Grosse Infox

Quelques Infox (Fake news) qui me semblent sortir du lot. Elles nous disent beaucoup, par leur présentation et leur ressort, sur ce qui peut provoquer en nous des réactions intempestives et des échauffements hâtifs.

15 janvier 2020

Quand c’est pas net, chercher les brutes

Capture d’écran 2020 01 15 à 16.22.32 - Grosse Infox

Il est vrai qu’Emmanuel Macron s’est engagé à ce que le niveau de retraite minimale soit de 1.000 euros par mois. D’ailleurs l’engagement a été repris par le rapport Delevoye, puis par Édouard Philippe. Mais il est faux que ce soit un montant brut et non pas net.

Comme le mentionne clairement le site du gouvernement, il est bien question d’un minimum de « 1.000 euros net de retraite » pour une carrière complète dès 2022. Puis, en 2025, il devrait être de « 85 % du smic »

C’est dire que les informations, nombreuses sur les réseaux, sont… sans raison. Dans les thrillers on connaît la phrase : « Cherchez l’argent, cherchez la femme ! » qui aiderait à résoudre les énigmes.

Ici, cherchons les bénéficiaires. On ne peut pas les démasquer, mais on sait – au point bas où sont tombés certains responsables politiques – qu’ils sont nombreux à faire eau grasse de ces eaux sales.

13 décembre 2019

Infox alimentaire pour intox de l’esprit

Infox Intox - Grosse Infox
Aucune des photos ne provient de France et au moins deux d’entre elles ne relèvent pas du gaspillage alimentaire.

Des tonnes de légumes frais jetés à terre, des poubelles débordant de pains joliment cuits… Les photos publiées sur Twitter sont révoltantes : des associations françaises seraient privées de nourriture par des commerçants et des grandes surfaces égoïstes. Écœurantes images qui malgré leur force sont fausses, ce qui n’a pas empêché leur succès. La capture d’écran choisie en illustrant montre qu’un seul émetteur a obtenu 15 K de partages et 74 commentaires et sur Facebook le message a été relayé des milliers de fois. Cette infox (nom que je préfère à fake news) est une véritable intoxication, non pas alimentaire, mais de l’esprit.

Les images sont fausses car aucune, malgré leur légende : « Voilà ce que l’on fait des produits alimentaires qui ont un défaut. Un SCANDALE, alors qu’il y a tellement d’associations pour récupérer ces denrées si utiles aux personnes qui n’ont rien. », ne représente un indécent gâchis même si, opportunément, la première publication date du 18 octobre 2019, deux jours après la journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire.

Tout d’abord, aucune des trois photos n’a été prise en France contrairement à ce que les relayeurs, probablement sincères… mais bien peu vigilants, prennent pour argent comptant. La première image date de mars 2018. Elle a été prise par le photographe de l’agence Reuters, Ben Nelms, à l’usine Enterra Feed de Langley, en Colombie-Britannique (Canada) et sa légende indiquait : « une ouvrière jetant des invendus alimentaires avant qu’ils ne soient donnés pour alimenter les larves de mouches soldats noires ». Il faut savoir que l’élevage des mouches noires produit en Amérique du Nord des farines animales. Au Canada, les larves de mouche ont été utilisées dans les élevages de saumon… on pourrait dire une sorte de pêche à la mouche. Le geste de l’ouvrière au gilet jaune participe du développement durable et de l’économie circulaire. La deuxième photo de la benne, sur laquelle on peut lire le mot London (pour Londres) et le mot Warning (Attention) révèle là-aussi que nous ne sommes pas en France. Personne ne peut dire ce que sont devenus ces aliments, jetés ou non. Le troisième cliché provient du Luxembourg a été pris en 2016 par un consommateur et, contrairement à l’apparence, ne montre pas une poubelle remplie de pain, mais le moyen de son transport… il est vrai ressemblant. Après avoir circulé sur Facebook, plusieurs médias locaux s’étaient émus de cette histoire, et la boulangerie mise en cause avait été poussée à publier un communiqué d’excuses.

Au final, trois photos qui ne proviennent pas de France et deux qui ne relèvent pas du gaspillage alimentaire, un doute subsistant pour la troisième.

