LA SEMAINE 14 EN 7 ARTICLES

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1/ Le Figaro – La puissante contagion de la liberté 2/ le un hebdo – L’extrême droite n’a pas gagné la bataille des idées ; 3/ Franc Tireur  –  Les révolutions conservatrices ; 4/Challenges – Rareté et insatisfaction ; 5/ Le Figaro Magazine – Stratégie pour une défense européenne commune ; 6/ Marianne – S’affranchir des influences ; 7/ – L’Express – Du pain sur la planche pour les démocraties

4 avril 2022 – Le Figaro

JACQUES JULLIARD

(…) Quelle statut donner à cette guerre d’Ukraine, que presque personne n’avait vu venir, et qui va sans  doute bouleverser les destinées du monde ? Les commentateurs en sont réduits à invoquer les contingences de la psychologie individuelle du chef, et font l’hypothèse d’une sorte de « folie » propre au cerveau de Poutine. Quelle chute ! Quel aveu d’impuissance ! Nous voilà ramenés au nihilisme grandiose et désespéré du Macbeth de Shakespeare : « La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur qui se pavane et s’agite durant son heure sur la scène et qu’ensuite on n’entend plus. C’est une histoire dite par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien. » Ou encore le « rien n’est » dans la seconde version de La Ville de Claudel, que j’entends encore proféré par la voix sépulcrale de Jean Vilar. « Besme : Rien n’est. Lambert : Frère, quelle parole lugubre as-tu dite ? Tu as captivé les forces élémentaires, à la pulsation même de la vie tu as adapté le « mouvement » de ta machine (…) Et maintenant est-ce la parole que tu dis et pourquoi te retires-tu de la vie des hommes comme un mort ? Besme : Rien n’est. » (…) Pourtant, sommes-nous condamnés à subir passivement le bruit et la fureur, sans même tenter de lui donner un sens ? Je ne le crois pas, et voici pourquoi. Il est bien vrai que la plupart des tyrans asiatiques ou africains ont peur de l’Occident. Et Poutine est l’un d’entre eux. Mais ce n’est pas de l’Otan qu’ils ont peur, c’est de la liberté, c’est de la contagion de la liberté. Malgré le précédent du bombardement de Belgrade (1999), consenti en faveur de musulmans kosovars menacés de purification ethnique, Poutine sait très bien qu’il ne risque pas une intervention de l’Otan. Et la proximité des frontières n’y change rien. S’il s’agissait de frapper la Russie, l’Otan est capable de le faire depuis la Pologne, l’Allemagne ou même la France. Cessons de nous laisser prendre pour des imbéciles. En revanche, la contiguïté géographique, elle, est une menace véritable de contamination politique. Nous connaissons le langage des despotes à l’âge de la communication : il faut le plus souvent entendre le contraire de qu’ils disent. Ainsi, quand Poutine éprouve le besoin soudain, irrépressible, de « dénazifier » l’Ukraine, il faut comprendre qu’il veut y extirper les ferments de démocratie nés du Maïdan et cultivés par Volodymyr Zelensky. Ce n’est pas un hasard si le président ukrainien est visé personnellement : il est le symbole de la liberté du pays, de son aspiration à se rapprocher de l’Occident. Poutine, est-il besoin de le dire, s’accommode au contraire très bien de la présence en son sein de la Tchétchénie, où l’on pratique la charia et qui est gouvernée par une dynastie de tortionnaires et d’assassins, les Kadyrov, auxquels il fait d’ailleurs appel pour « dénazifier » l’Ukraine. (…) Une comparaison historique nous permettra de mieux comprendre la nature du moment que nous vivons. Au lendemain de la Révolution française et de la grande chevauchée napoléonienne à travers l’Europe, un grand vent de liberté balaya le continent, menaçant les autocraties en place. D’où leur mobilisation qui aboutit à la défaite de Waterloo (18 juin 1815). C’est alors que se mit en place, à l’instigation du tsar Alexandre, une « Sainte-Alliance » contre la démocratie, avec l’empereur d’Autriche et le roi de Prusse, pour faire barrage aux idées révolutionnaires. Elle dominera la scène européenne jusqu’en 1848 ? Aujourd’hui, cette scène est devenue mondiale ? Le nouveau tsar s’appelle Poutine, il a pour puissant et redoutable allié la Chine de Xi Jinping et pour complices la plupart des régimes autocratiques à travers le monde. Leur emprise tend à s’étendre, en plus de l’Asie, au Moyen-Orient et en Afrique. L’ennemi désigné s’appelle l’Occident. Comme en 1815, sous prétexte de barrer la route à l’ogre occidental, c’est bel et bien à la constitution d’une « Sainte-Alliance » contre la démocratie que nous avons affaire. Ne nous faisons pas plus vertueux que nous sommes. Après tout, Napoléon, regardé comme le champion de l’idée révolutionnaire, n’avait rien d’un démocrate. Ne cédons donc pas à une vision moraliste et téléologique de l’histoire, surtout quand l’autocratie dispose, comme aujourd’hui, de ce grand plateau égalisateur des pouvoirs qui se nomme l’arme atomique. Mais nous ne saurions pas non plus, sous prétexte que nous n’en serions pas dignes, repousser comme dangereuses les aspirations des peuples à la liberté, quand elles se tournent vers nous. Ces aspirations disposent, avec les nouveaux instruments de communication, d’instruments aussi formidables que la puissance des autocrates eux-mêmes. Personne n’aurait cru, il y a deux mois, à l’éclatement de la guerre en Ukraine. Mais une fois éclatée, personne non plus n’aurait cru à la résistance des Ukrainiens. Faudrait-il, pour plaire à de prétendus réalistes, que nous combattions chez nos voisins l’idée de liberté que nous représentons à leurs yeux !

