FIN DE BLOGS, CE N’EST PAS UNE BLAGUE

C’est aujourd’hui. J’arrête, tranquillement. Pourtant, je ressens une certaine brusquerie alors que ma détermination est ancienne. D’ailleurs je l’avais annoncée ici même.

Ce « papier » est donc le dernier publié simultanément sur mes deux blogs « Vu(es) de Montreuil » et « Ça va mieux en le disant ». Les raisons sont multiples, comme pour la plupart des décisions importantes. En voici, très rapidement, les principales.

J’ai besoin de davantage de temps pour moi. Pour me consacrer pleinement à ce qui m’est important. Pour me consacrer mieux aux miens et à mes très proches.

Les blogs et les réseaux ne m’apparaissent plus être des lieux de véritables échanges. Les blogs, supports au potentiel bien pourtant supérieur aux « réseaux » dominants sont balayés par la puissance d’impact de ces derniers. On ne peut en vouloir aux lecteurs qui, souvent sur leurs smartphones, ont besoin d’aller vite. J’ai un peu plus de cent cinquante abonnés sur mes blogs et quelques dizaines de visiteurs plus ou moins réguliers. Sur mon fil Twitter, je compte 708 lecteurs et sur Facebook j’en dénombre 893. La différence est nette. J’utilise uniquement Facebook comme relai de mes blogs et Twitter pour « réagir » dans le ton propre du média : réaction, humour potache, retweets de ce qui me plait. Je ne suis pas dupe de l’accablante faiblesse des arguments limités à 280 signes. En cette longue séquence électorale, j’ai néanmoins multiplier les retweets dénonçant les excès des candidats populistes et ceux en soutien à mes opinions. Tout cela n’est que jeu de garnements lâchés dans une cour de mauvaise récréation… Je m’y suis amusé.

La politique tombée dans les extrêmes m’afflige. Toujours passionné, je dois cependant constater que la communication par la « parole » pour tenter de convaincre est usante et inefficace. Comment penser un instant convaincre un antivax, un complotiste ? Comment démonter les outrances d’un homme politique qui ment jour après jour avec la même force et qui fait du retournement permanent son ballet lourdingue ? Quand les partis deviennent des sectes dédiées uniquement à leur gourou, c’est impossible. Écrire pour privilégier les chiffres, rappeler les faits, contextualiser et mettre en perspectives les événements, rappeler les précédents historiques… demande un effort important qui – sur les réseaux dits sociaux – n’a que bien peu d’impact. La vulgarité des grossiers « forts en gueule » balaie sans difficulté la raison et la tolérance d’autant plus aisément que les médias de « réseaux » enferment chacun dans sa bulle confortable. Lieu de confort imperméable au débat et à l’échange. Et même si le nième échec de Jean-Luc Mélenchon, aussi éclatant que définitif, pourrait me réjouir, je regrette – bien que je ne partage plus rien de ce qu’elle propose aujourd’hui – que la gauche se soit fourvoyée avec lui et qu’elle ne soit ni rouge, ni rose, mais sépia, cette couleur brune des photographies du passé. La gauche n’a aucun avenir à jouer de ces clichés qui la rendent sèche.

La faillite du journalisme. Je suis un grand lecteur de journaux. J’aime l’information. Dans mon blog « Ça va mieux en le disant », il y a une rubrique « Vive le journalisme ». Je trouve ce métier, que j’ai pratiqué plusieurs années, parmi les plus intéressants. Mais c’est peu dire que je ne reconnais plus ce que j’ai appris dans mon école de la rue du Louvre. En premier lieu l’importance des faits bruts énoncés, seule base solide avant de bâtir un commentaire. Maintenant le commentaire, par des adjectifs pervers et des formules toutes-faites détourne l’information. Jusqu’à l’effacer. Que dire de l’emballage et l’emballement des présentateurs – pratiquement tous clones de leurs coreligionnaires (présentateurs-vedettes dit-on…) ? Il est privilégié au travail des journalistes. Ces derniers, lorsqu’ils sont le terrain, font plutôt le pied-de-grue dans l’attente d’une déclaration « punch line » ou grappillent un micro-trottoir, l’exacte antithèse du journalisme. Pour les télévisions, les journalistes reporters d’images transmettent leurs prises de vue « en vrac » (ce que pourrait presque faire un robot IA) au studio dont un monteur fera un assemblage à son envie… ou plutôt à celle du chef d’antenne. Il faut provoquer, choquer, faire le buzz… surtout quand ladite antenne est ouverte en permanence pour de l’information continue. Avant on invitait des experts. Désormais, ces derniers ne sont pas assez nombreux, alors ce sont les invités, peu importe qui dans un vivier inépuisable d’incompétences, qui deviennent des experts (et sur tous les sujets !). Il faut que la publicité entre au maximum et l’on ne mégote plus les moyens pour y parvenir. Là encore, le déferlement de grossièretés est privilégié. Heureusement des voix d’importance commencent à s’élever contre ces dérives. Il faut dire qu’après l’effondrement suiviste, d’abord d’Éric Zemmour, puis de Jean-Luc Mélenchon, les outrances ont été d’un tel niveau… de bassesse.

Je tire le rideau de mes blogs qui fermeront au terme échu de mes abonnements que je ne renouvellerai pas. J’ouvrirai de temps en temps Twitter et Facebook et n’hésiterai pas à liker ce qui me plait. Il se peut, pour des lecteurs autres, que je publie sur Linkedin où, il me semble, les lecteurs sont plus attentifs au contenu. J’y ai 443 « relations » alors que je n’ai jamais publié un texte… Ce sera peut-être un nouveau média, mais pas tout de suite.

L’écriture, je vais la continuer autrement pour mon plaisir tout d’abord. Je verrai plus tard pour l’intérêt d’un partage.

La politique doit beaucoup à la parole. Il faut même considérer la parole politique comme essentielle, mais elle n’a de force que lorsqu’elle est portée par des véritables responsables politiques en action, ce que je ne suis plus. Donc je ne vais plus écrire sur la politique. En revanche, je crois connaître quelques manières de faire valoir ses idées et de faire politique. Il y a la parole et il y a les actions. Elles restent possibles. Pour tous. Je considère toujours l’action supérieure, sinon à la parole et à la communication, du moins à la parlotte. Je vais donc choisir des moyens plus efficaces pour agir.

Pour finir, un grand merci à tous mes lecteurs, mes soutiens et mes contradicteurs. Le plaisir d’échanger avec eux, je ne l’oublie pas. Beaucoup ont mes coordonnées de courriel, quelques-uns ont mon téléphone. Ils savent donc où me joindre. Je répondrai toujours présent.

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