LA VÉRITÉ COMMENCE PAR SOI-MÊME

Qu’est-ce que la Vérité des informations et comment s’en assurer alors que débordent les fake news dans les médias et les réseaux sociaux où sont prolixes, on le sait, des réseaux de sociétés manipulatrices de tout ordre. Rude tâche de cerner la vérité quand Kafka nous a avertit : « Il est difficile de dire la vérité, car il n’y en a qu’une, mais elle est vivante et a par conséquent un visage changeant » * La vérité n’est pas majuscule et elle est très mouvante… et pourtant le président de la République a chargé la ministre de la Culture d’imaginer une loi pour interdire les fake news ! Vaste débat… et délicate mise en œuvre à attendre. Car il ne suffit pas d’écouter la journaliste du Monde Annick Cojean au micro de Laure Adler ** dire à juste titre : « Un bon reportage, petit ou grand, est celui qui dit la vérité. » ou de lire le mot sur un nombre important d’ ouvrages de “révélation”, il faut s’interroger sur l’intérêt et l’efficacité d’une loi qui permettrait d’en être assuré. Dans sa chronique titrée « Le ministère de la Vérité » ***, Guy Konopnicki écrit : « (…) Certes, les techniques d’aujourd’hui font craquer l’encadrement légal de l’information. N’importe qui peut propulser une nouvelle, mettre en cause un individu, une entreprise ou une institution. L’abandon d’une plainte et même la délivrance d’un non-lieu par les magistrats n’effacent pas le soupçon. La parole du plaignant et plus encore celle de la plaignante étant sacrée, on soupçonnera donc un arrangement secret. Le problème ne réside pas dans la loi, mais dans une crise de la confiance envers tout ce qui détient du pouvoir, la justice comme l’institution politique. Les journaux et les autres médias qui travaillent dans un cadre légal se retrouvent suspects quand circulent toutes sortent d’affirmations, venues d’on ne sait où, relayés par des internautes, souvent masqués derrière des pseudonymes. L’anonymat de l’informateur peut même passer pour la preuve de la crédibilité. Le vote d’une loi censée chasser la fausse nouvelle ne ferait que renforcer la méfiance envers l’information vérifiée. Quelle institution pourrait-elle décider de ce qui est vrai ou faux ? Au demeurant, l’État lui-même ne manifeste pas toujours un goût immodéré de la vérité. La loi peut à la rigueur ajouter quelques garde-fous, trouver par miracle le moyen de soumettre tout supposé informateur aux mêmes règles que le journaliste professionnel. Sans doute peut-on chercher à accélérer la sanction d’une diffamation avérée, bien qu’il semble difficile de juger sereinement à la vitesse d’un tweet. Mais la loi ne peut définir la vérité. Elle le peut d’autant moins que les plus extravagants mensonges de l’histoire ont été diffusés par un organe officiel qui portait le nom de « Vérité », Pravda en russe. On ne combat pas les fake news avec une loi Pravda. ». En revanche la décision de Françoise Nyssen, le 4 mars 2018, de doubler l’enveloppe financière consacrée à l’éducation et aux médias est une bonne mesure. Nous verrons en revanche si celle concernant la mise en place d’une plateforme commune de décryptage de l’information aux sociétés de l’audiovisuel public peut être opérationnelle… Si le pouvoir politique, et plus généralement, les responsables politiques souhaitent réellement tordre le coup aux rumeurs, aux sous-entendus et autres merveilles du genre, qu’ils commencent à veiller à ne plus en propager eux-mêmes. Et qu’ils ne singent pas les tweeter-men et autres diffuseurs d’information sur les blogs et réseaux qui se complaisent plus dans la frénésie compulsive de la « réactivité », de « l’émotion »… pour la simple exposition de leur ego.

*Franz Kafka (1883-1924), Lettres à Milena, 23 juin 1920.

** « L’heure bleue », France-Inter, 21 février 2018

*** Marianne, “Le ministère de la Vérité”, 23 février 2018

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Get Adobe Flash player