ET NOUS, ET VOUS… AVEC LES MÉDIAS, COMMENT ÇA VA ?

70d0666b a6b2 452f a855 b3389b0a90f9 - ET NOUS, ET VOUS… AVEC LES MÉDIAS, COMMENT ÇA VA ?
Presse 2021 image Une 1 644x267 - ET NOUS, ET VOUS… AVEC LES MÉDIAS, COMMENT ÇA VA ?

« Le moment n’est-il pas venu pour les propriétaires de journaux de se joindre à un mouvement d’intérêt général visant à apaiser les esprits inquiets en leur donnant certes toutes les nouvelles mais sans insister sur les désastres en vue ». Qui a osé cette déclaration ? Est-ce à propos du Covid-19 afin d’en limiter les peurs que le méchant virus provoque ? S’agit-il d’une recommandation plus générale pour tenter d’enrayer la défiance croissante des citoyens vis-à-vis des médias ? Non. Le propos est de John Dos Passos, écrivain américain, et il date de 1932. 1

Il est attendu chaque début d’année. Le réputé et instructif baromètre de confiance dans les médias Kantar Public-Onepoint pour le quotidien La Croix est paru. C’était le 27 janvier dernier pour le 34e du genre 2. Je crois en présenter ici les points saillants. J’en profite ensuite pour livrer quelques données factuelles sur les médias. Vous savez, ces outils de communication qui sont aussi une industrie.

LES FRANÇAIS ET LES MÉDIAS

La confiance demeure très faible

Les optimistes poussent un ouf de soulagement. Une sorte de bouffée d’air frais éclaircit leurs pensées. Ainsi Guillaume Goubert, dans son éditorial de La Croix présente les résultats du sondage réalisé pour le 34ème Baromètre de confiance dans les médias par Kantar Public-Onepoint. Il note un frémissement positif car la confiance entame une légère remontée. Rappelons que les baromètres de La Croix sont obtenus selon la technique d’origine des sondages, le « face à face » auprès de 1000 personnes. La qualité des réponses est ainsi supérieure aux questions par téléphone ou courriels.

C’est peu dire que l’année a été exceptionnelle pour l’information. Sur 365 jours, 306 ont vu la Covid-19 être présente dans l’actualité. Inquiets et intéressés, les Français ont voulu, tous médias confondus, être informés sur la pandémie. Sur le sujet de l’hydroxychloroquine, le soi-disant remède du professeur Didier Raoult démenti par toutes les études médicales, leurs vœux n’ont pas été exaucés. Ils sont majoritairement perdus. Ils disent n’y avoir rien compris. On serait égaré à moins. Mais plus généralement, il reste que 67 % des Français ont suivi l’actualité pour avoir de l’information utile. C’est dix points supplémentaires que le plus bas historique concernant l’intérêt pour les médias : 57 %. Un bémol pour les jeunes de 18-24, le taux tombe à 51 %.

À qui profite la confiance ? Le score positif reste toujours faible et variable selon les médias : la radio à 52 %, + 2 points ; le journal à 48 %, + 2 points ; la télévision à 42 %, + 2 points ; et plus faible encore pour Internet à 28 %, mais en progression avec + 5 points. Pas de quoi fanfaronner.

Bien que le jugement sur les journalistes s’améliore un peu, leur image reste très négative. Ainsi moins d’un Français sur trois (29 %) juge les professionnels de l’information indépendants des pouvoirs politiques (+ 4 points) et des pouvoirs financiers (+ 3 points).

Le traitement des informations retenues est vécu de manière tranchée avec deux camps opposés, parfois à partie égale. 44 % des Français considèrent que l’information Covid-19 est bien traitée. Mais elle est mal traitée pour 43 %. Un grief ressort clairement : les événements ont été dramatisés pour 66 % (78 % pour la presse écrite); les « experts » invités sont loin d’avoir fait l’unanimité. La présence sur les plateaux « de gens qui ne sont pas spécialistes du sujet » est rejetée à 73 % ! On voit qu’il y a du ménage à faire. Alors que les Français attendent une information fiable, ils regrettent et rejettent « le système médiatique » enclin à provoquer des emballements qui la détériorent.

