LA SEMAINE 6 EN 7 ARTICLES

1/ Salafisme : frapper les commanditaires et non les exécutants ; 2/ « Spatiophagie » et « culture de l’espace » ; 3/ La gauche autruche ; 4/ Le continent froid ; 5/ Zemmour et Darwin ; 6/ La tyrannie de la transparence ; 7/ Solidarnosc vire extrême droite

4 février 2022 – Le Figaro Magazine

(…) Autant que je sache, mon analyse est proche de ce celle qui est faite aujourd’hui en interne par les services. J’ai été en poste au Liban, en Syrie, au Maroc, et j’ai fait de nombreuses missions en Irak, en Jordanie, en Égypte, en Iran, puis j’ai été chef de service de renseignements, ce qui m’a donné une vue plus synthétique des problèmes que nous devions régler. Les services s’adaptent au monde comme il est, tout en sachant que les gouvernements ont des contraintes qui ne sont pas toujours alignées avec la vérité du terrain, ni avec les objectifs militaires et politiques qu’il faudrait viser. Quelles ont été, en gros, les lignes politiques suivies ? C’est très simple, depuis les années 1980, on oscille entre une ligne pro-migratoire et islamo-béate – celle de la gauche des années Mitterrand – et une ligne plus pragmatique des « républicains de gauche » et de la droite, qui néanmoins ne veut pas risquer d’accusation « d’islamophobie ». Leur mot d’ordre collectif est donc : « Pas de vagues ». Depuis quarante ans, la pression médiatique braque le projecteur du mauvais côté, dites-vous : chaque fois qu’il y a un attentat, on cherche les hommes de main, pas les commanditaires… Tout le monde s’épuise à courir derrière les exécutants dont le stock est indéfiniment renouvelable. En revanche, nous avons un adversaire redoutable, qui n’est nullement l’islam mais qui s’appelle le salafisme. On nous dit : il ne faut pas stigmatiser ! Je réponds que si, il faut pointer du doigt l’adversaire, et notamment l’argent qui lui permet de diffuser son message séparatiste. C’est un tour de force des salafistes d’avoir réussi à faire passer pour des victimes (du néocolonialisme, de l’islamophobie…) même lorsqu’ils commettent des crimes atroces. Est-ce pour cette raison que vous jugez inutile un Guantánamo à la française ?  (une proposition d’Éric Ciotti, refusée par Valérie Pécresse, ndlr) Oui, et je connais bien le problème, pour avoir été conseiller du rapporteur Guantánamo de l’OSCE sur ce dossier. C’est le meilleur moyen de créer un incubateur de Daesch sur le territoire national et de renier nos propres valeurs. Ce serait faire le jeu des séparatistes. Commençons par appliquer nos lois de façon rigoureuse ce qui, je le reconnais, est devenu difficile avec un code de procédure pénale qui fait 3 500 pages… Vous pointez le doigt vers l’Arabie saoudite et l’internationale salafiste qu’elle a construite à partir de rien… Le lien entre le djihadisme et wahhabisme est avéré depuis plus de deux siècles. La tribu des Saoud instrumentalise régulièrement le djihadisme au service de ses intérêts, mais elle échoue systématiquement à en contrôler les développements et effets pervers, aussi bien chez elle que dans le reste du monde. (…) Bien sûr, il y a le Qatar, le Pakistan, la Turquie, mais Riyad est au centre de la toile. Elle ne soutient pas le djihadisme par affinité idéologique ou volonté missionnaire. Elle le fait par pragmatisme pour mettre les Saoud à l’abri du regard critique de l’Occident, à l’abri de la concurrence impériale de l’Iran, à l’abri de la contestation démocratique ou sociale. Elle encourage partout et toujours quiconque est susceptible de relayer la doxa théocratique, sectaire et réactionnaire sur laquelle elle a construit sa légitimité contestable depuis sa conquête militaire des lieux saints de l’islam en 1926 aux dépens de ses gardiens tutélaires que sont les Hachémites, dont le dernier descendant est le roi de Jordanie. (…) Est-on enfin en train de sortir la tête du sable ? Il a fallu plus de 300 morts victimes du terrorisme pour l’ensemble des élites politiques et intellectuelles française finisse par admettre, parfois avec beaucoup de réticences, qu’il y avait un problème. Reste à voir quelles mesures concrètes viendront tenter de donner du corps à la riposte. Vous renvoyez dos à dos les islamo-béats et les islamophobes, mais que faire de concret contre les propagateurs du salafisme ? Je ne suis pas d’accord avec ceux qui pensent que l’islam pose un problème en tant que tel, et je refuse, évidemment, « l’amalgame » entre les extrémistes et des musulmans paisibles qui représentent la très grande majorité et sont les premières victimes du salafisme. En revanche, il y a beaucoup à faire, médiatiquement et politiquement, pour dénoncer le salafisme des Wahhabites, des Frères musulmans et de tous ceux qui promeuvent, de près ou de loin, un islam incompatible avec la modernité et la démocratie. Je suggère les pistes dans mon livre.

