LA SEMAINE 10 EN 7 ARTICLES

1/ Poutine peut gagner ;  2/ Marianne – Une Ukraine neutre ? ; Souveraineté et défense ; 4 / L’Occident doit être plus cohérent ; 5/ Anthropologie et relativité culturelle 6/ La nécessaire capacité d’agir vite ; 7/ Poutine au tribunal ?

9 mars 2022 – le 1

(…) On a beaucoup dit ces derniers mois que l’Europe était absente. L’Union européenne n’était pas au cœur de la crie, mais je pense que les Européens étaient partout, par la diplomatie bilatérale, les rencontres au « format Normandie » – qui réunissent depuis 2014 Russie, Ukraine, France et Allemagne –, au sein du Conseil Otan-Russie, de l’OSCE. L’Union européenne, elle, n’avait pas été un acteur majeur jusqu’à présent, mais ça n’était pas dans son mandat. Les dernières décisions montrent que l’UE avance, évolue et grandit avec les crises. Les réponses apportées ces derniers jours sont à la hauteur de l’événement : soutien économique et financier à l’Ukraine, sanctions importantes, interdiction des médias russes et accueil des réfugiés. Sans oublier la position de l’Allemagne avec le revirement assez stupéfiant et très personnel du chancelier Olaf Scholz, qui a pris la mesure des enjeux. L’Allemagne, sur le plan de la défense et de l’énergie est en train de prendre des décision assez historiques. (…) Dans les faits, l’économie russe va être quasi coupée du reste de l’Europe pour plusieurs années. On peut toujours aller plus loin, notamment du côté des oligarques… Mais il y a un moment où les sanctions peuvent être contreproductives en affectant la population et la société russe d’une manière disproportionnée. (…) Ce qui distingue le continent, c’est son attractivité. Souvenez-vous que l’entrée dans l’Union européenne était déjà conditionnée, du moins jusqu’à l’entrée de Chypre en 2004, au règlement des problèmes frontaliers et à l’établissement de l’État de droit. Avec l’Ukraine, on voit de manière éclatante que l’Europe peut même devenir un enjeu existentiel. Tous les Européens n’ont pas encore compris à quel point la tension russo-ukrainienne avait été involontairement causée par l’existence de l’Union européenne. À mon sens, c’est une envie d’Europe beaucoup plus qu’une envie d’Otan qui habite la population ukrainienne. (…) Tout grand conflit porte en lui la possibilité d’une escalade. Mais pour que la sécurité des pays européens soit mise en cause, il faudrait une intention délibérée de M. Poutine de nous provoquer pour nous diviser, soit – scénario le plus probable des deux – une succession d’incidents et une escalade par inadvertance. Le scénario classique serait celui d’un bombardier russe qui s’égarerait du côté de la frontière polonaise ou lituanienne. (…) Au jour où nous parlons, il n’y a, hélas, pas d’issue politique immédiatement possible où chacun se mettrait autour d’une table pour éviter un bain de sang. Il faudra que les choses se clarifient sur le plan militaire, au prix peut-être de grandes souffrances pour les populations. L’issue sera douloureuse dans tous les cas. Mais je me garderais bien de dire qu’il n’y a qu’un seul scénario et que M. Poutine a forcément perdu.