Une incompréhension de la hiérarchie des sujets traités

Sous le bombardement des informations, dont on sait qu’elles sont le plus souvent contradictoires, pointe un phénomène de saturation et de manque. Côté débordement 74 % des Français considèrent que les médias ont trop parlé de l’épidémie du coronavirus, 45 % de l’élection américaine et de l’élection de Joe Biden et 34 % du renoncement par le prince Harry et Meghan Markle à leurs titres royaux.

Versus verre plutôt vide, trois événements sont pointés comme étant insuffisamment évoqués : la conférence citoyenne pour le climat (48 %), les révélations d’abus sexuels dans le monde sportif (44 %) et le mouvement pour la démocratie en Biélorussie (32 %). Ce n’est que le podium, car il y en a d’autres qui quotidiennement passent sous les radars sélectifs de l’information émotion.

Toutefois, apparaissent comme correctement traités : l’attaque terroriste au couteau de la basilique Notre-Dame de Nice (64 %), l’assassinat terroriste de Samuel Paty (63 %), les élections municipales en France (58 %).

Les infox font désormais partie de « l’information ». Une grosse majorité de Français considèrent y être régulièrement confrontés : (63 % + 4) plus d’une fois par mois dont (44 %) une fois par semaine et (13 %) environ une fois par mois. En conséquence, la confiance dans les informations qui circulent sur les réseaux sociaux est très négative. Même lorsqu’elles proviennent d’un site d’information d’un média audiovisuel ou de presse écrite le taux est négatif (47 % – 3). La publication par un « ami » est aggravante  : (66 % taux stable). Le « like » n’est évidemment pas un label de qualité.

Il est facile de le constater, la défiance demeure très importante. Ces résultats, où l’information semble retrouver des couleurs, sont donc à prendre avec précaution. L’actualité du coronavirus, tambour battant et battu à l’excès, est une évolution que le temps devra confirmer. En 2021, avec la lancée de la campagne présidentielle et toujours la Covid-19, suivi de 2022 année de l’élection majeur, on pourra faire de plus judicieuses comparaisons avec le passé.

LES AUDIENCES PAR MÉDIA

La presse papier et électronique

Les résultats de l’année 2020 ne sont pas encore publiés, mais malgré l’effet Covid-19, les chiffres de vente de la presse papier ne seront pas extraordinaires. La baisse continue depuis 2015… et elle suivra probablement sa pente.

Pourtant les Français les plus riches restent fidèles à la presse papier.** Ainsi 98,3 % des 9,2 millions de Français considérés comme tels (17,5 % de la population) sont des lecteurs d’au moins un titre de presse par mois. Plutôt citadins, masculins et âgés de 46 ans en moyenne, ces lecteurs estiment à 52 % retirer des informations utiles par la presse. Une confiance majoritaire pour ce groupe de population… mais, on le voit, de peu. En revanche les chiffres tombent pour les autres médias 16 % pour la télévision, 15 % pour la radio, 10 % pour internet et 6 % pour les réseaux sociaux.

En moyenne, les hauts revenus lisent chaque mois 8,6 marques de presse différentes, tous supports confondus. Poussés à la hausse par la crise sanitaire et les confinements, la fréquentation des sites de presse en ligne a considérablement augmenté. L’impossibilité de se déplacer et la fermeture des points de vente ont poussé cette évolution qui est probablement irréversible. Au total, 10 millions de visites supplémentaires par jour en moyenne. Sur les seuls titres de presse grand public, la hausse est 18,9 %. C’est considérable.

