LA SEMAINE 41 EN 7 ARTICLES

2021 – SEMAINE 41 / lundi 11 au dimanche 17 octobre

Les suspicions à la CGT ; la protection du journalisme contre les abus de pouvoir ; l’illusion du bonheur, c’est pour les crétins ; l’espace de David Hockney ; le repentir et la réconciliation ; Netflix et la guerre des esprits ; la nudité inoffensive et la non-violence.

11 octobre – Le JDD

(…) « Tant que la CGT n’aura pas fait une sorte de droit d’inventaire sur les trente dernières années, ces non-dits et suspicions existeront toujours », prévient Stéphane Sirot, historien spécialiste du syndicalisme. Et la course à la succession de Philippe Martinez attise les ambitions. Initialement prévu en mars, en pleine campagne présidentielle, le congrès a été reporté au printemps 2023. Les proches du secrétaire général avaient plaidé pour le décaler. Ses opposants pour le maintenir. « Les pro-PCF et LFI voulaient en faire une sorte de caisse de résonnance pour leurs candidats à la présidentielle », analyse un cégétiste. À la tête de la centrale depuis 2015, réélu en 2019 avec un score moins élevé que ses prédécesseurs, Martinez n’a pas encore décidé s’il se représentait. Les plus anciens redoutent un scénario à la Bernard Thibault : l’ex-numéro un, faute d’avoir anticipé son départ en 2013, avait précipité la CGT dans une crise dont elle ne s’est toujours pas remise.

Emmanuelle Souffi

11 octobre – Le Monde

CHRISTOPHE DELOIRE

(…) En cent vingt ans d’histoire, jamais le comité du prix Nobel de la paix n’avait reconnu le rôle du journalisme. L’attribution du Prix 2021 à Maria Ressa et Dmitri Mouratov, qui ont fondé respectivement le site d’investigation Rappler aux Philippines et le journal Novaïa Gazeta en Russie, est un hommage à « leurs efforts pour sauvegarder la liberté d’expression, pré-condition de la démocratie et d’une paix durable ». Un message puissant, au moment où le journalisme est en danger, du fait des régimes despotiques et autoritaires, mais aussi du bouleversement technologique et de ses conséquences économiques.

« Le journalisme libre, indépendant et fondé sur les faits sert à protéger contre les abus de pouvoir, les mensonges et la propagande de guerre », explique le jury. A défaut, « il sera difficile de promouvoir la fraternité entre les nations, le désarmement et un meilleur ordre mondial ». Pour y parvenir, il ne s’agit pas seulement de défendre la liberté d’expression, mais aussi de défendre les responsabilités particulières attachées au journalisme, ses méthodes professionnelles et ses règles éthiques. Lesquelles sont fragilisées du fait de la pression concurrentielle et trahies par les manipulations volontaires.

Lancée en 2018 à l’initiative de Reporters sans frontières (RSF), la commission sur l’information et la démocratie, dont Maria Ressa fut une membre très active, a édicté des principes pour les plates-formes numériques et les réseaux sociaux, considérés désormais comme des « entités structurantes ».

Dans une période d’explosion de la communication où la « définition » des journalistes était devenue confuse, nous avons aussi posé une exigence : « La fonction sociale du journalisme est d’assurer un rôle de “tiers de confiance” des sociétés et des individus ». Une fonction de sécurisation de la véracité, de l’indépendance, et du pluralisme de l’information.

Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

14 octobre – Le Figaro

(…) LUC FERRY – Résultat : l’individu moderne se retrouve plus ou moins seul avec son nombril, le « souci de soi » dont Foucault faisait naïvement, pour ne pas dire bêtement, l’apologie, devenant la préoccupation majeure de l’homo democraticus individualiste. De là la quête de ce mirage puéril qu’est le bonheur « par soi », grâce à des coachs autoproclamés qui vous servent des niaiseries stoïciennes ou bouddhistes suffisamment affadies pour toucher le grand public. Comme Kant le disait avec autrement plus de lucidité que nos marchands d’illusion, « si la providence avait voulu que nous fussions heureux, elle ne nous aurait pas donné l’intelligence » et Flaubert, ajoutait à fort juste titre : « Être bête, égoïste et avoir une bonne santé : voilà les trois conditions voulues pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu », une réflexion que le général de Gaulle faisait sienne quand il écrivait à Malraux que « l’illusion du bonheur, c’est pour les crétins ».

Propos recueillis par Luc Ferry.

14 au 21 octobre 2021 – Le Point

DAVID HOCKNEY

(…) « La peinture occidentale est conçue comme une fenêtre : on regarde le paysage comme si on était à l’extérieur. Ce paysage se donne en perspective, une technique inventée grâce aux instruments d’optique apparus en Europe dès la Renaissance. Elle est censée nous faire voir les choses comme elles sont en « réalité ». Je ne crois pas que ce soit le cas : parce que nous voyons avec nos deux yeux, émotionnellement, et non géométriquement comme le font les lentilles d’optique. (…) Quand Derrida a dit que la peinture était morte, au profit de la photographie, Derrida disait faux. Le monde que l’on voit, comme on le voit, ne ressemble pas à une photographie. (…) Oui, la nature finalement, c’est le seul endroit où l’on peut trouver quelque chose de nouveau. Quand j’entends dire qu’on va aller explorer l’espace intersidéral, j’ai envie de répondre : mais les gars, on y est déjà. On est dans l’espace ! On est même en train de s’y déplacer ! Ouvrons les yeux ! »

David Hockney, propos recueillis par Christophe Ono-dit-Biot.