Bruno Tertrais, politiste, propos recueillis par Julien Bisson et Éric Fottorino

10 au 16 mars 2022 – Marianne

(…) D’un point de vue stratégique et politique, la décision d’envahir l’Ukraine prise par le président Poutine est sidérante d’absurdité. Même si l’armée russe a l’avantage sur le plan militaire, une longue période d’enlisement s’annonce pour elle. La France du général de Gaulle a su tirer les conclusions de son isolement dans l’affaire algérienne et a mis fin à cette à contre-courant de l’Histoire. Dans l’opinion publique russe, les souvenirs de la guerre d’Afghanistan ne sont pas effacés. Le bon sens voudrait que le pouvoir russe décide le retrait de ses forces hors d’Ukraine. Est-ce envisageable ? À court terme, je ne suis guère optimiste. Dans des pays démocratiques, il peut arriver que des leaders responsables démissionnent. On ne l’attend guère en Russie, même si Mikhail Gorbatchev, en 19ç1, avait su s’effacer. De même en avait-il été pour Boris Eltsine, au 1er janvier 2000, au bénéfice de Vladimir Poutine. Mais une telle issue est aujourd’hui improbable. Comment un tel malheur, dont les conséquences seront durables, aussi bien pour les Ukrainiens et pour les Russes que, ne nous le cachons pas, pour tous les Européens et pour les relations franco-russes, a-t-il pu survenir ? Comment, trente-deux ans après la chute du Mur, a-t-on pur, entre la Russie et l’Occident, en arriver là ? Une partie de l’explication réside, je crois, dans le contexte de mésentente historique qui remonte au moins à 1054, date du grand schisme entre le christianisme occidental issu de Rome et le christianisme oriental issu de Byzance. Plus que jamais, il faut nous affranchir de ces visions étroites bien illustrées par un écrivain français comme Custine, qui, dès les années 1830, exprimait une hostilité viscérale à l’égard de la Russie. Ne confondons pas un gouvernement russe, qui passe, et le peuple russe, dont l’apport à la littérature, à la civilisation et à l’histoire de l’humanité est majeur. (…) Il ne sert à rien de déplorer les occasions perdues. Elles n’ont pas toutes été du fait des Occidentaux. Il y a, chez les dirigeants russes, une vision caricaturale de l’Occident, comme si les associations de soutien aux LGBT représentaient la tendance dominante de nos sociétés. Rien n’autorisait le gouvernement russe à violer l’intégrité territoriale de l’Ukraine et, plus généralement, à bafouer le principe de non-ingérence proclamé dans la Charte des Nations unies depuis 1945. Depuis le début de l’agression russe, Emmanuel Macron défend une position combinant fermeté et souci de maintenir la porte ouverte au dialogue et à la diplomatie. Cette approche est celle d’un homme d’État. Elle est à la hauteur d’une telle crise, dont la gestion demande intelligence et souplesse. Les troupes russes doivent quitter l’Ukraine. Rien n’empêche néanmoins de réfléchir à des arrangements de sécurité permettant de stabiliser durablement les relations entre l’est et l’ouest de notre continent. Nous ne devons pas nous laisser entraîner vers une troisième guerre mondiale par des initiatives jusqu’au-boutistes. Un statut de neutralité garanti par toutes les puissances, sur le modèle de ce qu’a fait l’Autriche en 1955, après avoir recouvré son indépendance, ne vaudrait-il pas mieux pour l’Ukraine que la situation actuelle ? L’initiative ne peut venir que de l’Ukraine. Si une telle initiative était prise, elle exigerait de nous une pleine solidarité.

Jean-Pierre Chevènement

10 mars 2022 – Challenges

(…) Espérer, c’est facile : il suffit pour cela d’avoir peur (Spinoza : « Il n’y a pas d’espoir sans crainte, ni de crainte sans espoir »). La confiance est autrement difficile, autrement exigeante, autrement rassurante ! On n’espère que ce qu’on ignore ou qui ne dépend pas de nous. On n’a confiance, légitimement, qu’en ce qu’on connaît ou qui dépend de nous. Ainsi espérions-nous que Poutine n’envahirait pas l’Ukraine, comme d’autres, aujourd’hui, espèrent qu’il s’arrêtera là. Logique de la peur : logique de l’ignorance, de l’impuissance, de la faiblesse. Or voilà que l’Europe, face à la guerre, se mobilise – enfin ! – et qu’on peut y trouver, malgré les dangers qui montent, des raisons de retrouver confiance. Confiance en elle, confiance en nous. Qui a dit qu’il n’y avait pas de peuple européen ? Poutine, qui le méprise, vient de lui donner un surcroît d’existence, d’unité de cohésion ! Ce peuple n’est qu’un fantasme, qu’un idéal, qu’une abstraction ? C’est le lot de tous, tant qu’ils ne se sont pas donnés les moyens politiques de leur souveraineté, et militaires, de leur indépendance. Les Ukrainiens le savent bien, et c’est une espèce de leçon qu’ils nous donnent. L’Union européenne, dont ils voudraient faire partie, est synonyme pour eux de paix, de sécurité, de prospérité, certes point sans limites (l’histoire reste tragique, même en Europe) mais plus grandes, ou peu s’en faut, que partout ailleurs. Encore faut-il que nous nous donnions les moyens, y compris militaires, d’assurer notre indépendance. L’Europe, « géant économique, nain politique », dit-on souvent. Il est temps de sortir ce cette schizophrénie. Parce qu’il n’y a pas de puissance sans souveraineté, ni de souveraineté sans armée pour la défendre.