En France, environ 10 millions de tonnes de nourriture consommable sont jetés tous les ans ce qui équivaut à 150 kg par habitant et correspond à l’émission de quelque 15,5 millions de tonnes de CO2. Le gouvernement avait d’ailleurs chiffré ce gaspillage à plus de 600 millions d’euros de produits détruits ou mis à la poubelle chaque année et, le 27 septembre 2019, le projet de loi anti-gaspillage a été adopté par le Sénat. Le projet prévoit « l’interdiction de l’élimination des invendus non alimentaires ».Ces produits seront « orientés prioritairement vers le réemploi, la réutilisation et le recyclage ». Les lois Garot (2016) et Egalim (2018) encadraient déjà les invendus alimentaires, mais la nouveauté apportée par le gouvernement d’Édouard Philippe concerne les produits non alimentaires, dont les invendus en matière d’hygiène et de beauté. Ces derniers représentent la plus grande part des produits actuellement éliminés. Autre nouveauté du texte, les professionnels des halles et marchés ont « l’obligation de proposer aux associations les denrées invendues encore propres à la consommation et donner en priorité les produits dits nécessaires à des associations de lutte contre la précarité ».

Le gaspillage alimentaire est un vrai problème, notamment dans les pays développés, et toute image le caractérisant peut provoquer salutairement une prise de conscience pour lutter contre. Encore faut-il que les clichés soient vrais et expliqués, mis dans leur contexte. Les trois images ci-dessus sont des infox qui ont circulé sans que soit précisé l’état de la législation française et de son évolution programmée. L’émotion avant la raison et l’analyse.

Une nouvelle fois, merci aux équipes de journalistes qui ont pour mission de vérifier ces flots de fausses informations qui ont toujours une raison d’exister pour leurs auteurs qui ne souhaitent que leur propagation. Cet article leur doit l’essentiel*.

*Les DécodeursLe Monde, mercredi 27 novembre 2019.