Jacques Julliard, historien, éditorialiste.

6 avril 2022 – le un hebdo

(…) Cette guerre aurait dû jouer contre Marine Le Pen puisqu’elle disait admirer Poutine (comme Jean-Luc Mélenchon, ndlr). Elle s’était entretenue avec li à Moscou en 2017, et elle avait obtenu un prêt d’une banque russe. A priori, elle était cataloguée pro-russe, comme Zemmour. Simplement, elle a été plus rapide que lui à changer de ligne et à condamner l’agression. Et elle a aussitôt habilement adopté un prisme national, insistant sur les conséquences économiques « terrifiantes » pour les Français des sanctions annoncées. Contre toute attente, cette actualité dramatique n’a donc pas joué contre elle. Peut-on situer Marine Le Pen et Éric Zemmour à l’extrême droite ? Tout dépend de ce qu’on entend par ce terme. Si on part de la manière dont les candidats sont perçus par les Français, Marine Le Pen et Éric Zemmour sont de loin ceux qui sont classés le plus à droite, obtenant tous deux le score le plus élevé, 8,8, sur une échelle numérotée de 0 à 10 allant du plus à gauche au plus à droite. Leurs idées dominent pour l’instant le débat public. Assiste-t-on à un mouvement électoral ascendant ? En cumulant leurs scores et celui de Nicolas Dupont-Aignan, vous obtenez quelque 33 % des intentions de vote, un record pour un premier tour. Mais au second tour de l’élection présidentielle de 2017, Marine Le Pen recueillait déjà presque 34 % des suffrages exprimés, soit près d e11 millions d’électeurs. Et il faudrait relativiser un peu l’avalanche de chiffres, dans cette course de petits chevaux que donnent à voir les sondages. L’instrument privilégié, le sondage sur access panel en ligne, a beaucoup d’avantages : il ne coût pas cher, il est très rapide, et les personnes sondées, seules devant leur ordinateur, se censurent moins que face à un enquêteur. Mais la même enquête en face à face, au domicile des sondés, peut donner des résultats très différents. L’échantillon des access panels a pour inconvénient de sous-représenter l’électorat populaire, les personnes issues de la diversité, celles peu à l’aise avec le numérique. Autrement dit, ces sondages sont un miroir déformant. (…) Depuis 1990, à rebours de l’idée d’une droitisation massive de la France, on observe que le rejet de l’autre, y compris des musulmans, va décroissant, même après les attentats de 2015, qui faisaient craindre une explosion d’intolérance. Il ne faut pas confondre la scène partisane et l’évolution en profondeur de la société française. Sur le long terme – l’indice longitudinal de tolérance conçu par le politologue Vincent Tiberj pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH)) permet de l’établir –, l’acceptation de toutes les minorités progresse, lentement mais sûrement. (…) On ne peut pas dire que l’extrême droite a gagné la bataille des idées. En revanche, la publicité donnée à ses thèses, en particulier dans les médias d’information en continu, provoque une illusion d’optique. La droite républicaine reprend toutefois régulièrement une partie de ces idées. Oui, c’est la première fois qu’une thèse complotiste comme celle du « grand remplacement » est reprise, alors même que Valérie Pécresse fait figure de candidate « modérée » au sein de son camp. Sur la chaîne CNews, on en parle comme si c’était un fait avéré. Il y a effectivement une polarisation du débat autour des thèses de l’extrême droite et une banalisation de celles-ci. Est-ce que cela veut dire pour autant qu’ils ont gagné ? Je ne le pense pas. Dans la tête des électeurs et des électrices, la priorité c’est le pouvoir d’achat, pas l’immigration. Ce qui me frappe, c’est moins une extrême droitisation de la société que le décalage croissant entre l’offre et la demande politique. (…) Peut-on additionner le score Le Pen et le score Zemmour ? Non, parce qu’ils ne séduisent pas le même type d’électorat. Marine Le Pen attire les jeunes femmes, Zemmour les révulse. Elle capte les catégories populaires, il les éloigne. Mais lui séduit davantage les classes moyennes et supérieures, les « cathos tradi » et les séniors. Ensemble, sur le papier, ils sont complémentaires. Mais une partie de l’électorat populaire de Marine Le Pen ne votera jamais pour Éric Zemmour et, inversement, une partie de l’électorat huppé de Zemmour n’ira jamais voter pour la fille de Le Pen. Quelle influence la défiance et le populisme pourraient-ils avoir sur cette élection ? Le populisme, on le met à toutes les sauces, à droite, à gauche, au centre. Au sens large du ressentiment anti-élites, il touche la majorité des Français, les 75 % des Français qui considèrent que les politiques « ne se préoccupent pas des gens comme eux » et les 64 % qui pensent qu’ils sont corrompus. Ce qui distingue Marine Le Pen et Zemmour, c’est qu’ils incarnent une droite prônant la manière forte, avant d’être populiste : Marine Le Pen était, il n’y a pas très longtemps encore, pour le rétablissement de la peine de mort, et Zemmour y est « philosophiquement favorable ». (…) Cependant une nette majorité de Français ne voterait Marine Le Pen en aucun cas, ne souhaite pas qu’elle soit élue, ne croit pas qu’elle le sera, et continue de la percevoir comme un danger pour la démocratie.

