LA SEMAINE 44 EN 7 ARTICLES

2021 – SEMAINE 44 / lundi 1er au dimanche 7 novembre

Désindustrialisation et désocialisation ; L’heuristique de disponibilité ; Rondeau et Déon ; La démocratie n’est pas la priorité ; La lutte des classes ne s’arrête jamais ; Tirer le fil de lin ; Quand la Chine se renferme 

4 novembre – Radio Classique

JÉRÔME FOURQUET

(…) « Concernant le paysage spirituel, le point numéro un, c’est ce qu’on a appelé l’effondrement de la matrice catholique. On peut donner quelques chiffres. On a 35 % des Français qui vont à la messe tous les dimanches en 1960, avant Vatican II, on est aujourd’hui à 3 ou 5 %. On a divisé par 10. Cela aboutit à des mutations anthropologiques. On était à la Toussaint il y a quelques jours, en 1980 1% seulement des décédés sont incinérés, aujourd’hui, c’est près de 40 %. Ce sont des basculements très forts. Il y a un vide spirituel qui a été créé et dans ce marché il y a de nouveaux acteurs qui sont apparus. Il y a l’islam évidemment, même si l’on parfois de conversion cette religion s’adresse d’abord aux personnes majoritairement issues de l’immigration maghrébine ou africaine. D’autres tendances émergentes sur le plan spirituel, par exemple l’essor du courant évangélique. 2000 temples évangéliques en France, il s’en ouvre tous les dix jours. On voit également un regain d’intérêt pour des formes d’ésotérisme, pour le néo-chamanisme. Et puis nous consacrons aussi un chapitre au yoga qui est à la fois une pratique sportive et d’entretien de son corps, mais c’est aussi investi spirituellement par beaucoup de Français et c’est un quart de la population qui s’adonne au yoga. Aujourd’hui, nous sommes passés de quelque chose qui était très structuré autour d’une religion majoritaire à un espèce de bric-à-brac spirituel à un mixte spirituel qui est parfois assez déroutant. (…) Un des points centraux du livre, c’est ce passage organique d’une économie structurée autour de la production, l’agriculture, la pêche, l’industrie à une économie du loisir dont le moteur principal est la consommation. S’il fallait retenir un moment de basculement, il n’y a pas de datation au carbone 14, mais le printemps 1992, avec le 31 mars la fermeture des usines Renault de Billancourt, symbole de la citadelle ouvrière s’il en est et, 12 jours après, c’est l’inauguration, le 12 avril, c’est l’inauguration d’Eurodisney. (…) On constate que toute une sociabilité s’effondre, ce sont des mondes qui sont engloutis. Par exemple les liens avec les associations et les clubs de sport, les cités ouvrières, le tissu associatif, la fierté ouvrière aussi qui était associée à ces activités. Aujourd’hui, dans beaucoup de territoires désindustrialisés de la France périphérique qui n’ont pas la chance d’être sur des circuits touristiques ou d’être bien desservis par la météo ou à proximité de la mer. Là où il n’y a pas eu de reconversion possible, le principal employeur c’est souvent l’hôpital, et puis à côté la grande distribution. Toute une partie du territoire est sous perfusion, directe ou indirecte, d’argent public, via les minimas sociaux, via les pensions de retraites, et via les salaires qui sont versés aux fonctionnaires qui sont souvent les actifs les plus nombreux dans certains territoires. (…) Quand on parle de désindustrialisation, on a souvent collectivement en tête une image rétinienne de la fin des années 1970 avec la fin des charbonnages, la sidérurgie lorraine, du textile ou de la navale sur nos côtes. Mais en réalité l’hémorragie industrielle ne s’est pas arrêtée, la saignée a été continue. Depuis 2008, pas moins de 950 sites de 950 sites de plus de 50 salariés ont été fermés en France et l’on constate sur la carte que tout le territoire a été victime de cette désindustrialisation. (…) Historiquement l’industrie s’est principalement développée sur les axes des voies de chemin de fer ou à proximité des zones d’extraction de matière première. Aujourd’hui, dans une société de la consommation, le secteur déterminant est celui de la logistique. C’est ce que nous appelons la France Amazon. Ces entrepôts logistiques, il y en a plus de 4 000 en France, sont tous quasiment implantés sur les nœuds autoroutiers. Cette économie de la route a fait que le chauffeur routier a remplacé le cheminot. On a 400.000 chauffeurs routiers en France pour à peu près 160 000 personnes à la Sncf. (…) Il y a eu cette croyance que c’était la marche de l’histoire et que c’était pas mal qu’on se défasse de cette industrie un peu ringarde, un peu polluante au profit d’activités de services, de tourisme ou de loisir. Amazon a été accueilli à bras ouverts et d’ailleurs Amazon cible spécifiquement ses zones d’implantation car il y a aussi des aides publiques qui sont très importantes pour la relocalisation d’activité. Mais, depuis quelques années maintenant, certains élus locaux, dans des territoires plutôt bien lotis, plutôt bien nantis, je pense à l’Ouest de la France, rechignent ou se refusent à accueillir Amazon, par exemple à Rennes ou à Nantes. On est là sur des postures de riches puisque les dynamiques de développement de ces territoires n’ont pas besoin d’Amazon. (…) Politiquement, il était illusoire de penser qu’avec une métamorphose aussi profonde on allait pouvoir encore longtemps rejouer le match à la Don Camillo-Peppone, c’est-à-dire le vieux clivage droite-gauche qui était adossé à un certain état, à une structuration de la société française. Ce à quoi on assiste depuis 2017, avec la victoire d’Emmanuel Macron, l’effondrement du PS et la disqualification de la droite, n’est qu’une mise en conformité tardive du paysage électoral avec la réalité sociale, économique, démographique de notre pays qui a énormément muté. Comme disait un ancien récent premier ministre, Édouard Philippe : « La poutre travaille encore ». Ce à quoi nous avons assisté en 2017 n’était sans doute que la saison 1, et nous sommes à la veille de la saison 2 de cette poursuite de la recomposition aussi pour tenir compte ou pour être plus en phase avec cette France d’après que nous avons essayé de décrire.

Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion à l’IFOP, auteur avec Jean-Laurent Cassely essayiste, de « La France sous nos yeux », éditions du Seuil, octobre 2021.

4 novembre – L’Express

STEVEN PINKER

« Il y a d’abord « l’heuristique de disponibilité » découverte par Amos Tversky et Daniel Kahneman. À savoir que les personnes évaluent les probabilités des événements et des risques en fonction de la facilité avec laquelle ils peuvent se remémorer des exemples. Typiquement, on pense que la voiture est un transport plus sûr que l’avion, car on a tous en tête des images de crash. En réalité, les avions sont 1 000 fois plus sûrs que les voitures par passager-kilomètre. Cela a de vraies conséquences politiques. Les sociétés surréagissent par exemple au terrorisme. Un petit nombre de personnes tuées dans un attentat permet d’instiller la peur dans tout un pays. Mais ce biais de disponibilité joue aussi dans notre perception de l’énergie nucléaire. L’opposition au nucléaire est en grande partie motivée par le souvenir d’accidents très médiatisés : Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986 et Fukushima en 2011. Il est aisé de s’imaginer être intoxiqué par les radiations, tout comme de visualiser, à tort, des centrales exploser comme des bombes. Tandis que le charbon tue, lui, en silence, et ne fait jamais la Une des journaux. Pourtant, même en partant du principe que les autorités soviétiques auraient dissimulé des milliers de décès à Tchernobyl, le nombre de morts dus à soixante ans d’énergie équivaut bel et bien à environ un mois de décès liés au charbon. C’est problématique, car de nombreux climatologues s’accordent à dire que si on veut arriver à un objectif de zéro émission de carbone tout en continuant à satisfaire les besoins en électricité, le nucléaire doit faire partie du mix énergétique (…) On assiste de plus en plus à la suppression d’opinions divergentes, à travers l’éviction de professeurs, d’invités ou même d’étudiants qui contestent les dogmes actuels. Cela passe souvent par des pétitions appelant à « canceller » des personnes, des discours ou même des articles dans des revues. Aux États-Unis, la diversité d’opinions dans les facultés se réduit de plus en plus. Il y a de moins en moins de professeurs de droite ou du centre. C’est la recette idéale pour limiter la pensée. (…) « Aujourd’hui, c’est devenu un poncif dans les médias ou les sciences sociales de dépeindre l’humain comme un éternel homme des cavernes. Je pense au contraire que tout le monde peut être rationnel. Il faudrait simplement plus d’efforts pour promouvoir les méthodes statistiques tout comme l’esprit critique. Nos dirigeants pourraient par exemple expliquer sur quelles bases ils ont pris leurs décisions, afin que les citoyens ne voient pas en eux simplement des autorités qu’il faudrait suivre aveuglément ou rejeter. Comme un élève en mathématiques ne doit pas se contenter d’arriver à un résultat, mais en faire une démonstration au tableau, les autorités sanitaires pourraient ainsi expliquer le raisonnement qui les a amenées à décider de confiner la population, en en montrant les coûts et les bénéfices, plutôt que de simplement imposer des ordres. Il serait bon de respecter les capacités rationnelles des citoyens ordinaires ! Et d’avoir conscience que le progrès est totalement dépendant de nos actions. Les bonnes choses n’arrivent pas de façon magique. Elles se produisent quand les humains font appel à leur rationalité afin de résoudre des problèmes.

