LA SEMAINE 19 EN 7 ARTICLES

1/ Le un hebdo – Poutine annonce la couleur ; 2/ Le Figaro – Mélenchon n’est pas le peuple ; 3/ Aujourd’hui en France – Alliance citoyenne, l’association pro-burkini ; 4/ Express – La responsabilité des souverainistes de droite et de gauche ; 5/ Le JDD – L’écologie enfin rentable pour les citoyens ; 6/ L’OBS – Trump à l’assaut du savoir ; 7/ Challenges – Le peuple nouveau.

4 au 11 mai 2022 – Le un hebdo

(…) «  La première victime d’une guerre, c’est toujours la vérité. » On attribue la phrase à Rudyard Kipling. Peu importe que certains l’estiment apocryphe, l’essentiel est l’exactitude de son propos. La guerre de conquête de l’Ukraine mené par Vladimir Poutine n’y a pas dérogé : elle a été précédée et reste accompagnée d’innombrables mensonges ou de pures inventions. Le jeune historien russe Ilya Yablokov, de l’université de Sheffield, a résumé quelques-unes des théories du complot diffusées par le régime moscovite et ses médias : « L’Ouest entend démembrer La Russie ; l’Otan a transformé l’Ukraine en un camp militaire ; l’opposition russe veut détruire le pays de l’Intérieur ; le mouvement LGBTQ est un complot contre la Russie ; L’Ukraine veut user d’armes chimiques… » Cette propagande vise à enfermer les Russes dans une vision aux racines très anciennes qui fait d’eux à-la-fois les dominateurs légitimes des peuples qui les entourent (autres Slaves inclus) et les victimes permanentes d’agresseurs extérieurs. (…) En attendant, plus l’armée russe accumule les difficultés à élargir son territoire conquis en Ukraine – même dans le Donbass où elle est supposée être en terrain favorable (la région et majoritairement russophone) – et plus le verbe se fait agressif. Le 24 avril, Serge Lavrov, ministre des Affaires étrangères De Poutine, parle d’une possible « troisième guerre mondiale ». Depuis, les programmes télévisés sur ce thème se sont multipliés en Russie. Et le 27 avril, Poutine menace de recourir à des armes qu’aucun autre pays ne peut «  se vanter » de disposer. À bon entendeur… Quatre jours avant, le général russe Roustam Minnekaïev avait évoqué une prochaine invasion militaire russe de la Moldavie. Puis il avait ajouté ceci : La Russie «  est désormais en guerre contre le monde entier, comme lors de la Grande Guerre patriotique », c’est-à-dire celle contre l’envahisseur nazi (1941 -1945). On y revient : la Russie n’a agressé personne, c’est elle qui est agressée par des nazis. Dans cette guerre devenue défensive, tous les moyens seraient donc légitimes. Effarés, nous sommes bien forcés de nous interroger : depuis le début de cette crise, Poutine, au-delà de ces mensonges idéologiques, ne nous prévient-il pas chaque fois de ses ambitions ?

Sylvain Cypel, journaliste.