La presse régionale

Les 57 quotidiens de la presse quotidienne régionale (PQR), en octobre 2020, se sont fendus d’un spot télé collectif sur TF1 et M6 pour relancer leurs ventes. S’ils représentent encore le chiffre plus qu’honorable de 20 millions de lecteurs par jour et demeurent une force d’information majeure, l’audience baisse. Les 5.800 journalistes et 25.000 correspondants ne mâchent pourtant pas leurs efforts : ils publient 350.000 articles quotidiens. Deux autres objectifs inéluctables pour la « première » des presses françaises : mutualiser les imprimeries pour diminuer les coûts et continuer les efforts sur la publication numérique sur Internet qui représente déjà entre 20 et 25 % des ventes.

La radio

Médiamétrie a donné son verdict du début 2021. France Inter affiche une part d’audience record avec 14,7 %. Du jamais vu. France Infoest à 9,5 % (+ 600 000 auditeurs) battant là encore un record vieux de dix-sept ans et devient troisième radio de France doublant la musicale NRJFrance Culture, avec 3,2 % a doublé son audience… en dix ans. C’est le joli « carton » pour les radios de service public dont il ne faut jamais oublier qu’avec leurs émetteurs elles possèdent encore, contrairement aux stations concurrentes, la meilleure couverture de qualité sur tout le territoire.

RTL reste seconde avec 11,2 % (recul de 0,9 point). RMC poursuit sa glissade et baisse à 6,1%. La station mythique Europe 1, en grande difficulté depuis des années, peine à atteindre 5 %. Pourtant l’arrivée de Patrice Cohen à midi est un vrai succès, comme les émissions de Christophe Hondelatte et Philippe Vandel. Succès plus timide mais présence récente, pour le 18h-20h » de Julian Bugier, nouveau présentateur du 13h sur France 2. Europe 1 n’est plus une grande radio.

La télévision

La durée d’écoute globale de la télévision, qui prend en compte le visionnage sur tous les écrans (téléphone, ordinateur…), en rattrapage et hors domicile, s’est élevée à 3 h 58 par jour en moyenne pour l’année écoulée, soit une hausse de 18 minutes par rapport à 2019. La gymnastique canapé se porte bien.

TF1 est restée en tête des audiences en 2020, mais l’éternel leader a encore perdu du terrain. France 2 conserve sa deuxième place 14,1 % (+ 0,2 point), devant France 3, qui gagne 0,1 point à 9,4 %. Elle devance France 5 (- 0,1 point à 3,5 %), TMC (- 0,1 point à 3 %) et Arte (+ 0,3 point à 2,9 %), un record pour la chaine franco-allemande.

Les chaînes d’information s’avèrent être les grandes gagnantes d’une année hors normes. BFMTV (+ 0,6 point à 2,9 %) réalise le même score qu’Arte et revendique un « record historique » avec une pointe de « 12,5 millions de téléspectateurs sur une journée ».

Portée par l’appétence des Français pour une actualité hors normes, la chaîne d’info en continu du groupe Altice signe la plus forte progression du paysage audiovisuel. Mais Cnews, chaîne de Vincent Bolloré où officient des figures controversées comme Pascal Praud ou Éric Zemmour, gagne également 0,6 point pour devenir la deuxième chaîne du genre avec 1,4 %. Reléguée à la troisième place, LCIgagne toutefois 0,2 point pour atteindre un record à 1,2 %, comme celui, plus faible, de Francetvinfo (0,7 %).

Par groupes, France Télévisions reste en tête avec 28,8 % (- 0,1 point) devant TF1 (TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films et LCI) à 26,8 % (- 0,4 point) et M6 (M6, 6Ter, W9 et Gulli), en hausse de 0,1 point à 14,6 %.

Cette année exceptionnelle a révélé un palmarès atypique. Le président Emmanuel Macron, aux interventions nombreuses dans le cadre de la crise sanitaire, diffusées sur TF1 et France 2, a réussi 18 des meilleures audiences de l’année. Son allocution du 13 avril a été suivie par 36,7 millions de téléspectateurs (14,6 millions sur TF1, 11,1 millions sur France 2), un record absolu.