André Comte-Sponville, philosophe et éditorialiste

10 mars 2022 – L’OBS

(…) Les dirigeant occidentaux se réjouissent du fait que lors des deux votes qui se sont tenus aux Nations unies, le premier au Conseil de Sécurité, le second à l’Assemblée générale, la Russie se soit trouvée largement isolée. Elle a été seule à mettre son veto au Conseil de Sécurité. Elle n’a été soutenue que par quatre régimes parias à l’Assemblée générale (Biélorussie, Corée du Nord, Érythrée, Syrie) face à 141 pays qui ont exigé que la Russie « cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine ». Mais derrière cette belle unanimité se cachent quelques réalités plus dérangeantes, dont nous devrions être conscients. Il y les abstentionnistes, d’abord. Pour des raisons différentes, la Chine et l’Inde, soit presque trois milliards d’habitants à elles deux, ont choisi de rester sur la touche. L’abstention chinoise marque une prise de distance avec la décision de Poutine d’attaquer l’Ukraine, mais les réseaux sociaux chinois, agités par un fort courant nationaliste, glorifient la décision du président russe, vue sous le seul prisme de la résistance à des Etats-Unis hostiles. L’Inde, pourtant alliée des Etats-Unis, ménage pour sa part son principal fournisseur d’armes, allié historique resté amical malgré son lien avec la Chine à laquelle s’oppose Delhi. Les amis de mes ennemis ne sont pas nécessairement mes ennemis… Plus significatives, les abstentions ou l’absence de vote d’une partie de l’Afrique : 24 pays au total, dont l’Afrique du Sud, principale puissance du continent. Certaines positions s’expliquent, comme celle du Mali, en froid avec la France et qui vient d’accueillir les mercenaires russes de Wagner ; ou celle des pays d’Afrique australe dont les mouvements de libération ont reçu autrefois le soutien de l’URSS… Mais l’abstention du Sénégal, par exemple, pourtant proche de Paris, ne répond à aucune de ces motivations. (…) Rien de tout ceci n’enlève une once de légitimité à l’action politique des Occidentaux pour s’opposer à Poutine, ni à la solidarité active des citoyens européens bouleversés par les images de Kharkiv ou de Kherson. Mais le monde de 2022 a changé et ne supporte plus la supériorité morale affichée par l’Occident, lorsque ça répond à ses intérêts, et son silence pudique lorsque ce n’est pas le cas. Pour rester positif, prenons ces accusations comme une incitation bienvenue à la cohérence : elle serait vertueuse et nécessaire.