9 mai 2022 – Le Figaro

(…) L’élection présidentielle a aussi mis en lumière une manipulation de l’électorat pernicieuse : la démagogie historique. Celle-ci consiste en un trafic du passé dans une visée purement clientéliste, en arrangeant à sa sauce l’histoire de France et en cherchant à éblouir son électorat aux dépens des faits. Les erreurs d’Éric Zemmour en matière d’histoire ont largement été dénoncés par certains historiens, relayé par les médias avec une insistance vraiment remarquable. Mais, curieusement, pas un mot des mêmes sur les divagations du candidat des insoumis, Jean-Luc Mélenchon. Personne pour discuter réellement ses prises de position plus que douteuses relativement à notre histoire parsemée de références truculentes et de bons mots, les truculences de ce gouailleur hors pair doivent néanmoins être auscultés comme les autres être pris au sérieux malgré le ton amusé de l’orateur. (…) Le 24 avril, un peu après 20 heures, il a déclaré : «  Le bloc populaire réuni autour de ma candidature est dans ce pays, dorénavant, le tiers état qui peut tout changer. » Mélenchon fait expressément référence au début de la Révolution française et à l’ouverture des États généraux au printemps 1789, quand le tiers état, c’est-à-dire ceux qui n’étaient ni nobles ni membres du clergé, décida de proclamer que là souveraineté était désormais nationale, découlant du peuple, et non plus monarchique. (…) Mais, en vérité, il va beaucoup plus loin cette fois en suggérant que le peuple c’est lui. Un peu dans la continuité de ce qu’il avait craché au visage des policiers : « La République, c’est moi ! » (…) En faisant ce parallèle, Mélenchon désinforme de manière grossière sur la situation de la France en 1789. À l’époque, le tiers état n’est « rien » et désirait être « quelque chose », selon la formule de Seyès. « Rien », c’est-à-dire que, par le procédé de vote par ordre, la noblesse et le clergé l’emportaient toujours sur cette troisième classe d’hommes, condamnés à être les spectateurs de la politique des Grands. Or, n’en déplaise au candidat de l’extrême gauche, aujourd’hui, en France, la noblesse, le clergé et leurs privilèges de naissance sont abolis, de même que la souveraineté appartient au peuple, qu’il exerce par la voix de ses représentants élus à l’Assemblée nationale ou par voie référendaire. Rien à voir donc avec la situation très inégalitaire et injuste dans laquelle se trouvait le tiers état en 1789. (…) n’en déplaisent au tribun, l’élection fait la légitimité, et jusque-là, il n’est qu’un candidat du peuple français comme les autres, demandant les suffrages des électeurs comme les autres, ne possédant pas plus de droits que les autres candidats. S’il était membre d’un hypothétique et invisible « tiers état » en 2022, il ne disposerait pas des mêmes droits que ses concurrents en tant que citoyen français. De fait, ils défigurent le combat des députés de 1789. Ces évidences, fallait-il les rappeler ? Oui, car l’idéal démocratique de 1789 et bien un historique national censés produire de l’unité entre les Français. Et il serait temps de rappeler à Jean-Luc Mélenchon qu’il n’a pas le monopole de la Révolution française, de même qu’en vérité la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et marqué par un esprit individualiste, faisant la part belle aux libertés individuelles. À moins que le véritable projet de son «  bloc populaire » ne soit en réalité de proposer la révolution des sans-culottes de 1793, dont certains se sont faits les chantres au sein même de son courant, appelons Robespierre et les Jacobins à revenir parmi nous. Auquel cas, il faut le dire sans détour, et le suffrage universel tranchera aux législatives.

Loris Chavanette, historien, spécialiste de la Révolution française.

10 mai 2022 – Aujourd’hui en France

(…) À Grenoble (Isère), le poids de l’Alliance citoyenne sur la mairie d’Éric Piolle soulève chaque jour plus de questions. Sous l’influence de cette association controversée, l’élu EÉLV défend aujourd’hui l’autorisation du burkini dans les piscines publiques comme un « progrès social », promettant aux femmes de pouvoir «  se baigner comme elles le veulent » dans sa ville. À droite, Laurent Wauquiez s’indigne. « Pas un centime ne financera votre soumission à l’islamisme », a mis en garde le président LR de la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui menace de couper les subventions à la ville. Par ses pétitions et ses actions coups de poing organisées depuis 2019, l’Alliance citoyenne a ravivé la polémique autour de ce maillot de bain couvrant conçu comme un prolongement du voile islamique. Cette structure créée il y a dix ans, a pour spécialité de monter des sujets clivants sur la place publique. Dans un listing que nous révélons, ces militants ont notamment fiché les origines et croyances d’habitants des quartiers populaires afin de les recruter pour de futures campagnes. En banlieue parisienne, elle a façonné une vraie fausse équipe de football, les Hijabeuses, afin de réclamer l’autorisation du port du voile en compétition. Ce communautarisme revendiqué lui il vaut d’être considérée par les services de renseignement comme une des principales organisations soupçonnées de séparatisme en France. (…) Le Conseil d’État planche sur la requête de ces Hijabeuses, qui souhaitent contraindre la Fédération française de football à autoriser le voile en compétition. Ses méthodes déconcertent encore. « Pour les syndicats de locataires, on faisait du porte-à-porte. Cette fois, on a fait du porte-à-porte numérique » concède Anna Agueb-Porterie, la salariée derrière le projet. Founé Diawara, la présidente du collectif mise en avant dans la presse, a été enrôlée sur… Instagram. L’association aborde chaque internaute ayant aimé où partagé ses contenus. Pour parfaire leur communication, les recrues ont reçu une journée de formation, fin janvier. Reste, désormais, à peaufiner la conduite de balle. Parmi les « joueuses » exhibées par l’association, plusieurs n’ont jamais pratiqué de sport jusqu’à présent.

Robin Korda (avec Benoit Daragon), journalistes.