Steven Pinker, psychologue cognitiviste, professeur à Harvard.

5 novembre – Le Figaro

DANIEL RONDEAU

(…) Solitude et liberté font bon ménage. C’est dans la solitude du travail que Déon invente la liberté de romancier. Adossé à la honte d’une défaite inoubliable, mais entré dans la saison de sa force, armé d’un bagage qu’il ne doit qu’à lui, de paysages et de rencontres singulières, il est décidé à sortir de lui-même, et à prêter à des personnages romanesques des questions si souvent éludées. Les Poneys sauvages mettent en scène « quatre personnages, plus un narrateur, engagés au-dessus de la mêlée dans une sorte de pacte tacite qui les lie à la vie à la mort, dans les orages, les engagements politiques suicidaires et même la haine et la dissimulation ». Leurs destins se sont croisés dans une université britannique. Déon brosse la courbe de leur vie sur la tapisserie de leur époque. Il brasse large dans une Histoire à la fois passionnante et effrayante, qui a pu désespérer l’homme mais qui comble le romancier. « Nous avons tous été les combattants et les dupes de quelque chose », écrit-il. Espionnage, trahisons, assassinats de masse, mensonges de la presse, guerres biaisées de libération nationale. Partout des cités et des hommes à la dérive. (…) Michel Déon, animé par une inlassable curiosité, a toujours veillé avec bienveillance sur ceux qui venaient après lui. Les écrivains français travaillent à la chaîne, l’écriture appelle l’écriture. Morand parle de cette « chaîne d’or » qui nous relie d’une génération à l’autre, cette langue française qui « entend dire brièvement et clairement ce que l’homme a pensé ». Nous sommes très nombreux à avoir bénéficié de sa bienveillance. Pour nous tous, merci Michel. J’ai dit plus avant qu’il avait été un enfant de la défaite, comme beaucoup de Français finalement, mais nous savons qu’il y a des défaites qui préparent les fruits. La volonté de Déon à construire et à réussir une œuvre montre qu’il n’avait pas renoncé à l’espérance. J’en veux pour preuve ses quelques mots, son conseil d’outre-tombe que je vous livre en guise d’épilogue : « Rien n’a donc d’importance que d’aimer sa vie et de la protéger… N’avoir besoin que du nécessaire, ne pas quitter d’un pouce l’être que l’on aime, voir chaque jour le soleil se lever et se coucher, manger quand on a faim, écrire sur une table même boiteuse… »

Daniel Rondeau, écrivain et ancien ambassadeur. Discours de réception à l’Académie française.

5 novembre – L’OBS

(…) « On touche là au deuxième volet de la « stratégie Attila » de Trump et des républicains qui consiste à politiser tout le processus électoral. Quand nous l’avions rencontré au début de l’été, Barb Byrum s’avouait inquiète devant ce qu’elle considérait comme un « coup d’État au ralenti ». Barb est la greffière du comité démocrate d’Ingham, dans le Michigan, un État très disputé par les deux grands partis. Son souci du moment était la désertion des responsables en charge du bon déroulement des élections. « On est devenus les méchants de l’histoire. Mais il s’agit de personnes désintéressées, on ne fait pas fortune en assurant la bonne tenue de scrutins ! » Quand on lui en reparle, aujourd’hui, le ton s’est assombri : « Cela a empiré, le président local du Parti républicain présente des candidats conspirationnistes pour occuper les postes d’agents électoraux du comté ! » Des responsables de ce type qui n’avaient jamais imaginé que leur job ferait l’objet de la moindre controverse, sont littéralement chassés de leur poste, « intimidés ou carrément menacés par des individus dont la démocratie n’est pas la priorité », note Barb. Partout l’activisme trumpiste se déploie. Dans les écoles, les parents anti-masques font le siège des administrateurs. Dans le comté du Kent, à l’ouest de l’État, une femme a cherché, à deux reprises, au volant de sa voiture roulant à plus de 110 kilomètres/heure, à envoyer dans le décor celle du directeur local de la Santé. Même les shérifs se retrouvent gangrenés par la politisation extrême, avec une monté de shérifs « constitutionnalistes » qui se croient au Far West.