Pierre Haski, journaliste

12 et 13 mars 2022 – Libération

(…) Quel était le sens du mot « anthropologie » lorsqu’il commence des recherches ? Le terme était relativement récent, il datait des dernières années du XIXe siècle et se trouvait à la frontière de plusieurs champs, mais il renvoyait essentiellement à l’étude du corps humain à travers les âges. C’est ce que l’on qualifierait d’ « histoire naturelle », aujourd’hui, l’étude des squelettes ou des restes humains dans le but de comprendre les lois de l’évolution. Les chercheurs proféraient les mêmes arguments sur l’évolution du squelette que sur les différentes civilisations. À cette époque, lorsque vous visitiez un musée d’histoire naturelle, l’évolution vous était racontée de façon linéaire avec pour point de départ les soi-disant sociétés sauvages d’Afrique ou du Pacifique-Sud et pour ligne d’arrivée les populations d’Europe du Nord, auxquelles s’ajoutaient les colonies blanches que ces dernières avaient fondées en Amérique. C’était une sorte de voyage dans le temps, un retour aux origines de l’humanité même. La notion de race était bien sûr à l’origine de ces thèses et nombreux étaient les scientifiques à se prononcer en faveur d’un classement hiérarchique, avec au sommet les peuples du Nord. Franz Boas, dès le début de sa carrière, sentait que cette science était erronée et il a consacré le reste de sa vie à la démentir. Que signifiait pour lui la « relativité culturelle » ? Ce concept et celui d’anthropologie culturel était de son cru et de ceux qui formaient ce que j’appelle son « cercle ». Dans les années 20-40, Boas s’est retrouvé au cœur d’un débat toujours d’actualité : « Est-il possible d’établir une grille de lecture universelle des sociétés et des civilisations ? ». La réponse de Franz Boas, que l’on accuserait aujourd’hui de relativisme culturel, consistait à conseiller la modestie à ceux qui s’exprimaient au nom de l’humanité. Franz Boas a passé les premières années de sa carrière à voyager et à diriger des recherches dans différents coins du globe, de l’île de Baffin dans le grand Nord jusqu’au Nord-Ouest du Pacifique. Il a remarqué que chaque société créait un système de pensée selon les outils qu’elle avait en main : nous sommes les auteurs de nos propres vérités. En pratique, cela signifie qu’il n’existe pas une civilisation supérieure ou inférieure à une autre, plus ou moins avancée qu’une autre. (…) Ce que défendait Boas était une forme avancée d’universalisme : il considérait l’humanité comme indivisible, sans préjugé raciste nourri de fondements pseudo-biologiques ou scientifiques. (…) Franz Boas croyait en l’existence de questions universelles : « Comment élever un enfant ? » ; « Qu’est-ce qu’une vie réussie ? ». Il soulignait que les réponses, contrairement aux questions, n’étaient pas universelles, mais qu’il n’y avait aucune raison de croire que les solutions apportées par la société dont lui et ses étudiants étaient issus, rendait les hommes plus heureux qu’ailleurs. (…) Pendant la Seconde guerre mondiale, ses œuvre furent brûlées en Allemagne comme le furent celles de Freud. Certains Américains lui reprochaient aussi de contredire l’idée selon laquelle la nation américaine était la meilleure du monde. (…) Franz Boas aurait compris ce que nous vivons actuellement : il a vu l’Amérique réagir par chauvinisme à l’arrivée massive d’immigrés en provenance du Sud et de l’Est de l’Europe au début XXe siècle ; il fut contemporain de la promotion de l’« America First », cette idéologie nationaliste de l’entre-deux-guerres portée par le président Woodrow Wilson, puis il a assisté à la montée du nationalisme dans son pays natal, l’Allemagne. Contre ces maux, Boas préconisait davantage de curiosité et d’empathie pour les mille et une façons d’être au monde. Il n’y a rien de mal dans le fait de tenir aux traditions, à conditions de ne pas tendre vers le nationalisme. L’ouverture de Franz Boas et de ses collègues à la diversité du monde devrait nous servir de modèle.

Charles King, historien à propos de sa biographie sur Franz Boas, propos recueillis par Virginie Bloch-Lainé.

