FRANC-TIREUR, DE L’AIR POUR LA RAISON

Dans son éditorial fondateur, Franc-Tireur, nouvel hebdomadaire, présente son « enfant de papier » comme un « tigre » de « huit  pages recyclables ». Nous ne pouvons que souhaiter au nouvel enfant qu’il soit plus fort que les « tigres de papier » visés par Mao Zedong. À l’heure où Xi Jinping nargue la COP26 en fêtant le 100ème anniversaire du PC chinois avec l’ambition de dépasser son maître, le papier « recyclable » de Franc-Tireur risque de ne pas faire poids face au charbon de Pékin.

Pourtant l’objectif est bien de donner de l’air et il est majeur. Le titre éditorial « Passionnément raisonnable » dit tout de cette exigence. Un constat est posé ; nous étouffons : « à force d’être pris en étau entre les « oui, mais », les « pas de vagues », les « Yakafokon », les « tout fout le camp » et les « bon sang, mais c’est un grand remplacement ! » Les démagogues, les complotistes, les anti-lumières, les antivax, les intégristes, les racistes et leurs doubles inversés racialistes, les misogynes et ceux qui voilent le féminisme, les victimaires tyranniques… Tous nous trouveront pour leur tenir tête, plume à la main, dans ces pages ». Cet état des lieux et cet espoir sont partagés par un grand nombre de Français excédés du fatras des idées faibles, des raisonnements confus et indigestes et des provocations mensongères qui trouvent néanmoins leur force par l’aplomb rageur de l’expression de leurs porteurs. Quand on n’a rien à dire, ou si peu, il faut le dire fort. Les prophètes de malheur sont de leur temps. Pire ils essaient de le créer à leur image grâce aux hauts parleurs des réseaux et des plateaux de l’information « en continue ». C’est que l’industrie médiatique sait ce que rapporte de pousser au plus haut les décibels des forts en gueule en pensée politique innovante. Beaucoup en pièces sonnantes et trébuchantes. Mais nous ne sommes pas obligés de vivre sous le sifflet strident, sous lequel nous serions strictement aux ordres à nous en faire trébucher la raison.

Il n’est pas étonnant que le jour de la sortie de Franc-Tireur, le numéro 373 de son excellent collègue le un soit consacré au thème « Comment on hystérise le débat ». Les journalistes ont le devoir, me semble-t-il, d’éclairer les trous noirs du débat, ces concentrations d’invectives et parfois d’injures qui se veulent émettre les lumières de révélations plurielles.

Franc Tireur 1941 - FRANC-TIREUR, DE L’AIR POUR LA RAISON

Franc-Tireur est un beau titre, reprenant celui d’un journal clandestin d’un mouvement de la Résistance. L’éditorial précise bien sûr que : « La bataille n’est pas si rude qu’en leur temps. » Toutefois, face aux montées de sève racialiste, à cet éveil « wokiste », sein bien peu maternel de haines imaginées pour nous diviser, le combat de la raison mérite d’être mené. Aujourd’hui aussi, l’historique dictionnaire Robert, dans son édition en ligne, a inscrit le pronom « iel » pour « ceux qui l’utilisent » (mais qui, grands dieux !). D’ordinaire c’est l’usage qui justifie l’entrée d’un mot dans un dictionnaire et ce n’est pas à lui d’en faire la promotion. Et, dans le cas d’espèce ici, pour ouvrir la porte à une écriture inclusive délirante et elle-même – surtout d’ailleurs – plateforme d’idéologies fumeuses, dont certaines particulièrement dangereuses.

Bon vent à Franc-Tireur ! Qu’il puisse à sa manière éclairer le débat, démasquer les porteurs de mots-valises à double-fond, et surtout nous oxygéner. Attendons avec confiance, et vigilance, sa promesse d’« esprit vif et mordant », et sa capacité à faire avancer sereinement et posément, ses réflexions et analyses.

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