LA SEMAINE 42 EN 7 ARTICLES

2021 – SEMAINE 42 / lundi 18 au dimanche 24 octobre

Michel-Édouard Leclerc veut du social visible ; Mode ultrafashion et mode propre ; Le silence sur l’origine du Covid ; Réchauffement climatique, Total savait ; Sociologie de l’électorat d’Éric Zemmour ; La diplomatie confrontée à l’évolution de la notion de puissance et de grandeur ; Zemmour, la haine qui se veut pouvoir.

19 octobre – Radio Classique

(…) « Nos métiers sont souvent sollicités à hue et à dia en totale incohérence. On est dans la stratégie du bouc émissaire. Là, sur les carburants, on en a eu un peu ras-le-bol et on a répondu d’une manière un peu marrante (NDLR : à Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique) en disant : « On se met à zéro de marge » Donc, si les prix bougent, ce n’est pas nous. (…) Notre rôle historique est de dire que l’inflation ne passera pas par nous. Nous avons notre utilité sociale. (…) Je pense que l’on se dirige vers une inflation de 4 à 5 %. Sur les transports, sur l’énergie, sur les matières premières et donc les tarifs industriels, c’est chaud. (…) Je commence par créditer le gouvernement de la situation dans laquelle on est : l’économie repart. Nos magasins Leclerc avec ceux de mes collègues de CarrefourLeroy-Merlin, etc. sont de formidables observatoires. Il y a des perspectives économiques et les Français donnent des signes d’envie de comportements plus vertueux. Il ne faut pas casser cela après tout l’argent qu’on a mis pour la reprise. La réponse doit être politique, ce n’est pas la technique qui compte. Il faut montrer que l’État est auprès des Français dans ces moments-là. (…) Le gouvernement a fait ce qu’il fallait durant la crise du Covid. Avec le chômage partiel, qui a permis à des gens de continuer à vivre ; il n’y a pas eu de faillites d’entreprise en nombre particulièrement élevé ; il y a une reprise très forte de la consommation et il y a encore entre 130 et 160 milliards d’euros sur les livrets de Caisse d’Épargne à mobiliser pour la reprise économique. Il faut donc faire du social visible. Pas de saupoudrage, mais de grandes mesures fortes. En matière de régalien, l’État régule par l’impôt.

Michel-Édouard Leclerc, président du Comité stratégique des centres Leclerc

20 octobre – le un

AUDREY MILLET

(…) Aujourd’hui, que représente la mode éthique dans le monde ?

Je préfère parler de mode propre, et elle ne représente rien du tout. Elle existera le jour où ses enseignes auront pignon sur rue, comme c’est le cas pour Primark, Zara ou H&M. Elle aura du poids lorsqu’elle entrera dans le quotidien des gens. Pour l’instant, la mode propre reste une niche réservée à une tranche privilégiée et en demande.

De plus en plus de grandes marques se lancent dans la seconde main. Est-ce une bonne nouvelle ?

Ce n’est pas une bonne nouvelle, à commencer pour nos fripières qui ne pourront plus acheter parce que les prix auront trop augmenté. Les marques font déjà assez d’argent. Elles veulent encore créer des monopoles. Par ailleurs, la seconde main n’est intéressante que si l’on réussi à changer son habitus en consommant moins. Si l’on revend ses vêtements sur une plateforme comme Vinted pour se déculpabiliser d’en acheter des neuves, cela n’aura aucun impact.

La mode peut-elle réellement se réinventer, et comment ?

L’industrie textile doit avant tout assumer et reconnaître son passé. Il ne suffit pas de multiplier les innovations écologiques, comme ces matériaux à base d’ananas ou de cactus – qui du reste fonctionnent très bien pour certains. Il faut refonder entièrement le système dans le respect de tous les travailleurs, en leur donnant l’occasion de se former afin qu’ils ne soient plus condamnés à coudre des braguettes toute leur vie. Je pense que l’industrie textile est capable de se réinventer. On vit un tournant historique. Bien que l’époque soit à l’écoblanchiment, dans une quinzaine d’années, la situation aura changé. En revanche, j’ai peur du fossé qui va se creuser avec, d’un côté, de l’ultrafashion pour les pauvres et, de l’autre, une mode éthique pour ceux qui auront les moyens de se l’offrir.