Les primes pour choix des sujets, une simple anecdote ?

Dans Le Monde on lit incidemment que les rédacteurs en chef de @Francetele reçoivent désormais une prime… lorsqu’ils optent pour un passage à l’antenne d’un sujet lié à l’Union européenne. Ils avaient déjà une prime pour l’Outre-mer et la diversité. Comme l’a tweeté Jérôme Godefroy, ancien présentateur Europe 1 et RTL : « Et un salaire pour faire leur métier ? »

LA PRESSE ENTRE DÉSÉQUILIBRE, RATÉS ET PISTES D’AVENIR

Angelis 644x908 - ET NOUS, ET VOUS… AVEC LES MÉDIAS, COMMENT ÇA VA ?

Un inquiétant vent venu d’Amérique

Le 19 novembre 2020, l’éditorialiste du Washington Post, assure que la France « veut donner des numéros d’identification aux enfants musulmans pour aller à l’école. » Fake News invraisemblable ! L’infox allait être relayée sur Twitter suite à la déclaration de la ministre pakistanaise des Droits de l’homme (sic) qui n’hésitait pas à en déduire une analogie entre la France et le régime nazi. Après la décapitation du professeur d’histoire Samuel Paty, le New York Times n’est pas en reste : « La police française tire sur un homme et le tue après une attaque meurtrière au couteau dans la rue. » Une simple attaque meurtrière ? Insensé raccourci ! Quelques semaines plus tôt l’hebdomadaire Time présentait, avec photo en Une, Assa Traoré comme une égérie de l’antiracisme faisant peu de cas sur les circonstances du drame ayant abouti à la mort de son frère.

Le constat est terrible, la presse américaine a sombré. Par ailleurs, durant l’ère Trump, elle s’est aveuglée en étant systématiquement contre le président qui la détestait et est devenue une presse partisane. Grave perte des fondamentaux. Il faut ajouter la percée dans la société CSP+, et donc dans les plus grands journaux de gauche américains, de la culture « woke ». Ce racialisme d’un genre nouveau bloque toutes les idées qui, pour ses défenseurs, seraient oppressives contre une minorité. Certains universitaires ont dû démissionner ou ont été chassés de leurs universités sous le poids de cette pression. Le phénomène est très inquiétant, il ne faudrait pas que la presse participe activement de sa progression.

En France, où la presse est d’abord d’opinion, le débat d’idées est jugé essentiel et il faut y veiller particulièrement. Or les élèves de Science-Po Paris, ont eu l’été passé une liste d’ouvrages racialistes pour lecture de vacances. Comme on sait, certains seront les journalistes de demain. On peut s’interroger sur leurs futurs écrits après avoir été biberonnés à ce nouveau lait. Leur approche du débat d’idées devra veiller à ne pas être limitée au conflit binaire blanc et noir. D’autant que la « cancel culture » et l’écriture inclusive, ces effacements de la culture particulièrement inquiétants… font aussi leur petit bonhomme de chemin.

Gorce linceste - ET NOUS, ET VOUS… AVEC LES MÉDIAS, COMMENT ÇA VA ?

En juin 2019, le New York Times décide de ne plus publier de caricature. C’est loin de chez nous peut-on penser… Oui, mais début janvier, en France, suite à un de ses dessins contesté Xavier Gorce, dessinateur attitré au journal Le Monde démissionne après la surprenante excuse de la direction auprès des lecteurs pour sa publication. Le sujet a divisé la rédaction et le dessinateur de la Une, l’historique Plantu, a annoncé son départ en retraite. Il récuse toute relation de cause à effet, mais apporte néanmoins son soutien à son collègue.

Infox et carabistouilles

 

Nungesser et Coli et Titanic 644x314 - ET NOUS, ET VOUS… AVEC LES MÉDIAS, COMMENT ÇA VA ?

