LES GARGOUILLEMENTS D’ÉRIC ZEMMOUR

Incontestablement, après des années passées au micro de RTL, aujourd’hui présent à celui de CNEWS et tenant la plume pour ses chroniques du Figaro Magazine, Éric Zemmour (@EricZemmourActu) est un journaliste. Sans évoquer les livres qu’il produit régulièrement. Et de cette ancienneté, il est logique qu’il soit, puisqu’il en est des journalistes comme des footballeurs, une figure recherchée sur le marché des transferts qui agite régulièrement les médias. À ce niveau, il n’y a pas de « Question Zemmour ». De même, il est un journalise engagé, très engagé même et ne s’en est jamais caché. L’échiquier politique du moment le situe « à la droite de la droite », cette fraction qui flirte et même fraie avec l’extrême droite. Il se trouve que le journalisme engagé est très couru en France. Les journaux les plus prestigieux comme Le Monde ou Le Figaro ou historique comme l’Humanité ne s’offusquent pas d’avoir en leur sein des journalistes engagés même s’ils ne le clament guère. Parfois leur titre l’est lui-même. On pourrait même dire que c’est une de leurs qualités, d’ailleurs à y regarder de près, on constate vite que les rubriques politiques, économiques, juridiques et sociales ne sont pas toujours sur le même axe « politique », mais en ont un. Pas de cases pré-formatées donc, mais des signatures dont il est aisé de mesurer la sensibilité. Plus généralement dans la presse, et particulièrement en ce qui concerne le journalisme « d’investigation » ou de « révélation », des grands noms du journalisme revendiquent haut et fort leur parti-pris et appellent même à des manifestations politiques. Là encore, même lorsqu’on ne partage pas jusqu’à combattre ses idées comme c’est mon cas, il n’y a pas de « Cas Zemmour ».

En revanche, il est un marché des transferts particulier où il vient de s’illustrer en franchissant une limite qui ne peut l’être. Par son long discours à la « Convention de la Droite » à l’invitation de Marion Maréchal Le Pen fin septembre dernier – relayé en direct et en totalité par LCI contre l’avis de la rédaction de la chaîne du groupe TF1 –, Éric Zemmour est devenu un propagandiste politique direct et applaudi comme tel par l’assistance. Derrière le pupitre, fidèle à ses obsessions sur le grand remplacement, ce moment où, selon lui, le nombre des musulmans – qu’il juge par nature tous islamistes – il s’est rapproché un peu plus des révisionnistes et des négationnistes. D’ailleurs, quelques jours plus tard, invité dans l’émission de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », il a carrément fait sienne leurs arguments avec cette phrase insensée et historiquement scandaleuse « Pétain a sauvé des juifs » ou bien avant, en janvier 2017 dans CauseurEntre la France et l’islam, les musulmans doivent choisir” phrase contraire à notre laïcité républicaine ouverte à toutes les religions !

Dès ce moment – même avant selon moi – ce n’est plus seulement le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) qui doit être interrogé (il l’est par de nombreux téléspectateurs) mais la loi. La persistance de ses sorties du même tonneau oblige CNEWS, qui vient de lui confier une nouvelle émission où il trône, à renoncer à sa diffusion en direct pour la programmer en différé. Trente et un annonceurs publicitaires en trois semaines, BMW, BNP Paribas, Himolla, Seat… ont décidé de ne plus apparaître dans le programme afin d’éviter d’être tachés par les éclaboussures. Voilà où son propre employeur tv en est : prendre suffisamment de précautions pour avoir le temps de couper les séquences qui pourraient être attaquées en justice. Sinon quoi ? L’écran médiatique d’accueil masque donc le citoyen et le fond de sa pensée pour n’utiliser le bretteur ferrailleur de mots que pour l’essentiel : un provocateur qui fait monter l’audimat. Un jeu dangereux car le flot s’écoulant de la gargouille Zemmour, ce n’est pas de la pure eau de pluie ou de l’eau claire de fontaine, mais plutôt le gargouillement des eaux sales siphonnées par la bonde d’un évier malodorant.

Éric Zemmour reste un journaliste. Il a le droit d’exercer son métier, mais la manière dont il l’exerce désormais révèle qu’il se sent (et se veut peut-être…) un homme politique bien qu’il s’en défende (de moins en moins). Entre les deux « carrières », à terme s’il persiste, il devra obligatoirement choisir. Et la chaîne de télévision de Vincent Bolloré devra décider de son maintien à l’antenne comme journaliste, ou non. RTL s’était bien privée de lui récemment pour les mêmes raisons. Nul doute que l’homme politique Éric Zemmour, s’il le devient, continuera d’être présent sur les plateaux médiatiques.

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