Philippe Boulet-Gercourt, envoyé spécial dans le Michigan et en Géorgie.

5 novembre – Le Figaro

MARCEL GAUCHET ET JÉRÔME SAINTE-MARIE

(…) Jérôme Sainte-Marie : – En réalité, si l’on croit vraiment à la lutte des classes, elle ne s’arrête jamais. Néanmoins, on en voit une traduction politique très claire depuis le début du quinquennat d’Emmanuel Macron. Il a pris le pouvoir en s’appuyant essentiellement sur la classe managériale, c’est-à-dire le monde des cadres supérieurs, qu’ils viennent de l’entreprise comme du secteur public. Il y a aujourd’hui une très grande correspondance entre la hiérarchie sociale et la hiérarchie politique. Ce bloc a suscité son inverse dans la rue, peut-être plus que dans les urnes. Nous avons bien vu, avec les « gilets jaunes » et leurs soutiens, qu’il y avait une opposition frontale entre la France d’en bas et la France d’en haut, pour parler en termes très schématiques. Dans les urnes, cette dynamique a pris une forme inachevée avec le vote pour Marine Le Pen, lequel vote a une structure sociologique exactement symétrique à celui du bloc élitaire au pouvoir. Marcel Gauchet : – La lutte des classes ne s’arrête jamais, mais elle a des hauts et des bas. Pendant les Trente Glorieuses, elle avait trouvé une expression politique dans l’affrontement droite-gauche, une gauche dont le parti communiste était le pivot. Le déclin de celui-ci a entraîné la décomposition de cette expression au point de faire croire qu’elle était en train de disparaître. D’où le titre de l’article que vous mentionnez et qui parlait du « retour d’une oubliée ». Cette lutte des classes nouvelle manière a longtemps cherché son débouché politique, qu’elle n’a pas encore véritablement trouvé. Là-dessus, je rejoins le constat de Jérôme Sainte-Marie. Le vote RN est l’expression politique principal de cette lutte des classes qui n’a plus son expression sociale dans la lutte organisée dans les entreprises et sur les lieux de travail. C’est une grande différence avec l’image classique qui faisait de la politique le prolongement d’une lutte qui avait d’abord lieu sur le terrain du travail. L’expression politique de cette lutte des classes prend un relief d’autant plus grand qu’elle est privée de sa manifestation sociale qui reste larvée et n’a pas d’organisation à sa disposition, les syndicats étant hors jeu. (…) Je fais crédit à Emmanuel Macron d’avoir été mû en 2017 par une ambition plus haute que d’être réélu en 2022. Il se proposait pour but de redonner confiance aux Français dans leur destin collectif, que cela soit en Europe, dans le monde ou sur le plan économique et social. Il a mobilisé cette espérance-là, chez des gens de droite et de gauche, qui ont pensé, à tort ou à raison, que les perspectives qu’il offrait permettraient de sortir du blocage qui s’était installé avec une alternance gauche-droite devenue paralysante au lieu d’être productrice. (…) Jérôme Sainte-Marie : – Un projet qui voudrait atteler le vote populaire pour faire nombre aux catégories supérieures ayant à cœur l’intérêt national de manière authentique, cela peut exister mais ce n’est plus un bloc populaire. C’est une solution qui pourrait s’apparenter au RPF par exemple. Éric Zemmour ne s’y trompe pas puisqu’il parle bien d’union des droites. Il prend en charge des valeurs culturelles de la droite patriote, celle qui a voté non en 2005 et tient des propos réellement souverainistes, par rapport à l’Europe un petit peu, par rapport aux États-Unis beaucoup. Mais il prend également en charge le programme économique et social, tel qu’exprimé par François Fillon. Toute solution d’alternance à Macron doit prévoir l’alliance entre une bonne partie des classes moyennes (elles existent même si l’on n’en parle plus), une partie des retraités, la bourgeoisie patriote (qui existe, notamment celle présente dans les corps régaliens, l’armée, la diplomatie) et le vote populaire. Marine Le Pen et Éric Zemmour disent la même chose depuis très longtemps, la question est de savoir qui dans ce bloc-là a le pouvoir. Qui est servi en priorité ? Au-delà de l’intérêt commun du refus du délitement national, quels sont les intérêts matériels qui seront servis ? L’un semble demander aux classes populaires davantage de sacrifices et l’autre davantage aux CSP +

Marcel Gauchet, historien et philosophe, et Jérôme Sainte-Marie, politologue. Propos recueillis par Alexandre Devecchio.