Nonna Mayer, directrice de recherche émérite rattachée au Centre d’études européenne et de politique comparée de Sciences Po, spécialiste de la dynamique électorale du Rassemblement national et des droites radicales en Europe, elle est membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme. Propos recueillis par Laurent Greilsamer & Patrice Trapier, journalistes.

6 avril 2022 – Franc Tireur

(…) Se présentent à nos suffrages trois candidats d’extrême droite qui voudraient nous faire sortir de l’Otan. Or, celle-ci est notre assurance vie en attendant une défense européenne, pour l’heure, hélas encore utopique. Ces trois candidats se sont compromis de diverses manières avec le dictateur russe dont ils partagent en tout cas l’idéologie : une révolution conservatrice. Sur les réseaux sociaux, les usines à trolls de Poutine les soutiennent de manière évidente et significative. Comment pourrions-nous élire comme chef de guerre une des personnalités les plus manifestement compromises avec notre adversaire ? Des candidats au rôle peu glorieux de collaborateurs ? À gauche, écologistes et Insoumis prétendent se passer du nucléaire, alors que nous voyons bien qu’il s’agit de la seule source d’énergie susceptible de nous émanciper de la dépendance au gaz russe. Les énergies renouvelables sont par nature intermittentes. Les programmes écologistes visant à produire moins se trompent d’époque. Il va falloir produire davantage pour garantir notre indépendance. À droite, le programme de Valérie Pécresse semble anachronique tant il ignore la situation internationale et les risque de pénurie mondiales qu’elle comporte. (…)  Pays inquiet cherche président de la République pour temps de crise internationale majeure. Capacité à rassembler et expérience requises.

Brice Couturier, journaliste et essayiste.