Les infox ne sont pas nouvelles, mais nous sommes dans un autre monde que celui, ancien, des quotidiens tout puissants. On ne va pas reprendre ici, ne serait-ce qu’un millième des infox publiées aujourd’hui quotidiennement sur les réseaux sociaux. En revanche on se doit de dire d’emblée qu’il y a un fait essentiel plus grave à ces déferlantes malsaines : la reprise des « fake news » sur les médias se prétendant de qualité. L’influence obtenu par la vidéo complotiste « Hold-up » où des grands noms de personnages politiques et de stars étaient associés…, bien que repérée immédiatement comme véhicule de propos carrément complotistes, a fait l’objet de nombreux articles, parfois sans analyse critique. 

Mais il y a aussi les petites manipulations vite fait, bien fait, pour boucler une information sans guère d’importance. Ainsi, en septembre 2020, dans « 66 Minutes », sur M6, ce reportage sur l’enseigne de vêtements Kiabi où une cliente ne tarissait pas d’éloges sur l’offre du magasin et surtout ses petits prix pratiqués… Émouvant à pleurer, invitation à ouvrir derechef son porte-monnaie. Sauf que la jeune femme si enthousiaste était la directrice d’une agence de marketing travaillant pour Kiabi. Habilité de cette dernière, incompétence de l’équipe de M6, comment savoir ? Le résultat est cette légèreté qui s’insinue dans le métier et le discrédite.

La défiance

Independance journalistes - ET NOUS, ET VOUS… AVEC LES MÉDIAS, COMMENT ÇA VA ?

En décembre 2018, dans l’excellent et original hebdo le un, la politiste Géraldine Muhlmann répondait à une interview.  À la question : « Quelles responsabilités ont les journalistes dans cette défiance vis-à-vis des médias et de leur profession ? », voici sa réponse : « La responsabilité des journalistes prend une part très importante. Le métier ne se pose pas assez de questions sur ses responsabilités. Que le journalisme se fasse de plus en plus derrière un ordinateur est un vrai problème, quand il faudrait précisément, rendre le monde moins virtuel et plus réel. Je pense à ces patrons qui, à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle, ne supportaient pas que leurs reporters soient au bureau. Qui leur criaient : « Je ne veux pas vous voir là ! » Je sais que cela pose aussi des problèmes économiques, d’envoyer des reporters. Tout est lié. Mais il faut vraiment reconstruire le contrat. J’espère que le sens du terrain va passer les générations. »

La précarité des correspondants

Le métier n’étant pas si simple en France, beaucoup rêve d’aller travailler à l’étranger. Ils peuvent être des correspondants pour des médias français. Bonne pioche ? Pas vraiment. En effet, dans notre pays aux régimes sociaux avantageux, le pigiste est un salarié. Or le journaliste qui quitte le territoire national ne relève pas de ce régime. Sans protection sociale, sauf à sa charge, l’expatrié est dans une insécurité totale qui confine à la précarité. Deux tiers des correspondants gagnent au mieux l’équivalent du Smic. Entre eux, sur le terrain, les chasseurs de rêve se font une compétition féroce et malsaine. Des grands médias profitent de cette situation et n’hésitent pas – sans honte – à désigner comme « envoyé spécial » celle ou celui qui n’est qu’un pigiste pour l’occasion.

Le nouveau journalisme de demain patine

Doit-on attendre un monde nouveau ? L’espoir n’est pas nouveau… mais il a grand mal à proposer un dessein clair. Régulièrement, des voix fortes invitent à la refondation du journalisme. En cette période de Covid-19, les plateaux de télévision et les colonnes des journaux – et parfois aussi des Une de grands hebdomadaires – n’ont pas éclairé le chemin. Au contraire, les charlatans complaisamment invités ont plutôt fait tache sur les costumes blancs des déontologues de façade.