Audrey Millet, historienne, chercheuse en poste à l’université d’Oslo, spécialiste des écosystèmes de la mode, propos recueillis par Manon Paulic.

21 octobre – L’OBS

JAMIE METZL

(…) Vous vous interrogez aussi sur le rôle d’un Américain… Il s’appelle Peter Daszak, et il a cosigné la demande de financement faite par l’IVW. Ce virologiste préside EchoHealth Alliance, une organisation basée à New-York qui redistribue des financements publics américains à de nombreux laboratoires, dont celui de Wuhan. C’est un proche de la « Batwoman » Shi Zhengli, depuis la découverte glorieuse qu’ils ont faite ensemble, il y a une quinzaine d’années, de l’origine du Sras-1. D’ailleurs, Peter Daszak a été choisi par Pékin pour faire partie de la commission d’experts indépendants qui s’est rendue à Wuhan en février 2021 enquêter sur l’origine du Covid. Et jusqu’ici il a refusé de répondre aux questions du Congrès américain. Nous savons aussi que c’est lui qui, en coulisse, a suscité la lettre du « Lancet » signée de vingt-sept scientifiques en février 2020, qui a réussi à bloquer toute discussion sur les origines du Covid. Pourquoi tant de grands scientifiques se sont-ils laissé embarquer dans cette galère ?  Il faut se souvenir qu’aux premiers jours de l’épidémie la Chine a tout fait pour étouffer l’affaire : les lanceurs d’alerte ont été réduit au silence, les réseaux sociaux « nettoyés », les premiers prélèvements détruits, et les scientifiques chinois ont eu interdiction absolue de s’exprimer. Résultat : nous n’avons tout simplement par les données nécessaires pour une évaluation scientifique normale. C’est dans ce vide qu’un petit nombre de virologistes se sont engouffrés, menés par Peter Daszak. Tous n’ont pas des conflits d’intérêts. Mais ils ont tous consacré leur vie à alerter sur les risques sanitaires, les possibles zoonoses ou saut entre espèces entraînés par nos empiètement sur la nature… Ils ont construit leur carrière sur ce noble travail. S’il se révèle que leurs propres recherches sont à l’origine de la pire pandémie depuis un siècle – 15,2 millions de morts déjà, selon « The Economist » – , ce serait pour eux une catastrophe analogue à ce que Tchernobyl a été pour la science nucléaire.

Jamie Metzl, spécialiste des biotechnologies. Propos recueillis par Ursula Gauthier

21 octobre – Society

(…) « L’hypothèse d’un réchauffement climatique si les émissions suivaient leur trajectoire était plus ou moins courante dans les revues scientifiques de l’époque » précise Christophe Bonneuil directeur de recherche au CNRS. C’est vrai. En 1971, 30 spécialistes mondiaux de l’atmosphère réunis par le MIT sortent le premier rapport climat, connu sous le nom de « rapport SMIC ». Nous connaissons suffisamment la théorie du climat et la construction de modèles climatiques pour reconnaître la possibilité d’un changement climatique d’origine humaine », conclut le texte. Au fil des années 70, les preuves s’accumulent, jusqu’à ce qu’en 1979, la prestigieuse revue scientifique Nature, entre autres, décrive le réchauffement climatique comme « le problème environnemental le plus important du monde aujourd’hui ». On savait. Total savait. D’ailleurs, le groupe le reconnaît aujourd’hui. « La connaissance qu’avait TotalEnergies du risque climatique n’était en rien différente de la connaissance émanant de publications scientifiques de l’époque », nous explique un porte-parole. (…) Total se dote d’une chaire « Développement durable » au Collège de France, détenue par l’économiste du climat Nicholas Stern. Elle en financera bien d’autres, comme celle du CIRED (Centre international de recherche sur l’environnement et le développement), codirigée par deux membres du GIEC. Au fil des années, Total va multiplier les partenariats « green » avec la société civile, l’enseignement supérieur, les musées, les climatologues, le monde du sport, etc. « Depuis 2015, notre compagnie est engagée dans une profonde transformation de ses activités avec l’ambition d’être un acteur majeur de la transition énergétique », assure aujourd’hui un porte-parole du groupe. Le passé est le passé. « Nous ne vous décevrons pas » a assuré de son côté le PDG, Patrick Pouyanné, lors de l’approbation pour les actionnaires du dernier plan climat en mai dernier. Entre 2010 et 2019, Total a pourtant injecté 204 milliards de dollars dans les énergies fossiles contre huit milliards pour les énergies renouvelables, soit 25 moins. En 2030, 80 % des investissements seront toujours alloués au pétrole et au gaz. Un demi-siècle après la première alerte climatique publiée dans son magazine interne, le groupe prévoit toujours d’augmenter sa production d’énergie fossile dans les années à venir.