7 avril 2022 – Challenges

(…) Il n’y a jamais eu de société d’abondance. Il n’y en aura jamais. La rareté, définitivement, est notre lot. C’est ce qui nous voue à l’économie (« la gestion des biens en situation de rareté », lit-on dans les manuels) et à l’insatisfaction. Les consommateurs que nous sommes tous en veulent toujours plus. Comment en auraient-ils jamais assez ? La société d’abondance, telle que Marx ou Keynes avaient pu l’imaginer (le communisme chez le premier, « l’âge de l’abondance et de l’oisiveté » chez le second, n’était qu’un rêve, auquel plus personne, aujourd’hui, ne peut croire. Que tous nos besoins soient satisfaits, c’est à la rigueur envisageable. Mais tous nos désirs ? Comme serait-ce possible, puisqu’ils sont ouverts à l’infini ? C’est vrai en particulier en concernant l’énergie, qui est au cœur du réel (E=mc2) et de quelque production ou consommation que ce soit. Les contraintes, ici, ne sont pas seulement marchandes ou géopolitiques ; elles sont aussi écologiques, spécialement pour les énergies fossiles. Il y a trente ans, on s’inquiétait de l’épuisement des ressources : on redoutait le jour où il n’y aurait plus une goutte de pétrole. Ce jour n’arrivera jamais. Non seulement parce que cette dernière goutte de pétrole serait d’un coût exorbitant, mais aussi et surtout parce que le réchauffement climatique, entre-temps, nous aura obligés – si nous voulons éviter la catastrophe – à trouver d’autres sources d’énergie, en l’occurrence non carbonée. (…) Cela renvoie chacun a ses responsabilités. L’économie est la science de la rareté, donc aussi des choix. Comme consommateurs, nous voulons toujours plus. Comme citoyens, nous savons bien que ce n’est ni possible ni souhaitable. Faudra-t-il rationner autoritairement l’énergie ? Espérons que cela ne devienne pas nécessaire. Mais l’économiser, oui, bien sûr, et de plus en plus ! Reste, pour nos gouvernants, à faire que ce ne soit pas socialement trop douloureux, ni trop injuste. Répartir l’énergie, dès lors que le marché n’y suffit pa, c’est aussi répartir les efforts et les sacrifices.

André Comte-Sponville, philosophe, éditorialiste.

8 avril 2022 – Le Figaro Magazine

(…) Ce n’est pas parce qu’on est souverainiste que l’on va renforcer la souveraineté. L’électorat est très attaché à tout ce qui relève de la souveraineté nationale. Si telle est la définition du souverainisme, tout le monde est pour. Mais dans le monde des prédateurs d’aujourd’hui, face à la Chine, aux États-Unis ou à la Russie, il vaut mieux s’avancer en meute. Par exemple, pour se défendre contre le « big data », s’organiser à l’échelle européenne. De même, pour faire face à superpuissance nucléaire, il est préférable de s’adosser à une autre superpuissance nucléaire. Face à la Russie, quand on n’est pas dans l’Otan, on devient l’Ukraine ! Défendre la souveraineté passe donc, pour une bonne partie, par l’appartenance à un ensemble plus large. Quant à la méthode pour s’affirmer davantage, la France – qu’il s’agisse de Macron ou de ses prédécesseurs – éprouve les plus grandes difficultés à convaincre ses partenaires. Par exemple, lorsque nous leur parlons d’autonomie stratégique européenne, nous sommes parfaitement inaudibles parce que nous ne savons pas les convaincre. À quoi cela tient-il ? À des effets d’images : nous avons la réputation, pas tout à fait usurpée, de considérer qu’il suffit que la France parle pour qu’elle convainque ses partenaires, sans les consulter au préalable. Exemple : quand Macron déclare que l’Otan est en état de « mort cérébrale », il n’a prévenu ni les Allemands, ni les Britanniques, ni les Italiens. Il dégoupille une grenade, la lance et n’avertit pas ses alliés de l’explosion. Et quand elle a lieu, on les retrouve meurtris. Notre arrogance, qui ne date pas d’aujourd’hui, est un obstacle. (…) Il n’y aura pas d’armée européenne sans État européen et il n’y aura pas d’État européen avant très longtemps… s’il y en a un. En revanche, il existe des domaines où les États peuvent donner des délégations à l’Union, notamment dans le financement et l’organisation de l’acquisition d’armements. On a commencé avec le Fonds européen de défense, géré de façon supranationale – ce qui est toujours mieux que de se plier à supranationalité américaine ! – mais il est très insuffisant : 8 milliards d’euros sur sept ans. Avec une telle somme, impossible de convaincre industriels et états-majors. Les Français proposent de mettre 100 milliards d’euros sur la table. Ce serait un sacrifice de souveraineté mais aussi la voie d’approche vers une défense commune.

François Heisbourg, Conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique.