10 mars 2022 – L’Express

(…) Aucun État d’Europe de l’Ouest n’a ni n’aura jamais, à lui seul, ce qu’il faut pour assurer la protection nécessaire de ses habitants dans le contexte géostratégique qui se dessine. Nous avons besoin de maintenir ou de créer les conditions politiques, financières, économiques et militaires d’une action – et d’une sécurité – collective crédible. Le repli national n’a aucun sens. La Chine construit tous les quatre ans l’équivalent en volume de notre marine nationale. Et nos candidats populistes veulent se faire élire en nous faisant croire à des lendemains qui chanteraient si la France se retrouvait entre soi, autonome, libérée ? C’est à pleurer. Pas parce que c’est mal, mais parce que c’est suicidaire. Au demeurant, à toute chose malheur est bon : depuis quelques jours, chacun peut s’en rendre compte. Secundo, nous avons de quoi méditer sur l’action publique et, pour le coup, pas seulement au désavantage du trio Le Pen/Mélenchon/Zemmour. À part Valérie Pécresse et, sans doute, Emmanuel Macron, tous les candidats rivalisent d’ingéniosité dans la passion pour le désarmement de l’exécutif au bénéfice, dans le meilleur des cas, d’un Parlement restauré dans sa toute-puissance perdue et, dans le pire, d’un mélange de régime d’assemblée et de démocratie participative matinée de tirage au sort et de quelques autres joyeusetés du même ordre. On nous explique que le pays n’est plus gouvernable parce que plus personne n’y est légitime pour gouverner. Après quoi, la foire bat son plein : il est urgent d’en finir avec les ordonnances, les élites, le droit de dissolution, le verrou sénatorial sur la révision de la Constitution, les ratons laveurs… Mieux vaudrait ne pas perdre de vue que la qualité d’un système démocratique se mesure aussi à sa capacité d’adaptation, et donc à son aptitude à faire face à l’imprévu. Or ce sont là des vertus qui ne s’épanouissent pas dans la palabre, l’obstruction partisane, les réunions de comités de citoyens et les procédures en neuf étapes. Même si tout n’a pas été parfait, l’État a su réagir avec une assez bonne efficacité aux milliers de problèmes sévères que posait son confinement (payer les salariés, éviter les faillites en série, passer des marchés publics, assurer le fonctionnement continu de la machine, etc.). Cela a pu se faire parce que notre système juridique dispose des moyens d’agir sur-le-champ, de même qu’un vivier de hauts fonctionnaires capables et souvent dévoués. Au plus fort de la crise sanitaire, Matignon tournait avec une poignée d’hommes et de femmes. Des centaines de textes indispensables on pu être pris, parfois dans l’heure. Le gouvernement, les élites étaient aux manettes, et il se vérifie avec un peu de recul que nous n’avons pas tellement à nous en plaindre. (…) L’épreuve tragique du réel enseigne qu’il est parfois nécessaire de décider, vite, éclairer par le savoir de quelques-uns, assez seul devant l’Histoire. Dans le fond, c’est même ce qui donne son sens le moins contestable au principe de l’élection du président de la République au suffrage universel.

Denys de Béchillon, constitutionnaliste

13 mars 2022 – Le JDD

(…) Une responsabilité étatique de la Russie. On pense d’abord logiquement à la Cour internationale de justice (CIJ), principal organe judiciaire de l’ONU. Mais elle n’est compétente que pour les seuls États qui s’y soumettent, c’est-à-dire qui reconnaissent volontairement sa compétence. Il est peu probable que la Russie se soumette à cette juridiction en vue d’une condamnation quasiment garantie à en croire l’unanimité des opinions émises dans le monde sur ce conflit. C’est d’autant plus improbable que la CIJ ne dispose d’aucun moyen pour faire respecter ses décisions, comme faire appliquer un cessez-le-feu. Deuxième hypothèse, celle de la Cour pénale internationale (CPI), compétente pour juger des crimes contre l’humanité. Pour la saisir, il faut que les États soient signataires du statut de Rome de 1998. Cependant, ni la Russie, ni l’Ukraine n’ont ratifié cet accord. La CPI est donc incompétente pour connaître ces faits. Troisième hypothèse pour condamner la Russie, recourir à une procédure devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Cette option, d’ailleurs déjà engagée par l’Ukraine, promet d’être longue et n’est pas répressive au sens pénal du terme. Dernière possibilité, sans doute la plus crédible, mais toujours pas immédiate : créer un tribunal pénal international spécial, comme nous l’avons fait pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda. Ces hypothèses visent donc toute une responsabilité de la Russie, mais pas de la personne de son président, qui serait pourtant la plus efficace. Une responsabilité individuelle de Vladimir Poutine et de son entourage. Comme le tribunal de Nuremberg l’a prouvé, la responsabilité individuelle d’un dirigeant politique est possible s’il est démontré un crime de guerre en violation des lois de la guerre prévues par la convention de Genève et la convention de La Haye. Un mandat d’arrêt international devrait être émis par Interpol contre Vladimir Poutine et son entourage politique impliqué dans le conflit. Si cette perspective est juridiquement possible, à ce jour elle n’a jamais été mise en œuvre contre un président en exercice. Comme il y a un début à tout, c’est une question de détermination et de volonté politique. Cette volonté pourrait se manifester en France, et Paris donner l’impulsion, à l’occasion de sa présidence de l’Union, à l’ensemble de l’Europe.

Pierre Farge, avocat

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