LE TITRE RÉDUCTEUR DU MONDE

Les titres de presse se doivent d’avoir une fonction informative de premier niveau. Comme un essentiel. Ils doivent mettre en exergue du « solide ». Il ne s’agit pas de tourner autour du pot. Bien sûr leur rôle est aussi de nous mettre en appétit, de nous inviter à en savoir plus en lisant l’article. Ils nous disent « Quoi », l’article nous dira « comment » et « pourquoi »… quand il le peuvent. 

Le quotidien Le Monde a publié ce titre qui me semble ne pas répondre à ces exigences de base. Lisons-le attentivement « Au lieu de galvaniser les Français, les interventions d’Emmanuel Macron semblent accroître leur inquiétude ». Qu’en retenir vraiment ? De quoi parle-t-on exactement ?

La diffusion de l’équivoque “conditionnel”

En premier lieu, il y a un gênant conditionnel avec un « semblent » qui laisser planer un doute non négligeable. On le sait vraiment ou on le suppute ? Ce n’est pas la même chose… Sont évoquées, par un pluriel, les « interventions » du Président. Certes, on comprend parfaitement qu’il s’agit de ses passages à la télévision, mais dans ce cas, est-ce ce qu’il dit qui inquiète, la manière dont il le dit ou les deux à la fois ?

En effet, la teneur du propos, par exemple sur les risques durables du Covid-19 et des précautions à conserver après le déconfinement et la crainte d’une deuxième vague… voici autant d’informations qui peuvent légitimement inquiéter. Pour autant quel qu’en soit l’émetteur il n’est en rien responsable de cette description de la réalité qui est nécessaire à dire pour prévenir.

Mais peut-être Le Monde veut-il nous dire qu’Emmanuel Macron s’y prend très mal et que quoi qu’il dise il développe des craintes, voir la peur. Dans ce cas, puisqu’on imagine mal que ce soit une volonté, il serait particulièrement mauvais dans son expression et obtiendrait des résultats inverses à l’objectif visé.

La chronique de Françoise Fressoz du 12 mai incline plutôt en ce sens puisqu’elle écrit, en une sorte de contrepoint, que le premier ministre, selon les sondages, est devenu plus populaire que le président* en précisant qu’Édouard Philippe aurait un discours « plus prudent » que celui « ultra-volontariste » d’Emmanuel Macron. Il reste une conclusion un peut étonnante avec cette dernière phrase : « Pour l’heure, le pays souffre de deux superlatifs : il a un président beaucoup trop optimiste et un peuple complètement neurasthénique » qui me semble être très loin, dans son sens, de celui du titre.

L’inquiétude de Français neurasthéniques

Comment reprocher à un Président d’être “trop optimiste” ? Doit-il être l’inverse à l’heure où son rôle est de rassembler les énergies et de responsabiliser ? En peut-on imaginer des Français neurasthéniques, c’est-à-dire « souffrant d’un état de fatigabilité physique et psychique extrême » selon la définition du dictionnaire Larousse, être en capacité d’échapper à l’inquiétude ? N’écoutent-ils pas, jour après jour, de l’exécutif, de médecins, d’amis, de voisins… des recommandations qui sont autant de contraintes qui, fait aggravant, ne peuvent être définies avec un point d’arrêt précis.

Sont-ce vraiment les émetteurs, Macron, Philippe et les autres qui sont responsables ? N’est-ce pas plus simplement la situation qui provoque de l’inquiétude ? Le titre ne nous éclaire en rien sur ce sujet pourtant important.

*Sondage sur la « popularité » de Ifop-Fiducial pour Paris Match et Sud-Radio publié le 12 mai : Édouard Philippe 57 % (+ 4 %) et Emmanuel Macron 48 % (+ 2%)

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