait un jour, des cannibales » Robert Musil, L’homme sans qualités, 1930.

« S’en prendrait-il au journalisme ? Mais il ne peut que le féliciter d’avoir justifié par sa conduite, en cette circonstance, tout ce qu’il en a dit ailleurs. » Honoré de Balzac, Vautrin (préface), 1er mai 1840

« Benedict se rappelait encore, avec un pincement de gêne et de fierté, le jour où il avait déboulé dans le bar en exigeant réparation, après avoir senti que ses compagnons de boisson ne prenaient pas au sérieux sa déclaration comme quoi il était un poète publié. Un poème de Ben venait juste d’être publié dans le Chronicle & Echo local, et quand il avait poussé les portes à battants du Crown & Cushion tel un bandit prêt à tirer sur le pianiste, il avait balancé une trentaine d’exemplaires de la revue en l’air en poussant un cri victorieux – « Tenez ! Ah ha ha ha ! ». Moore (Alan), Jérusalem, édition Inculte, 2017

« Nous lisons bien les journaux. – Pas mal ! pour un journaliste. Mais, tais-toi, nous marchons au milieu d’une masse d’abonnés. Le journalisme, vois-tu, c’est la religion des sociétés modernes, et il y a progrès. – Comment ? – Les pontifes les sont pas tenus de croire, ni le peuple non plus… » Balzac (Honoré de) – (1799-1850), La peau de chagrin, 1831.

« La belle-mère prépare de la bouillie de flocons d’avoine pour eux trois au petit matin, elle prépare le casse-croûte de Jakob qui lit le Morgunbla∂i∂, Le journal du matin, en se rengorgeant régulièrement face aux idées politiques du journal, ses opinions ont toujours été plus proches du Þjó∂viljinn, La volonté du peuple, hélas, le contenu du Mogginn, Le journal du matin, est bien plus étoffé et les pages sportives nettement plus remplies, or c’est une bonne chose, et même plus encore, de pouvoir se plonger dans les récits de matchs de la ligue anglaise ou allemande, de se plonger dans un univers où les lignes sont claires et où les chiffres tordent le cou à toute forme d’incertitude et de doute. Ari mange lentement, impatient de pouvoir consulter ces pages. L’armée s’inquiète en Pologne. Le pays vit une époque troublée, le leader syndical Lech Walesa menace le socialisme, deux serveurs de l’hôtel Esja ont été placés en garde à vue, soupçonnés de s’être enrichis personnellement en coupant les boissons alcoolisées qu’ils servaient à leur clients. Jakob est tellement consterné qu’il lit l’article à voix haute. » Stefánsson (Jón Kalman), À la mesure de l’univers, édition Gallimard, mars 2017.

« C’est au grand-père de Patricia qu’on doit cette presse de caniveau. Une anecdote édifiante circule à son sujet : à la fin du XIXe siècle, il envoie un reporter à La Havane alors en plein conflit entre l’Espagne et les États-Unis. Le reporter lui fait parvenir ce télégramme, « rien ici / il n’y aura pas de guerre / veux rentrer ». Papy Hearst rétorque « fournis-moi les images / je te fournis la guerre ». (…) Vous écrivez que l’incapacité du FBI à retrouver l’héritière est une indication de l’humeur américaine en 1974 : ils ont beau frapper aux portes, les policiers, faire imprimer des flyers qu’ils distribuent aux étudiants de Berkeley, aux musiciens de Haight Ashbury, à ceux qui dérivent sur Valencia Street, ce mélanges de vétérans estropiés de dix-huit ans et de gamins des beaux quartiers sur les traces de Kerouac, les portes, en 1974, on les claque au nez des agents. Personne ne veut aider la police. Aujourd’hui, ajoutez-vous, la langue des forces de l’ordre a gagné jusqu’aux journalistes qui mentionnent sans qu’on s’en émeuve « une cible abattue, un suspect neutralisé ». Aujourd’hui, on la retrouverait, Patricia, par le biais d’une émission de téléréalité invitant les téléspectateurs à mener l’enquête eux-mêmes. » Lafon (Lola), Mercy Mary Patty, édition Actes Sud, août 2017.

« Lorsque l’histoire elle-même fut à cours de prophéties, on en commanda à des journalistes qui, sur ce point au moins, se montrèrent aussi compétents que leurs modèles des siècles passés. » Camus (Albert) (1913-1960), La peste (1947), édition La Pléiade-Gallimard, janvier 2007.

« Vite fait, bien fait. L’on peut apprendre des choses et se mettre à jour en termes d’informations en quelques instants. La lecture s’apparente ici à une course (une de plus) dont le but serait d’arriver au bout en un temps minimal. (…) Si le désir de lire ne s’apparente qu’à lire vite des textes de plus en plus courts, alors qu’en est-il de la lecture? Et si plus personne ne se montre capable, voire désireux, de lire des oeuvres dignes de ce nom, qu’adviendra-t-il de l’imaginaire de notre société, de son intelligence ? » Cayol (Christine), Pourquoi les Chinois ont-ils le temps ?, Tallandier, avril 2017

« Il ne pensait qu’à son récital auquel l’encourageait le critique musical Jean Vuillermoz. Vuillermoz était un des deux ou trois critiques à comprendre la musique moderne. Tous les autres ? Des aigris, des recalés du conservatoire qui n’entravaient rien à rien, sauf si on leur glissait une enveloppe… » Déon (Michel), Le jeune homme vert, Gallimard Folio, février 2017

« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Albert Londres, grand reporter (1884-1932)

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