Bien sûr, on lit des propos généreux, comme celui issu du colloque Médias en Seine : « Nos rédactions doivent s’intéresser aux sciences cognitives, identifier les multiples « biais » et s’enrichir de nouveaux profils, développeurs, data scientists et spécialistes de l’intelligence artificielle. Il faut faire du journalisme un sport de combat et un sport d’équipes pluridisciplinaires. » Houlà, voilà la technologie et les valeurs sportives appelées à la rescousse ! Est-ce vraiment leurs absences qui seraient le cœur du problème ? On nous précise bien sûr que « l’enjeu est crucial ». Il l’est en effet.

Respectons ces efforts, car, bien qu’alambiqués, ils sont sincères. Mais de quelle portée sont-ils alors qu’ils sont répétés sans succès depuis quelques années déjà ? BFMTV est souvent pointée pour manquement manifeste de sérieux. Mais la même info-émotion et « survendeuse » continue. Ses plateaux et ses reporters doivent nourrir un jet continu de paroles, paroles encore, paroles toujours… L’autre bon et facile moyen de faire de l’audience est de provoquer des controverses colorées au langage pimenté. Peu importe le sujet, il faut que ça « chauffe ». Comme il faut faire bouillir la marmite, la machine d’info continue ne peut pas refroidir. Surprise, BFMTV a demandé à tous ses journalistes et sur la base du volontariat, d’apparaître dans des clips invitant à la vaccination contre la Covid-19. Afin que « la science l’emporte sur le complotisme ». Pour compenser ses débordements riches en sorties de route ?

Soulcie polemique de merde 3 644x481 - ET NOUS, ET VOUS… AVEC LES MÉDIAS, COMMENT ÇA VA ?

Le journalisme polémique

Environ 20 % de l’électorat est réceptif à un traitement négatif et polémiste de l’information. Du moins certains médias qui en ont tiré une conséquence : voilà un créneau à investir car il peut rapporter gros. Ainsi Europe 1 a souhaité nommer à la direction de son service politique l’ancien rédacteur en chef de Valeurs Actuelles. Or Louis de Raguenel, fut responsable d’une couverture considérée comme raciste à l’encontre de la députée LFI Danièle Obono. 114 journalistes se sont prononcés contre cette décision, mais il participe aux conférences de rédaction. Éric Zemmour, polémiste s’est vu, parfois, condamné au pénal pour des propos déplacés. Son émission demeure un succès.

Antoine Genton, ancien présentateur d’i-Télé (devenue CNEWS) explique comment les chaines ont fabriqué la télévision « pas chère ». Il suffit d’organiser des débats entre invités pas ou peu payés, environ 200 € par intervention. Ils sont bien sûr choisis pour leur « qualité » de débatteurs musclés. La forme, la gouaille, le culot, la gestuelle, une bonne capacité à couper la parole avant toute chose… voici à l’évidence les atouts recherchés des fameux « sportifs de combat ». Pascal Praud, journaliste-animateur sur RTL et CNEWS les possède presque tous. Il a cette formule : « La bonne télé, c’est du spectacle ». Lui joue. Il est performant dans toutes les séries « Information-Spectacle », c’est son rayon de prédilection. Les télés y gagnent, l’information en souffre.

Le principe est malin. Il y a toujours l’actualité qui sert de démarreur. Puis c’est pied au plancher sur l’accélérateur avec l’emballement des commentaires chauffés à blanc par l’animateur. Ce ne serait pas si grave si ces commentaires n’allaient faire opinion. Le plus souvent, les faits générateurs sont oubliés, tronqués ou pour le moins décontextualisés. Gérald-Brice Viret, directeur général des antennes et des programmes du groupe Canal+ parle de journalisme de « parole libérée ». Il évoque même une convivialité nouvelle. Mais rapidement, en grand professionnel, il lâche le morceau : « Notre bouquet de journalistes apporte un peu plus de démocratie. C’est un positionnement éditorial et marketing et ça marche. La preuve, c’est que les téléspectateurs sont là et que ça cartonne ». Le public a été identifié, on lui sert ce qu’il demande.