10 juillet 2018

Mélenchon, Le Pen, Trump, Wauquiez, une même stratégie d’attaque des médias

Bullshit (fadaise, connerie,…), fakenews, info  (rumeurs, fausses nouvelles), ces mots débordent en flots de la bouche de plusieurs politiques. Et cela au même moment, ce n’est pas innocent. Laurent Wauquiez, fils de bonne famille et diplômé des écoles du beau langage et de la pensée raisonnée fait tous les efforts pour apparaître tel l’ingénu et l’homme sincère. Il proclame un parler sans détours, mais il s’y cache un mauvais théâtre et son masque de nouvel arlequin n’est pas nouveau. Sous ce dernier on devine sans peine un menton toujours tendu aux dents serrées. Lorsqu’il « lâche » ses propos de manière « cash » – on emploie ces mots dans les milieux libérés – c’est en fait une réflexion longuement macérée qui se déverse de son sourire d’homme certain de son bon coup. Au-delà des attaques personnelles et de très mauvais goût à l’encontre de ses adversaires – mais il n’est pas le premier –, l’essentiel à retenir de sa « sortie » du 16 février 2018 devant les étudiants de l’école de management EM Lyon Business School, est son combat lancé contre les médias et les journalistes. Dire : « je ne livre que des bullshits lors de mes interventions médiatiques » c’est tout simplement considérer ces lieux d’information comme étant uniquement dignes de propos de poubelles. Autrement dit, en termes de communication politique utilisée de longue date – et une nouvelle fois pas par lui seul – c’est continuer à participer à un jeu cynique alors qu’on prétend justement vouloir en sortir. Nous avons connu des hommes politiques qui tentaient le « parler vrai » lorsqu’ils s’adressaient aux peuples. Ce n’est pas toujours du « vrai de vrai », mais ils ne réservaient pas leurs déclarations éclairantes à des couloirs de fausse coulisse. Au cœur du « nouveau » propos ce sont les journalistes qui sont visés. Le récent porte-parole du parti Les Républicains n’a d’ailleurs pas manqué d’enfoncer le clou lors d’un point-presse où il a comparé « le niveau des journalistes à celui de CAP d’ajusteur monteur ». On remarquera le mépris d’un métier manuel dont il ne connaît rien (il n’existe pas d’ajusteur-monteur en audiovisuel ou en mécanique) mais rejette instinctivement dans l’opprobe les véritables ajusteurs en mécanique et les monteurs en audiovisuel. Il s’excusera de cette « maladresse », bien. Toutefois il y a une mécanique que Laurent Wauquiez dénonce dans son patient meccano de conquête de premier opposant au pouvoir gouvernemental, celle du « système médiatique ». En effet, le lendemain de la diffusion des « images volées » – quelle surprise dans notre monde où le smartphone alimente en flux continue Twitter et Facebook ! ? – le chef des Républicains a eu cette précision éclairante : « Je suis devenu une cible (…) Le système médiatique a ceux qu’il cible et ceux qu’il protège. » Pour un homme qui ne néglige pas de faire la Une et plusieurs pages intérieures du grand hebdomadaire Paris-Match (car ces communications « people » s’organisent avec précision) quelques jours avant son élection comme président de son parti, le propos semble quelque peu déplacé. Mais sur le fond, les propos résonnent avec ceux de Jean-Luc Mélenchon qui écrit : « La haine des medias et de ceux qui les animent est juste et saine » * (26 février 2018). Ajoutant par ces images dont il a la révélation qu’il faut combattre ce « parti médiatique » qui « inocule chaque jour la drogue dans les cerveaux ». Reconnaissons que l’homme politique est cohérent. Quelques jours plus tôt, il avait demandé à ses soutiens de ne plus acheter le quotidien Le Monde * (14 février 2018) qui, selon lui, serait devenu « un parti politique ». Marine Le Pen, sur son blog (décidemment outil de communication en pointe à la tête des partis politiques) a dénoncé dans la foulée « une lourde attaque globale du parti médiatique en meute » et s’est « réjouie » que le dirigeant de la France insoumise la découvre. Propos à rapprocher d’une autre phrase de Jean-Luc Mélenchon (sur son blog évidemment) : « Wauquiez s’est pris une lourde attaque globale du parti médiatique. * (26 février 2018) » La boucle est bouclée, nous sommes face à une pensée politique. Elle ouvre un débat, c’est légitime en démocratie, mais il faut en avoir conscience. Bien avant son élection, Donald Trump avait de la même manière stigmatisé les grands médias en les traitant en eux-mêmes du terme de fakenews. Tout ce qu’ils disent ou écrivent le serait, car ils le seraient dans leurs corps, leurs cellules. Le président américain a été jusqu’à traiter les médias « d’ennemi du peuple » et lors d’une visite à la CIA au lendemain de son investiture avait déclaré : « Comme vous le savez, j’ai une guerre en cours avec les médias » ajoutant pour bien se faire comprendre que les journalistes comptaient « parmi les êtres humains les plus malhonnêtes du monde ». En conséquence logique, sa communication et ses « informations » passent par ses tweets à répétition aussi rageurs que fantasques. Ainsi des dirigeants élus et des responsables politiques en espoir de le devenir, mènent un combat frontal contre les médias et prétendent vouloir s’adresser directement au peuple, sans filtre, sans critique. Ce n’est pas une nouveauté, il y a toujours eu et il y a besoin de médias d’opinions. Mais ici, il y a une attaque réelle de la démocratie. La presse libre, même si elle est par nature critiquable et si elle a bien du mal à se remettre en question alors qu’elle fait des erreurs et vit une défiance des citoyens importante à son égard, demeure une expression indispensable à la démocratie. Nous avons besoin de presse(s) plurielles, et contrairement à ce que certains prétendent, elles existent encore. Nos nouveaux chevaliers blancs en lutte contre la médiacratie en seraient-il les garants s’ils parvenaient au pouvoir ?