Floriane Louison

21 octobre – LEDDV (Le Droit de Vivre, journal de la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA)

(…) Alors même qu’Éric Zemmour n’a pas encore officiellement annoncé sa candidature, son électorat apparaît aussi « ferme » (64%) que les électorats Mélenchon (63%) ou Macron (66%) et largement plus « solide » que ce que l’Ifop peut observer pour des candidats de gauche pourtant officiellement investis par leur parti comme Anne Hidalgo (43%) ou Yannick Jadot (44%)

Certes, un niveau d’indécision aussi faible – 36 % seulement des électeurs d’Éric Zemmour déclarent pouvoir encore changer d’avis – n’est pas très surprenant quand on sait que les électeurs situés à l’extrême droite de l’échiquier politique ont souvent déjà fait leur choix avant l’ouverture d’une campagne. C’est en tous cas ce que l’on pouvait observer en janvier 2017 pour la candidate du Front national qui se prévalait de l’électorat de loin le plus solide en début de campagne (79 %, contre une moyenne de 56 % chez l’ensemble des électeurs7). Mais force est de constater que des candidats au positionnement politique assez proche n’ont pas des électeurs aussi certains de leur vote : à peine 41% des électeurs potentiels de Nicolas Dupont-Aignan se disent aujourd’hui « sûrs de leurs choix », soit un taux assez proche que ce qu’Ipsos pouvait observer pour le candidat souverainiste au début de la précédente campagne présidentielle (34 %8). (…) Ainsi, l’animateur de télévision recueille aujourd’hui à peu près autant de voix chez les ouvriers (14 %) que chez les cadres et professions intellectuelles supérieures (16%), de même qu’il obtient à peu près le même score chez les détenteurs d’un 2ème cycle (14 %) que chez les électeurs n’ayant pas le BAC (16 %). La variable de niveau de vie par unité de consommation montre, elle, que le vote Zemmour serait sensiblement plus répandu dans les milieux aisés (18 %) que dans les milieux moins favorisés (13 %) mais cela peut s’expliquer aussi par le déficit qu’il enregistre chez des jeunes (10% chez les moins de 25 ans, contre 18 % chez les 50 ans et plus) qui sont, généralement, moins riches que la moyenne.

En réalité, le seul clivage spécifique activé par la candidature Zemmour est le genre : nombre de femmes ayant sans doute du mal à voter pour un homme qui assène, depuis la parution de Premier sexe (2006), des positions très anti-féministes. Le genre retrouve donc avec lui un rôle discriminant dans le vote national-populiste alors même que le « Radical Right Gender Gap » – terme désignant la moindre propension des femmes à voter pour les formations d’extrême droite par rapport aux hommes – avait disparu du vote Le Pen lors du dernier scrutin présidentiel.

En effet, l’analyse des transferts de voix de l’électorat filloniste (2017) en faveur d’Éric Zemmour montre que si ce dernier capte un quart des anciens électeurs de François Fillon (24 %), il attire davantage ceux appartenant aux catégories populaires (29 %) que des cadres et professions intellectuelles supérieures (23 %) aujourd’hui tout aussi attirés par la candidature Macron (23 %).  En revanche, compte tenu du positionnement plus libéral du journaliste du Figaro sur les questions économiques, Éric Zemmour ne parvient pas à capter la frange la plus populaire du lepénisme : l’ex-présidente du RN parvenant à conserver dans son giron l’essentiel de ses ex-électeurs ouvriers (74 %) ou employés (71 %). L’auteur de « La France n’a pas dit son dernier mot » attire en revanche deux fois plus de lepénistes CSP+ (36 %) que de lepénistes ouvriers (18 %).

François Kraus, directeur du pôle « Politique / Actualités » à l’Ifop.