Le journalisme constructif

À l’inverse de ces emballements, on voit poindre le journalisme « de solution ». Gilles Vanderpooten, directeur général de l’ONG Reporters d’espoir en est un défenseur. Selon lui, le mantra des écoles de journalisme « Bad news is good news” ne vaut plus. Elle ne correspond plus à l’attente de nombreux lecteurs, 82 % des Français demandent des informations positives.

Il a lancé le Libération des solutions (parution annuelle) et ça marche ! Ce numéro est le Libération qui se vend le plus. Les nouvelles formules des JT de 13h00 emprunte le chemin. Des rubriques de « solution » apparaissent : « La bonne idée » sur TF1 et « Une idée pour la France » sur France 2

Le journalisme de proximité

Autre approche… se rapprocher du lecteur. Le Monde a constitué une équipe pour lire et dialoguer avec les lecteurs. Il s’agit aussi, bien sûr, de capter leur attention et d’en faire des lecteurs réguliers. Autre moyen d’élargir l’audience, le Festival international du journalisme de Couthures-sur-Garonne. Lancé par le quotidien, il se tient en juillet. Les journalistes viennent y raconter comment ils exercent leur métier.

LES MÉDIAS, UNE INDUSTRIE EN PLEIN BOULEVERSEMENTS ET ÉVOLUTIONS

Commençons par un point positif, l’accord cadre Google-Alliance de la Presse d’Information Générale (APIG) qui regroupe 330 titres de presse. Après les rebondissements, c’est l’heure du soulagement, il est enfin sur la bonne voie ! Il ne reste plus qu’à discuter des modalités secondaires. Google reconnaît les droits voisins… Enfin, l’obligation de rémunérer les informations qu’elle diffuse alors qu’elles sont produites par des tiers est reconnue. La firme de la Silicon Valley a constaté que son image se dégradait tant le principe était un vol manifeste. Chaque rédaction va négocier avec Google le nombre d’articles qui seront présents dans son nouveau News Showcase, sa vitrine d’informations. Le prix se négocie en fonction de l’audience.

Voyons rapidement les importantes actions d’un acteur français majeur des médias. Car Vivendi voit désormais de plus en plus grand et s’affirme vouloir être au plus haut des podiums.

Vincent Bolloré multiplie les attaques. Premièrement, une OPA sur Lagardère (Europe 1, JDD, Paris-Match, Virgin Radio, RFM), pour l’instant contrée par Bernard Arnaud. Puis le rachat de Prisma Presse (Femme actuelle, Voici, Gala, Télé loisirs, Ça m’intéresse, Géo, …). Enfin, le groupe M6 est aussi dans le collimateur. Puisque Bertelsmann souhaite vendre sa participation de 48 %, son actionnaire principal peut changer. Les groupe Altice, TF1 sont à l’affût comme… Vivendi.

À l’international, Vincent Bolloré vient de frapper un grand coup en prenant 7,6 % du groupe espagnol Prisa. Il s’agit du plus important acteur des médias en Espagne. Il est notamment le propriétaire du premier quotidien du pays, El Pais. Mais il l’est aussi dee l’éditeur scolaire Santillana, des radios Cadena SER et Radio Caracol, de télévisions (TVI au Portugal). Ou encore du quotidien sportif As. Un communiqué explique le sens de cette participation : « La prise de participation dans Prisa s’inscrit dans la stratégie de Vivendi de se renforcer en tant que groupe mondial de contenus, de médias et de communication, et d’élargir son accès aux marchés de langue espagnole en Europe, en Amérique latine et aux États-Unis ». 

Le groupe espagnol est dirigé par Joseph Oughourlian, le patron du fonds britannique Amber Capital dont il est le premier actionnaire avec 29% du capital. Quel importance ? Or il se trouve être allié à Vivendi dans la bataille actionnariale pour le contrôle du groupe Lagardère en France. Ce n’est évidemment pas un hasard.

