PROFESSION JOURNALISTE : UNE DÉLÉGATION DE QUI ?

Je sais qu’il y a eu, de tous temps, des journalistes sans carte de presse. Parfois même ils sont de grand talent et recherchés pour intervenir « à la pige » par des titres de presse reconnus et appréciés. Je comprends parfaitement que l’apport des nouvelles technologies, notamment pour les prises de vue vidéo et les moyens de diffusion de type YouTube, facilitent la naissance de vocations. Elles peuvent même multiplier. Je pense important de prendre en compte cette nouvelle sphère qui peut enrichir, à certaines conditions, la profession de journaliste. Soit.

Mais il y a un grand MAIS… et ce sont justement les conditions. Ces dernières ne peuvent être passées sous silence. Elles devraient alerter les journalistes encartés, leurs titres, les syndicats professionnels. Et, davantage encore, la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels (#CCIJP). . Où alors, à quoi sert l’instance nationale, composée de journalistes et d’éditeurs de presse en activité dans tous les secteurs, qui délivre l’attestation du métier de journaliste ?

Dans un communiqué publié hier, la CCIJP rappelle que : « la carte de presse, délivrée sur des critères légaux, se suffit à elle-même pour démontrer sa qualité de journaliste professionnel sans autre formalité de quelque sorte, accréditation notamment ». La question est bien celle des critères d’exercice du métier.

L’étonnante présence du « journaliste » Taha Bouhafs au ministère de l’Intérieur

C’est pourquoi je m’interroge fortement sur la présence, hier après-midi, du jeune @T_Bouhafs dans la délégation reçue par le ministre de l’Intérieur @GDarmanin. Tiitulaire de la carte de presse – il travaille depuis fin 2018 pour le site d’information Là-bas si j’y suis dirigé par @Daniel Mermet et filme avec son téléphone les manifestations – ou qu’il ne la possède pas – Libération a écrit que Taha Bouhafs n’avait pas, en janvier 2020, fait les démarches en vue d’obtenir une carte de presse – est sans importance. Comme il est sans importance qu’il soit un militant. Il fut même candidat de La France Insoumise (#LFI) à une élection législative. Il a quitté le parti de Jean-Luc Mélenchon depuis.

Être un militant, il n’est pas le seul journaliste à l’être et certains l’avouent moins, est naturellement son droit. Mais, beaucoup de ses confrères considèrent qu’il est avant tout un activiste. Ils constatent, par des témoins, qu’il est un adepte des « théories de guerre de mouvement » propices « au soulèvement général ». On connaît des militants trè actifss, et néanmoins moins emportés. N’oublions jamais cette ignominie à l’encontre d’autres journalistes, ceux de Charlie assassinés. Taha Bouhafs avait alors twitté : « Les pouilleux de Charlie Hebdo n’existent qu’à travers notre indignation. Cessons de commenter leur unes dégueulasses et ils cesseront d’être. » Son tweet : « C’est bientôt le dîner du Crif (Conseil Représentatif des Institutions Juives) et t’a pas envie d’être privé de petits fours » le fera accusé de propos antisémites. C’est bien le moins.

Le mensonge démasqué

Et il sait passer de la théorie à la pratique… moment où l’on constate facilement que le journalisme n’est pas le premier de ses soucis. Les journalistes sont nombreux à reconnaître et défendre la pertinence du journalisme d’opinion ou du journalisme engagé. Mais ils peuvent aussi considérer que la profession est incompatible avec l’activisme politique. Surtout lors que celui-ci consisterait à s’affranchir de la recherche de la vérité. Or Taha Bouhafs a une conception très élastique de la vérité.

En mars 2019, il avait été poursuivi pour « diffamation publique à l’encontre de la police nationale ». Il avait déclaré sur les réseaux que « deux jeunes de quartier de 17 et 19 ans sont morts à cause de la police à la suite d’une course-poursuite ». DesSyndicats de police l’accusent de « jeter de l’huile sur le feu ». et  « d’appeler les gens à se soulever, et après on va filmer. »

Il est éclairant de se souvenir de passage à Tolbiac. Pas comme étudiant, mais comme “journaliste”. Le vendredi 20 avril 2018, il se fait connaître par la rumeur qui deviendra  « la rumeur de Tolbiac ». Il parvient à tromper quelques médias. Par exemple, le site d’information Reporterre qui publie un un article titré : « Un occupant a été blessé lors de l’évacuation violente de Tolbiac par la police. » L’information est fausse ! Les médias, dans l’ensemble, avaient fait preuve de prudence. Avec raison. En effet, dès le 24 avril, Libération révèlera le mensonge. Il n’y avait pas eu d’étudiant dans le coma ou mort. *

La presse doit s’interroger

Or hier, le même Taha Bouhafs était présent dans la délégation « représentative » des journalistes et d’associations, reçue place Beauvau. À quel titre ? Celui de ses « exploits » comme ceux que je viens de rappeler – et la liste est loin d’être exhaustive – ; parce que les syndicats, notamment le SNJ, a imposé sa présence ?

Je ne sais pas. Mais ce que je sais en revanche, c’est que la profession, plus rapidement qu’elle ne le croit, devra se pencher sérieusement sur ce point. Non pas seulement sur le cas Taha Bouhafs, ce n’est pas sa personne qui est au cœur du problème. En revanche, la distinction entre ceux qui recherchent la vérité et ceux qui ne la recherchent pas est essentielle. Ceux qui provoquent les événements pour les couvrir « journalistiquement » sont différents de ceux, envoyés par leurs rédactions, qui rendent compte des faits. Et cela sans les commenter selon leur inclination politique. Deux types de journalistes cohabitent : ceux qui respectent les informations et ceux qui sont les rois de l’infox-intox. Il n’y a pas d’enquêteurs minute, mais il y a des agitateurs dont l’objectif est monter des opérations de pression politique façon cocotte-minute

Pour terminer, dès après sa sortie « outrée » du ministère de l’Intérieur, Tahaf Bouhafs se rendait place de la République. Venaient de s’y installés sous tente, manifestation organisée par l’organisation Utopia 56, environ quatre cents migrants. Présent au moment de l’intervention des forces de l’ordre pour en réaliser l’évacuation, il s’est empressé de faire une déclaration… politique (c’est son droit le plus strict) et non journalistique, métier qu’il avait oublié sur la route de cette journée agitée pour lui. Cette fois, il n’a pas arrêté, ce qui lui était arrivé deux fois, en juin 2019 et en janvier 2020. Précisons que Gérald Darmanin, suite à des images de la dispersion policière qu’il juge choquantes, a demandé un rapport circonstancié au Préfet de Police.

* Voir mes articles sur ce site « Tolbiac : rumeur morbide et intéressée » en date du 24 avril 2018 et « Tolbiac : le mensonge révélé » du 25 avril 2018

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Get Adobe Flash player