* L’ère du peuple ** Marine Le Pen, le site officiel

5 juillet 2018

La BBC souhaite augmenter son audience par du faux-vrai

Le procédé n’est pas nouveau, les “télés-réalités” du monde entier ont utilisé ce procédé dès leur naissance. Mais lorsque l’honorable BBC est prise la main dans le sac (et ce n’est pas la première fois), évidemment c’est LA télévision “de référence” qui déroge à sa ligne de conduite. C’est le quotidien anglais The Guardian qui sort l’information le 4 avril 2018. Les faits sont anciens puisqu’ils se sont déroulés en 2011. Lors de la réalisation du documentaire “My Year With The Tribe” (“Mon année avec la tribu”), l’équipe filmait plusieurs indigènes du peuple Korowai de Papouasie-Nouvelle-Guinée vivant dans une cabane dans un arbre… sauf que la cabane a été construite pour les besoins du tournage. La BBC reconnaît que c’est “une violation des normes éditoriales.” Fait aggravant pour la chaîne publique aux qualités par ailleurs nombreuses et reconnues au point d’être enviées dans de nombreux pays, ce n’est pas un cas isolé. En 2015, la production avait été accusée d’avoir eu recours à un loup semi-domestiqué car l’équipe n’avait pu en trouver un sauvage dans le désert lors du tournage. “Dans cet épisode, intitulé ‘Deserts: Life in the Furnace’, deux éleveurs de chameaux mongols ont tiré des coups de feu en direction du loup ‘sauvage’ alors qu’il traversait le désert de Gobi, puis ont discuté de leur frustration de ne pas l’avoir tué“, explique The Guardian. En réalité, l’animal avait été filmé en train de se diriger vers son maître. Des tarentules en images de synthèse (!) avaient été ajoutées dans un épisode sur la jungle vénézuélienne… L’amusant, si l’on ose le dire, c’est que la BBC dit avoir renforcé, dès 2011, sa formation obligatoire pour tout le personnel “sur les lignes directrices éditoriales, les normes et la valeurs”. Visiblement pas celle de la transparence. Car sans The Guardian, ce faux – certes ancien – ne serait pas connu. Or savoir où il y a eu manquement fait justement partie des valeurs. Les “nouveaux médias” n’échappent pas à ces “gonflettes” qui comptent sur le sensationnel et le vécu pour se faire du muscle d’audience. Ainsi le jeune journaliste français Hugo Clément qui s’était connaître sur le plateau de Quotidien, l’émission de TMC animée par Yann Barthès, avait publié une information alarmante lors de la visite d’Emmanuel Macron au Burkina Faso – le convoi présidentiel était attaqué, ni plus ni moins ! – sur des informations dont il n’avait pu donner d’indications. Excuses et rétractations avaient suivi… mais le mal était fait pour lui. Dans la même période il a du quitté sans préavis sa chaine pour rejoindre un le site d’information Konbini, site d’information et de divertissement. Tout est dans le “ET”, cette ligne floue que l’on ne sait si les “journalistes” sont invités à la franchir ou non.

22 juin 2018

FAIRE MENTIR ANGELA MERKEL

Cette “désinformation-manipulation” est caractéristique des dégâts qu’une fausse information peut provoquer en un court temps. Et ici il s’agit de conséquences politiques importantes. L’émetteur était peut-être “modeste” dans sa renommée, mais à l’évidence très organisé et avec une stratégie politique élaborée.

Dimanche 12 mars 2017, dans la soirée, une rumeur se répand sur Internet : “Merkel espère faire venir 12 millions d’immigrés.” Aussitôt, des milliers d’internautes s’indignent, likent la nouvelle et la partagent sur les réseaux. Et commentent, aussi : “C’est la logique du ‘grand remplacement‘, c’est l’objectif des élites.” Certains n’hésitent pas à s’en prendre à la chancelière : “Que cette foutue bonne femme aille au diable, elle n’a qu’à embarquer dans un bus d’immigrés.Au milieu de ce débat enflammé, beaucoup oublient un détail : la nouvelle était fausse. Cet exemple montre parfaitement comment il est possible de manipuler l’opinion publique à coups de mensonges ou de demi-vérités postées en ligne et comment on peut faire enrager des pans entiers de la population à l’aide de fausses informations. Angela Merkel n’a jamais ” espéré ” faire venir 12 millions d’immigrés, elle n’a même jamais prononcé ce mot. Le résultat est pourtant là : largement commentée et diffusée, l’information a été likée par près de 25 000 personnes sur Facebook. Une audience que même les grands médias établis n’atteignent que rarement. Et en l’occurrence l’article ne provenait pas d’un grand journal mais d’un modeste site de droite qui a dû se frotter les mains. Article rédigé sur la base de celui d’Ingrid Brodnig du Süddeutsche Zeitung (Munich), le 19 juin 2017.

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