Alain Chouet, ancien haut responsable de la DGSE, auteur du livre Sept pas vers l’enfer, propos recueillis par Charles Jaigu

8 février 2022 – Libération

(…) L’après-Seconde Guerre mondiale a entraîné un mouvement d’urbanisation généralisé de la planète. Ce que nous appelons « la mondialisation » » pourrait être un mouvement de spatiophagie : une consommation d’espace de plus en plus importante, que l’on voit bien sûr avec l’urbanisation, l’étalement urbain et la constitution de nombreuses et vastes métropoles sur toute la planète. Mais cette urbanisation n’est pas à entendre qu’au sens matériel : des espaces « naturels » non urbanisés sont aussi intégrés aux dynamiques de la planète mondialisée. Au Tibet, la montagne est de plus en plus intégrée aux réseaux du tourisme international qui transforment considérablement ces espaces. Sombre portrait de notre planète mondialisée ! Sauf que dans le même temps, on a vu aussi se créer des lieux, des espaces de vie qui non seulement ont leurs aménités, mais permettent aussi à huit milliards d’humains, et peut-être dix dans les années à venir, de vivre. Je pense aux musées, aux écoles, aux hôpitaux… Je pense aussi à ce que j’ai appelé des « hyperlieux » : grâce aux réseaux de transports et de communication qu’ils abritent, mais aussi du fait des enseignes ou des œuvres qu’ils abritent, ils relèvent en même temps de logique d’échelles très différentes du local au global : c’est le cas des grands aéroports internationaux, des centres commerciaux, ou encore de de grandes places touristiques comme Times Square. Il ne faut pas négliger la richesse de cette capacité humaine : il y a un génie de l’humain à installer de nouveaux espaces. (…) On ne pourra pas sérieusement aménager nos territoires avec sobriété, y développer de nouveaux usages, répondre aux impératifs écologiques, si on ne prend pas en compte une évidence : l’humanité sera toujours une espèce extractive, consommatrice de ressources. Une fois cela admis, on doit travailler de façon plus réaliste à la réduction de la consommation d’énergie de nos territoires (diminution voire arrêt de la consommation d’hydrocarbures), à la diminution de notre utilisation des ressources, mais aussi à la façon dont nous faisons évoluer les espaces que nous habitons déjà. (…) Il va falloir développer une « culture de l’espace » qui nous manque, pour mieux comprendre l’histoire de l’urbanisation et de la périurbanisation en France, mieux saisir ses logiques et trouver des chemins d’adaptation. Enfin, il va falloir inventer les formes démocratiques pour le faire, car ces évolutions ne peuvent être imposées par le pouvoir, tant elles touchent à la vie des habitantes et des habitants.

Michel Lussault, directeur de l’école urbaine de Lyon, propos recueillis par Thibaut Sardier.