7 au 13 avril 2022 – Marianne

JEAN-PIERRE CHEVÈNEMENT

(…) Il faut se parler franchement. Emmanuel Macron n’est pas un homme de droite. Il est passé par le Mouvement des citoyens et par le Parti socialiste. C’est vrai qu’il a plutôt été porté par la droite de ce dernier et même par ceux qu’on appelait alors les Gracques, sans parler des « transcourants ». Mais il n’est pas aussi simplistement libéral que vous le présentez. Faites-lui confiance pour s’affranchir des influences. Je trouve qu’il y a une certaine injustice à lui faire des reproches qui vont au-delà de la réalité. Je pense par exemple à cette étiquette invraisemblable de président des riches que certains lui opposent continuellement, à rebours des effets réels des politiques économiques conduites. Emmanuel Macron fait l’objet d’un procès politique permanent que je ressens comme injuste. Et je n’aime pas l’injustice. Bien sûr, il a pu commettre quelques erreurs… Lesquelles ? Il les a reconnues lui-même. Ce sont pour la plupart des erreurs d’expression. Emmanuel Macron a été élu président de la République à 39 ans et il peut avoir droit à un minimum d’indulgence. Je ne suis pas de ceux qui larmoient sur la félonie supposée d’Emmanuel Macron. Il a fait le ménage. Je l’en félicite. Je considère qu’il a permis de tourner une page ce qui, enfin, nous autorise à imaginer autre chose. Beaucoup de crises qui ne sont pas principalement de son fait ont troublé son premier quinquennat. (…) Ce que j’ai voulu faire « turbuler » en 2002, c’est un système où les partis politiques qui s’étaient reconstitués pour s’adapter à l’élection présidentielle au suffrage universel n’avaient plus rien à dire. Emmanuel Macron nous en a débarrassé et va continuer à nous débarrasser – je l’espère – de toute cette ménagerie soi-disant « de gauche » ou soi-disant « de droite ». Il nous oblige et s’oblige lui-même à inventer. L’intervention de McKinsey met en lumière certaines carences du service public. Elle ne doit pas occulter l’essentiel : Emmanuel Macron est une chance pour la France. Son prochain quinquennat, s’il est élu, permettra de sortir de la crise du système par le haut. Je l’y aiderai, à la mesure des moyens qui me restent.

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre, figure de la gauche républicaine, propos recueillis par Étienne CampionFranck Dedieu et Natacha Polony

7 avril 2022 – L’Express

(…) Le poutinisme est une kleptocratie de voyous, qui se fait passer pour une fière civilisation alternative défiant l’Occident. Chez les poutiniens, le mysticisme sur la grandeur spéciale de la Russie et l’immense ressentiment face à un supposé désir de l’Occident de maintenir la Russie à terre cohabitent avec une parfaite incompétence et irresponsabilité. Ces défenseurs autoproclamés de l’honneur et de l’histoire russe sont des voleurs et des naufrageurs. L’état de siège qu’ils évoquent sans cesse n’est qu’auto-imposé. Poutine peut être sincère dans ses invocations de la transcendance religieuse de l’État russe, mais le mode opératoire de son régime, c’est de piller ce même État. (…) Les régimes autoritaires sont à la fois tout-puissants et fragiles. Ils ont de redoutables structures de sécurité, mais ils doivent les diviser et même les saboter, de peur que le chef d’un appareil de sécurité unifié soit trop puissant et puisse faire un putsch. Ces régimes effectuent une surveillance complète, accumulant des quantités d’informations stupéfiantes sur leur propre population, mais découragent les informations factuelles qui ne correspondent pas à la ligne de la propagande, et sont victimes de leurs propres mensonges. Ils falsifient les élections, s’il y en a, et éliminent tous les contre-pouvoirs, favorisant ainsi les erreurs en série, parce qu’ils ne peuvent pas admettre ou être forcés à admettre qu’ils sont faillibles. De tels régimes survivent parce qu’ils peuvent échouer dans presque tout, sauf dans leur capacité à supprimer brutalement toute alternative politique. (…) Les démocraties libérales restent-elles selon vous la force dominante dans le monde ? La Chine moderne – qui a connu des succès stupéfiants – est le plus grand utilisateur de dollars dans le monde, et dépend des États-Unis, du Japon et de l’Europe en ce qui concerne la technologie de pointe. L’État de droit et la démocratie restent les forces les plus puissantes jamais inventées. Cela dit, les démocraties libérales ont du pain sur la planche. La tragédie de l’Ukraine permettront à l’Occident de redécouvrir sa puissance et son importance, ou si tout cela sera gâché.

Stephen Kotkin, historien, professeur d’histoire et d’affaires internationales à Princeton, propos recueillis par Thomas Mahler.

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