5 novembre – Marianne

« Est-il déjà écrit dans les livres d’histoire que la France est condamnée à sacrifier son industrie textile ? » Pierre Schmitt, le patron du groupe Velcorex-Matières françaises, goutte peu la facilité ambiante qui condamne l’industrie textile française à délocaliser ses usines car celles-ci seraient insuffisamment compétitives dans le jeu de la concurrence mondialisée. Lui qui, en vingt ans, a monté dans le Haut-Rhin à coups de rachats – Valcorex, Phileo, Emanuel Lang et Tissage des Chaumes – un groupe de 150 employés réalisant 30 millions de chiffre d’affaires, refuse de baisser les bras. Il s’est même mis en tête de structurer une filière textile intégralement made in France. Rien que ça ! Comment ? En s’appuyant sur le lin. Pourquoi ? Parce que « la France est le premier producteur au monde : 75 % du lin textile. C’est une filière historique avec un savoir-faire précieux ». Problème, depuis les années 1980, toutes les usines de filature du lin, le premier maillon de valorisation de la filière, ont été fermées ou délocalisées. Résultat, la France produit 150 000 t de lin par an mais en exporte la quasi-totalité à bas prix « principalement en Chine et aussi dans les pays de l’Est », déplore Pierre Schmitt, avant de réimporter des produits finis beaucoup plus chers. Pour relocaliser, il faut donc être malin. Bingo : grâce à son réseau alsacien, M. Schmitt a repéré, puis récupéré des machines à filer le lin abandonnées par l’industriel Schlumberger en Hongrie. (…) Mieux, il compte désormais investir les « textiles techniques », qui s’adressent aux professionnels du bâtiment, de l’industrie ou du médical. Un marché bien plus porteur que celui de l’habillement car moins soumis à la concurrence de la main-d’œuvre bon marché.

Mathias Thépot

7 novembre – Le JDD

« Depuis le très fort durcissement du régime en 2018-2019, l’économie n’est plus envisagée comme un élément moteur – ce qui explique en partie la reprise en main par le Parti communiste de secteurs entiers, et notamment des grandes entreprises du numérique. Le sujet crucial aujourd’hui concerne la stratégie du pouvoir central en matière de domination économique. Comment la Chine va-t-elle asseoir sa puissance et consolider sa place de numéro un mondial dans les années à venir ? Va-t-elle jouer pleinement son rôle de leader face aux États-Unis ? Il n’est pas certain qu’elle le souhaite. (…) Pékin considère toute information dangereuse si elle circule sans l’autorisation des pouvoirs publics. D’où leur immense méfiance vis-à-vis du numérique et de la data : le relais de croissance très fort qu’offre le numérique n’est pas exploité, il est même asphyxié, car Xi Jinping et le Parti communiste chinois préfère briser l’élan des entreprises de ce secteur plutôt que de courir le moindre risque de voir s’établir un contre-pouvoir. C’est manifeste dans le cas des cryptomonnaies : elles représentent un cauchemar pour le pouvoir puisqu’elles échappent à tout contrôle, alors même qu’une partie de l’épargne de la population pourrait y être investie et donc s’évaporer en cas de catastrophe. Le musellement de l’équivalent des Gafam nationaux est un événement à prendre très au sérieux. Tout comme la quasi-faillite du conglomérat de l’immobilier Evergrande, qui s’est développé grâce à des actifs dont la valeur est totalement artificielle. (…) Plusieurs facteurs expliquent les mauvais chiffres de ces derniers mois, en matière de production industrielle notamment. Une grave pénurie d’électricité, par exemple, affecte depuis le début de l’automne les usines chinoises et l’ensemble du secteur manufacturier. Elle a contraint plusieurs provinces à imposer des rationnements, engendrant des coupures d’électricité dans les logements et les usines. Parmi les usines affectées, celles produisant du ciment, de l’acier et de l’aluminium, des matières premières très importantes pour l’économie du pays.

Philippe Dessertine, propos recueillis par Marie-Pierre Gröndahl

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