9 février 2022 – Franc Tireur

(…) Les exploiteurs de colère ont toujours une guerre culturelle de retard. Ils attendent que les lanceurs  fassent le travail, prennent tous les coups, puis mènent l’assaut, sabre au clair, pour se proclamer victorieux d’un ennemi agonisant. Il en va ainsi de la droite extrême lorsqu’elle reproche en boucle à LA gauche, toute la gauche donc, même la gauche laïque et Charlie Hebdo, d’avoir couvert la monté de l’islamisme et de l’antisémitisme. D’abord l’extrême droite n’a jamais rien compris à ces fléaux. Quand elle ne tient pas elle-même des discours antisémites ou racistes propres à gonfler la campagne de recrutement des islamistes, elle croit stopper la radicalisation des Français nés en France, depuis au moins trois générations, en arrêtant aux frontières la future immigration. Même s’il s’agit de réfugiés fuyant Daech, de Yézidis ou de chrétiens d’Orient ! (…) Au même moment, une certaine gauche lançait l’alerte dans un silence glaçant. Ni putes ni soumises, SOS Racisme, ProChoixCharlie Hebdo, le Comité laïcité république, Manuel Valls et bien d’autres ont dénoncé la remonté de l’antisémitisme et de l’islamisme en banlieue. Toute une partie de la gauche leur est tombée dessus, préférant continuer à percevoir les classes laborieuses dites « racisées » en victimes, refusant d’admettre qu’elles pouvaient aussi se comporter en bourreaux, et même en meurtriers. (…) La mauvaise herbe galope sur les réseaux, grâce à des influenceurs toxiques, à des bouffons de haine comme Dieudonné ou Soral, qui ont réussi à relancer le bon vieux filon complotiste antisémite, contre l’État ou « Big Pharma ». Le mal gagne les classes populaires, et pas seulement musulmanes ! Dans les manifestations contre le pass vaccinal, on se met à porter l’étoile jaune et à crier « Qui ? », pour accréditer l’idée d’un complot juif et d’une dictature nazie. Où est la droite républicaine pour résister à ces glissements, lorsque Didier Raoult parle de « camps de concentration » à propos des non-vaccinés, et qu’Ivan Rioufol vole à son secours en comparant le pass vaccinal au ghetto de Varsovie ? À peine ose-t-elle tousser qu’elle se voit insulter par des foules zemmouriennes en furie. Une meute qui ne pardonne rien à la gauche, mais tout à un maurassien pétainiste, persuadé que Dreyfus était coupable et Tariq Ramadan innocent. Que les Don Quichotte se réveillent. S’ils veulent réellement faire barrage au pire, il ne suffit pas de ferrailler contre un « islamo-gauchisme » à 2 %. Il est temps de faire barrage ensemble contre un national-populisme à plus de 30 %.

Caroline Fourest, journaliste.

9 février 2022 – le un

(…) en 1957-1958, après l’organisation de l’Année de géophysique internationale (AGI), une approche scientifique de l’Antarctique est l’occasion de dépasser les convoitises territoriales. À la fin de l’AGI, les États-Unis proposent à onze États de réfléchir au statut de l’Antarctique : aux sept dits « possessionnés »* s’ajoutent les États-Unis, l’URSS, le Japon, l’Afrique du Sud et la Belgique. Mais ils n’arrivent pas à se mettre d’accord sur un statut unique. Le traité de l’Antarctique de 1959 établit donc le gel des prétentions territoriales et le principe de non-appropriation. Aucun autre territoire au monde n’est régi de cette façon, pas même dans l’espace ! En effet, « la Lune et autres corps célestes » appartiennent au patrimoine commun de l’humanité. Avec le traité sur l’Antarctique, au contraire, les États parties ne renoncent pas à leurs prétentions territoriales ; elles sont « gelées ». (…) L’Antarctique est « à jamais réservé aux seules activités pacifiques », ce qui exclut notamment la militarisation et les essais nucléaires. Le traité garantit également la liberté de la recherche scientifique et encourage la coopération. C’est ainsi que la station franco-italienne Concordia a pu s’implanter sur le territoire revendiqué par l’Australie, dans un site choisi pour son intérêt scientifique. Par ailleurs, aucune activité n’est envisageable si elle n’a pas fait l’objet d’une étude d’impact sur l’environnement. On présente souvent l’Antarctique comme un Far West polaire, où chacun peut faire ce qu’il veut. C’est faux. Des personnes ont été sanctionnées pour être venues sans autorisation, d’autres pour avoir apporté des animaux. Toute activité en Antarctique peut se révéler dangereuse, la coopération est indispensable.

*Argentine, Australie, Chili, France, Norvège, Nouvelle-Zélande et Royaume-Uni. (…) Au fil des années, de nombreuses décisions sont venues renforcer le traité : une convention sur la protection des phoques, une autre sur la conservation de la faune et de la flotte marines, mais également des mesures pour éviter l’importation d’espèces invasives, ou encore l’obligation de contracter une assurance pour venir en Antarctique. (…) Autre particularité, les décisions relatives à l’Antarctique reposent sur les conseils des chercheurs : telle activité envisagée dérangera-t-elle une colonie de manchots ? Tient-elle compte des risques liés aux crevasses dans la glace ? Il s’agit d’une diplomatie scientifique. (…) Je crois au droit international : ce régime est exceptionnel et prévoit des garde-fous. Jusqu’ici, les États ont à peu près joué le jeu. Je participe aux négociations depuis des années, et il a été très peu question d’activités militaires par exemple. On s’en préoccupe bien sûr, il ne faut pas oublier que ce sont des États. Mais il n’y a pas de volonté de conflit. (…) L’Antarctique n’est pas un lieu de développement économique : il s’agit d’un territoire exceptionnel, avec un intérêt scientifique majeur. Il est important de préserver cela.