Aujourd’hui, l’avenir de l’industrie des médias se joue désormais au niveau international. Vincent Bolloré l’a compris.

Nous sommes à un an de l’élection présidentielle en France. Le milliardaire breton actionnaire de référence de Vivendi et de Canal + semble faire de l’information une priorité nouvelle. Sa chaîne info CNEWS, franchement porteuse des idées populistes, tend à devenir la FOX NEWSfrançaise. FOX NEWS a roulé pour Trump, pour qui va rouler CNEWS ?

La publicité et le service public

Un projet de loi vise à supprimer le plafond des recettes publicitaires pour les 7 radios de service public. Aujourd’hui, le montant, théoriquement, ne peut dépasser 42 millions d’euros par an. La manne réservée à trois antennes (France Inter, Franceinfo et France Bleu). Pour la cour des Comptes et le CSA elle atteindrait en fait 50 millions. Cette somme est équivalente au budget de fonctionnement d’une radio comme Europe 1. Or les radios du service public sont assurées, par la redevance, d’une rentrée annuelle de 580 millions d’euros.

Le gouvernement souhaite limiter les dépenses et, en contrepartie, envisage d’ouvrir la vanne aux recettes publicitaires. Les 350 radios indépendantes et privées, qui représentent 80 % de l’audience, protestent, craignant une perte de rentrées financières. Or elles n’ont pas d’autres ressources pour exister. Selon elles, la part réelle de Radio France approcherait les 8 % et la crainte est que ce pourcentage augmente.

Réussir à faire parler de soi

L’hebdomadaire L’Express n’est plus que la pâle ombre de ce qu’il fût. Mais il est encore capable de faire des « coups ». Son interview fleuve (neuf pages) d’Emmanuel Macron en a été un. L’affiche présentant la Une est restée présente sur les kiosques à journaux durant des semaines après celle de sa parution. Les propos sur la société victimaire et émotionnelle ont été repris sur tous les médias. Durant quelques jours, L’Express a retrouvé son lustre.

Le Grand continent est le média inconnu et confidentiel qui monte. Il est porté par des intellectuels même pas trentenaires qui ont le goût de l’Europe. Le 12 novembre 2020, ils réussissent une interview, là encore, d’Emmanuel Macron. Naturellement, elle est reprise sur de nombreux médias. Décidemment le président Macron est un homme sandwich efficace. Créé par des membres de l’École Normale supérieure en 2017, la revue géopolitique se veut pointue. Preuve en est ses questions, comme celle-ci : « Est-ce que la souveraineté westphalienne peut coexister avec l’urgence climatique ? » Plus de 400 000 lecteurs en ligne avec, en relais des commentaires sur les radios et TV, c’est le succès. Pour les fondateurs, il s’agit d’« aborder les questions qui se posent à l’échelle continentale ». Objectif : devenir une revue de référence en 2021 en Allemagne, en Espagne, en Italie et en Pologne. Pour la France les auteurs considèrent que l’objectif est atteint.

Ces deux exemples illustrent combien il est besoin de « star » pour s’attirer les feux du soleil médiatique. Ce n’est pas si simple et c’est honorable. Mais est-ce vraiment l’essence du métier et l’attente principale des lecteurs ? Enfin cette méthode efficace pour les ventes comporte deux risques. La première : gonfler des « starlettes » d’aucun intérêt pour les les habiller du statut de « stars ». Étoiles à l’éclat souvent superficiel et éphémère. La seconde : glisser lentement dans l’enfermement de l’émotion et du divertissement.

  1. John Dos Passos, écrivain américain (1896-1970)La grosse galette – troisième roman de la trilogie USA.[]
  2. Étude OneNext Influence présentée, le 16 septembre 2020. Réalisée pour l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM) en association avec le Centre d’études sur les supports publicitaires), Kantar Media (ex TNS Sofres) et Médiamétrie.[]

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Get Adobe Flash player