15 – 21 octobre 2021 – Marianne

JACQUES JULLIARD

(…) Il faut être deux pour demander pardon : il y faut la présence du coupable et celle de la victime ; et le désir sincère, de part et d’autre, d’ouvrir une nouvelle relation, fondée sur l’estime et la confiance. Sinon, la repentance n’est d’aucune efficacité ; c’est même un acte malsain, qui paralyse au lieu d’encourager. « Les fautes que je commets ne me servent pas ; elles me troublent trop », dit, dans son journal, le petit curé de campagne de Bernanos. On ne saurait oublier que le triste régime de Vichy, par la voix chevrotante du maréchal Pétain, avait fait de la repentance un détestable moyen de gouvernement. Je le répète : dans les cadres de pensée hérités de l’Occident chrétien, le repentir et la réconciliation sont, en vérité, deux moments d’une même démarche, celle qui permet à l’humanité de surmonter ses crimes et de faire du repentir une catégorie de la conscience politique.

Jacques Julliard, historien.

15 et 16 octobre 2021 – L’Opinion

PIERRE JOLIVET 

(…) L’accord portant sur les « clauses types » est un garde-fou fondamental pour défendre notre souveraineté et la singularité de notre modèle. Jusqu’à présent c’était la loi du copyright imposée par Netflix qui s’exerçait. Cela signifie que la plateforme délivre le « final cut », c’est-à-dire qu’elle a le dernier mot sur l’œuvre. Le film ou la série appartient totalement à la plateforme, à vie. L’auteur et ses ayants droit n’ont pas leur mot à dire. Ce n’est pas notre façon de raisonner. Chez nous, une œuvre est terminée quand le réalisateur ou l’auteur disent qu’elle l’est, de concert avec l’industriel, qui l’écoute. Nous avons réussi à casser cette machine du copyright qui attaque notre droit moral à l’européenne. Désormais, ces clauses seront présentes dans chaque contrat français signé entre auteurs et producteurs de cinéma. Quand les plateformes signeront avec un producteur français, elles devront appliquer le droit moral français. Si elles ne respectent pas cela, alors leurs œuvres ne toucheront pas les aides du CNC (le Centre national du cinéma et de l’image animée). (…) Ce qui nous tient à cœur, c’est de pouvoir encore faire des films que le marché ne veut pas commercialement, ce n’est pas dans notre culture. C’est pourquoi depuis l’année dernière, via la transposition de la directive européenne SMA (Service de médias audiovisuels), nous avons imposé aux plateformes d’exposer 30 % d’œuvres nationales. Nous avons également obtenu que 20 % des œuvres diffusées par les plateformes soient fabriquées par des producteurs français. (…) Moi, ce que je redoute, c’est que Netflix rachète les salles de cinéma. Imaginez si Amazon acquiert UGC. Imaginez le catalogue de Canal + qui part chez les Chinois et Netflix qui rachète Pathé Gaumont, alors que toute notre industrie a été aidée par l’État français. Si l’Europe a son imaginaire financé par l’étranger, l’Europe ne sera plus l’Europe. On n’est pas dans une guerre classique. Les plateformes veulent gagner la guerre des esprits. C’est pourquoi nous voulons que la France considère la culture comme un actif stratégique.

Pierre Jolivet, président de l’ARP, la société des auteurs, réalisateurs et producteurs français, propos recueillis par Catherine Boullay.

15 octobre 2021 – Elle

SOPHIE FONTANEL

(…) La nudité inoffensive, non érotisée, tend à disparaître, les seins nus perçus comme malaisants sur les plages (alors qu’ils sont autorisés dans de nombreux pays, dont la France), les tétons devenus la bête noire d’Instagram, les adolescentes qui montrent un peu trop leur ventre au collège et se font tancer, et ne parlons même pas de la nudité quand elle n’est plus celle d’un jeune corps vigoureux : elle est totalement invisibilisée. Et puis, à l’opposé de tout ça, il y a la pornographie : le corps nu livré aux saccades, à l’ironie. Comme si c’était le seul modèle de nudité en fait. (…) Cela fait des années que je m’intéresse à la non-violence, qui est une insistance collective de la douceur. Et qui a de grands pouvoirs, même si ce n’est plus trop à la mode. Je n’ai jamais pu balancer un porc, parce que je refuse de répondre à la violence par la violence. J’ai dit #MeToo, ça me semblait la moindre des choses d’être solidaire d’une parole libérée. Mais je serais bien incapable de dénoncer qui que ce soit, même si celles (et ceux) qui s’y prennent de cette façon me font réfléchir et avancer. Je ne sais pas dénoncer, non. En revanche, depuis le début, j’essaie d’énoncer sans honte.

Sophie Fontanel, écrivaine et journaliste.

Une réflexion sur “LA SEMAINE 41 EN 7 ARTICLES

  • 19 octobre 2021 à 10 h 47 min
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    Fort belle sélection Kamarad’ ! Kant et Flaubert, impayables ; merci Ferry. Ton Hockney, bien qu’Anglais…, me plaît bien aussi. Julliard assassine Macron sans le dire, je le rejoins. On se repent de tout, même de la repentance. Jolivet : okay, comme on dit là-bas. Sophie F aussi : un porc c’est du lourd ; essayer avec un nain, le plus petit possible (relancer ces concours, trop marrants à la fin, quoi ! Revenir aux fondamentaux, du “woke” !).

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