22 octobre au 28 octobre – Marianne

MICHEL DUCLOS

(…) « Sur un plan stratégique – et, encore une fois, je n’adhère pas à tout-, Emmanuel Macron fait bouger les lignes. Il tente ainsi une ouverture vers le monde anglophone (NDLR : de l’Afrique) et d’autres pays, comme le Rwanda. Il le fait par le biais d’une politique mémorielle que l’on peut juger dérisoire mais qui, en réalité, ne l’est pas. Les populations africaines n’approuvent pas la politique que la France a jugé bon d’y mener jadis. Un jour ou l’autre, ce choix portera ses fruits. (…) Emmanuel Macron a le goût du risque et le goût du jeu. Il suffit de ne pas en abuser. Pour le reste, il ne faut jamais perdre de vue les deux faces d’une politique diplomatique. Celle de la capacité de projection militaire. Et celle d’une grande puissance civile et d’influence. S’il est légitime que notre pays cherche à vendre des armes, notre politique ne peut donner l’impression d’en être juste l’habillage. Quant à la puissance du verbe, elle peut certes corriger les insuffisances de l’intendance, il l’a fait avec magnificence, mais il s’est aussi employé à relancer notre économie et à nous sortir du guêpier algérien. Il faut toujours tenter de trouver le bon curseur entre verbe et action. Et, à partir de là, la France doit réinventer son message universel. (…) L’image de la France n’a jamais été seulement positive ! Nous avons été une puissance coloniale. Nous avons perdu la guerre mais faisons partie du club des puissances nucléaires. La suspicion des Anglo-Saxons à notre égard dure et durera. C’est le panorama général. La nouveauté, c’est que nous sommes pris entre deux fronts. D’une part, un espace arabo-musulman que notre « identité » hérisse, et d’autre part, les jeunes « columnists » du New York Times qui ont intériorisé la « désoccidentalisation » du monde. Le message de la France doit tenir compte de cette réalité. Nous devons avoir une politique étrangère pour la jeunesse de France et pour celle du monde. La grandeur, comme la puissance, ne les intéresse pas. Leur sujet, c’est la liberté sur Internet, une certaine forme de tolérance et de convivialité, la rigueur sur l’égalité des sexes et l’angoisse quant au climat. Nos hommes d’État et nos décideurs devraient en tenir compte si nous voulons être à la hauteur de ce que nous avons été dans le passé.

Michel Duclos, ancien ambassadeur, conseiller spécial à l’Institut Montaigne, essayiste. Propos recueillis par Stéphane Aubouard et Alain Léauthier.

23 octobre – LE JDD

CHRISTIAN ESTROSI

(…) « Éric Zemmour définit les thèmes et imprime le tempo de la précampagne présidentielle. C’est le résultat du malaise décliniste qui gangrène notre société, de ses provocations dont se repaissent les médias et de réseaux sociaux souvent transformés en cloaques complotistes. C’est enfin la conséquence du vide sidéral du débat démocratique avec une gauche inexistante et une droite qui a perdu tous ses repères. (…) J’ai toujours appartenu à la famille gaulliste. J’ai cheminé aux côtés de Jacques Chirac, Philippe Seguin, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Tous différents, mais rassemblés dans leur combat contre l’extrême droite, avec laquelle ils ont courageusement refusé toute idée de compromis. (…) Lorsque j’entends Éric Zemmour se réclamer du gaullisme et affirmer qu’il reconstruit le RPR, je ne ris plus. C’est l’indignation qui me submerge. (…) Il est le partisan d’une nationalité racialisée, rejetant de la communauté nationale quiconque n’aurait pas la peau suffisamment blanche. La droite, si elle avait un tant soit peu de courage, aurait pu et dû rappeler l’attachement des dirigeants du RPR puis de l’UMP au droit du sol. Éric Zemmour plaide pour la confusion des droites et certains, au sein de mon ancienne famille politique, pactisent avec cette folie. Il n’y a pas de continuum entre la droite républicaine et l’extrême droite. Il y a une irréversible différence de nature. (…) Au fond, Éric Zemmour c’est le pouvoir de la haine, la haine qui veut se faire pouvoir. Zemmour ce n’est pas de Gaulle, c’est à peine sa rature.

Christian Estrosi, maire de Nice.

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