Anne Choquet, directeur de la revue Web Persuasion aux États-Unis, auteur du livre La Grande Expérience, propos recueillis par Caroline Fourest.

10 février 2022 – Le Point

« Le mérite d’Éric Zemmour est d’avoir posé le sujet de la civilisation sur la table », déclarait Michel Onfray sur Europe 1 le 3 février. Et effectivement, c’est peut-être l’un des mots que le candidat de Reconquête ! a le plus à la bouche. Sauf que chez les singes parlants que nous sommes, dire n’est pas forcément faire et, plus pernicieux encore, la rhétorique peut être à l’opposé des actes et des conjonctures qu’elle est à même de mettre en branle. « Les êtres humains ont une connaissance imparfaite de leurs états intérieurs », écrit le primatologue Frans de Waal dans La Dernière Étreinte. « Ils se trompent et trompent souvent leur environnement. […] Voilà pourquoi je préfère travailler avec des créatures qui ne sont pas doués de la parole. Certes, je suis obligé de deviner leurs sentiments, mais je ne suis pas induit en erreur par ce qu’elles me racontent. » En l’espèce, si Zemmour se gargarise de civilisation, son discours ne fait galvaniser la sauvagerie. (…) Au « grand oral de la sécurité » organisé par le syndicat de police Alliance Éric Zemmour a déclaré en ouverture : « Il y a deux civilisations sur notre sol et elles ne peuvent pas, malheureusement, cœxister pacifiquement. » L’armature la plus basique de la mentalité tribale : le cloisonnement entre un « eux » et un « nous ». Où sont nos ennemis ? Là-bas, chez les étrangers. Et pourquoi sont-ils étrangers ? Parce qu’ils sont nos ennemis. Les « pas de notre clan, de notre sang, de notre race ». Mais ce n’était là que l’apéritif : « Vous êtes devenu le gibier, alors que vous étiez auparavant les chasseurs. » Il n’est plus question de forces de l’ordre, de bras armé de la loi, d’autorité légale et rationnelle, mais tout simplement de safari. (…) Zemmour s’est aussi engagé à supprimer le juge des libertés pour son « rôle néfaste » dans les procédures et à faire en sorte que les enquêtes soient désencombrées des avocats et droits de la défense. C’est vrai que c’est pénible, un garde-fou, ça empêche de se jeter la tête la première dans l’abîme. (…) Il est cocasse de voir combien Zemmour semble ignorer une leçon darwinienne parmi les plus fondamentales : les organismes s’adaptent à leur environnement. Comme s’il pensait qu’en tapant toujours plus fort, qu’en faisant fi des normes juridiques primordiales – et dès lors proprement civilisationnelles –, la sécurité allait en ressortir consolidée, alors qu’une telle stratégie ne promet qu’un chaos en roue libre. (…) En promettant aux policiers plus de muscles et moins de droit, Zemmour génère une pression de sélection qui pourrait bien n’être dommageable qu’aux petits délinquants et profiter aux plus gros caïds, qui devront à leur tour continuer à enfler pour espérer damer la concurrence. Soit une voie royale pour que s’étende encore un peu plus le domaine de la barbarie.

Peggy Sastre, journaliste

10 au 16 février 2022 – L’Express

(…) Tous les élus que j’ai rencontrés le disent : ils se sentent en sursis, ils doivent constamment faire leurs preuves, gagner leurs galons, et ils n’ont jamais le droit au bénéfice du doute. Deuxième difficulté : l’accélération du temps. Auparavant, même un Mitterrand se ménageait des moments où il allait jouer au golf pour décompresser. Aujourd’hui cela passerait pour un cruel manque de sérieux. De nombreux politiques sont constamment sous le regard des médias et du public. Quand vous êtes interpellé sur Twitter, il vous faut répondre tout de suite. Quand il y a une crise, vous ne pouvez pas attendre vingt-quatre heures pour faire un communiqué exposant votre position… Enfin, la troisième raison est, selon moi, extrêmement importante : c’est la tyrannie de la transparence. L’élu est constamment sous le regard du public, il doit sans cesse rendre des comptes sur ce qu’il fait, ce qu’il dit à chaque instant, et y compris dans sa vie privée. C’est une chose qui me choque beaucoup : nous avons une exigence envers nos élus qui dépasse le cadre de leur fonction, de la qualité de leur travail. On exige qu’ils soient bons pères ou bonnes mères de famille, qu’ils soient fidèles à leur compagne ou à leur compagnon, que leurs enfants soient évidemment scolarisés dans le public, qu’ils partent en vacances au bon endroit, ni trop bling-bling ni trop beauf… C’est une demande d’exemplarité perpétuelle, une pression permanente. Conséquence : les élus n’osent même plus revendiquer leur vie privée. Ils ont tellement intégré la critique du public, qui les prend pour des paresseux profiteurs, qu’ils n’osent plus dire : « J’ai aussi droit à ma part de liberté. » (…) Je pense qu’on ne se rend pas compte à quel point nous sommes un peuple exigeant. À raison, sans doute ! Quand on regarde la manière dont nous sommes soignés dans ce pays, on râle ; quand on regarde nos voisins européens, on se dit qu’on n’est pas si mal lotis. Rendons-nous compte que nous attendons tout de l’État. Absolument tout. On a une très haute idée de ce que devrait être la puissance dans l’État et de la politique par extension. Donc il est très difficile, pour les élus, d’être à la hauteur de cette attente ! (…) Tous les partis ont intérêt à ce que des profils compétents s’engagent en politique. Or la seule chose sur laquelle on avance, c’est le lynchage des élus, réduire leur rémunération et augmenter leurs contraintes. Çà ne les rendra jamais meilleurs.

Chloé Morin, analyste, auteur du livre « On a les politiques qu’on mérite », propos recueillis par Erwan Bruckert.

10 février 2022 – Marianne

(…)(…) À la suite de la publication d’une interview fort complaisante de Marine Le Pen, photographiée tout sourire en une de son hebdomadaire, Tygodnik Solidarnosc, (ou « Tysol », Laurent Berger secrétaire général de la CFDT, écrivait au président du syndicat polonais, Piotr Duda : « Nous sommes révoltés de voir en France le nom de Solidarnosc servir d’alibi pour l’extrême droite, une trahison du combat que la CFDT a mené à vos côtés, il y a quarante ans » s’indignait-il, dénonçant une « ligne éditoriale assumée qui promeut l’extrême droite et des valeurs antinomiques à celles du syndicalisme que nous défendons ». Il faut dire que la version française de Tysol sur le Web est éloquente : non contente de faire l’apologie de Marine Le Pen et d’Éric Zemmour, elle reprend tous les thèmes chers à la droite extrême. Qu’on en juge. Le 11 janvier, sous le titre « IVG et situation sanitaire : la fabrique du mensonge », on peut lire : « La France, pays des droits de l’homme s’émeut de 100 000 décès du Covid en deux ans. Mais qui se préoccupe des 220 000 avortements annuels ? » (…) Pour l’ex-secrétaire général adjoint de la CES et membre historique de Solidarnosc, Józef Niemiec, « ce qu’on fait les journalistes de Tysol est inacceptable, car c’est une ingérence claire dans le processus électoral français ». Mais, à l’en croire, « ce n’est pas une cause perdue. Je vois une volonté de corriger la situation, car le président de Solidarnosc a compris qu’il y avait un vrai problème. » (…) Pawel Kuczynski, sociologue qui fut très proche du Solidarnosc historique : « À droite, les choses ont changé lorsque le Parti Droit et Justice (PiS), parti ultraconservateur et ultranationaliste au pouvoir, les syndicats en général et Solidarnosc en particulier. Le PiS a prôné une véritable redistribution économique. Ce qui lui a valu un fort soutien des travailleurs dans sa victoire électorale de 2015. Promesses en partie tenues : avec une application plus stricte des contrats de travail, une hausse du salaire minimum et de généreuses subventions aux parents. Mais le PiS ne collabore pas avec les syndicats. Typiquement autoritaire, il mène sa politique sociale de manière paternaliste, de sorte que les travailleurs se tournent vers l’État pour espérer, et non vers leurs propres organisations. Pourtant, Solidarnosc le soutient. Aujourd’hui, le syndicat est presque entièrement allié au PiS et donc à toutes ses politiques et pratiques illibérales, antidémocratiques, anti-immigrés, homophobes et protofascistes. » Qu’en dit Walesa, prix Nobel de la paix en 1983 ?

Anne Dastakian, journaliste.

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