15 mai 2022 – L’Express

(…) Nous sommes, pour l’instant, passés à côté d’un gouffre. Froid dans le dos ? Évidemment. Mais colère aussi, contre ceux qui, même sans inclination pour les idées du Rassemblement national, ont pavé leur chemin avec une ingénuité effarante. Je parle des souverainistes de tout poil, de gauche et de droite. Ce sont eux qui ont réincarné l’imaginaire d’un peuple dessaisi, à qui il faudrait, séance tenante est sans tempérament, « rendre » toutes les clefs. Ils ont fait reculer l’esprit constitutionnel, reculer la conscience historique, reculer la possibilité même de faire entendre que nous n’avons guère de bien plus précieux que celui que nous ont légué, ensemble, la Déclaration des droits de l’homme, le préambule de la constitution de 1946 et une architecture juridictionnelle solide pour les faire respecter. L’enseignement – universel – est pourtant limpide : lorsqu’ils ne sont pas enchaînés pour de bon par des Constitutions difficiles à modifier, les parlements et les peuples peuvent décider les pires monstruosités. Une immense part des Français – et de leur classe politique – l’a manifestement oublié. Nombre de nos intellectuels, ivres de grands mots et trop peu effrayés de jouer avec les allumettes, les y ont aidés. Mais qui, parmi eux, fera son examen de conscience et se tiendra désormais à distance du dépôt de carburant.

Denys de Béchillon, constitutionnaliste, professeur de droit à l’université de Pau.

15 mai 2022 – Le JDD

(…) C’est une bonne idée de désigner un Premier ministre chargé de la protection de l’environnement car cela veut dire qu’on place l’écologie au-dessus de tout : c’est le ciment pour tous les autres sujets. La protection de l’environnement améliore le pouvoir d’achat et stimule l’économie. Macron a compris que l’écologie peut devenir la force motrice de la société. Quels sont les chantiers prioritaires ? D’abord l’énergie : une production propre et renouvelable couplée à une consommation efficiente qui évite le gaspillage. Ensuite, il y a la gestion des déchets. On pourrait éviter les décharges publiques et la pollution des cours d’eau et des océans grâce à des solutions technologiques existantes qui font entrer tous les déchets dans l’économie circulaire. Troisième chantier : la mobilité, en particulier urbaine, pour améliorer la qualité de l’air. Enfin, il y a tout ce qui relève de la construction de l’habitat. Techniquement, nous pouvons faire en sorte que toutes les constructions soient zéro carbone. Les solutions sont là, il faut les mettre en œuvre. (…) Aujourd’hui, la protection de l’environnement est devenue rentable. Il n’y a plus d’opposition entre un programme économique et un programme écologique. Emmanuel Macron l’a compris. (…) C’est le profil du premier ministre ? Certains lui reprochent de faire du « en même temps ». Pourtant, c’est exactement ce qu’il faut faire : on a besoin autant de responsabilité entrepreneuriale de droite que de solidarité de gauche ; on doit faire en même temps de l’économie et de l’écologie. Là où le Premier ministre doit représenter toutes ces tendances à la fois pour être fédérateur. (…) Quelle première mesure verte ? (…) On devrait commencer par moderniser le cadre légal pour pousser tous les domaines vers l’efficience. Cela permettrait de diminuer le gaspillage d’énergie, de nourriture, de ressources. C’est d’ailleurs la meilleure manière d’augmenter le pouvoir d’achat car le gaspillage de ressources coûte une fortune aux citoyens.

Bertrand Picard, explorateur et président de la Fondation Solar Impulse, propos recueillis par Marianne Enault.

12 mai 2022 – L’OBS

(…) Autre tactique employée, l’appel à la délation et la possibilité pour les parents de poursuivre les écoles en justice. En Virginie, le nouveau gouverneur républicain a mis en place un numéro vert pour dénoncer les enseignants soupçonnés d’aborder de manière inappropriée des sujets « clivants ». En Floride, les projets de loi en cours d’examen s’inspirent de la tactique employée dans la nouvelle législation antiavortement du Texas, qui permet à tout citoyen de se porter en justice, et même d’obtenir des dommages et intérêts, quand il constate une violation de la loi. Ces projets sont le cheval de bataille de Ron DeSantis, le gouverneur républicain dont la popularité auprès de la base conservatrice en fait un rival potentiel de Trump pour la présidentielle de 2024. Malin et opportuniste, DeSantis a parfaitement compris le pouvoir du chiffon rouge CRT (Critical race theory)  et l’accommode à toutes les sauces. En avril, il a promulgué une loi Stop WOKE, qui interdit tout enseignement pouvant donner aux élèves le sentiment qu’ils portent une responsabilité personnelle pour des torts historiques, en raison de leur race, couleur, sexe ou origine nationale. Mais la vague de censure frappe tout le pays. Des « lois anti-CRT » ont été votées ou sont en cours de discussion dans plus de 40  États, le Missouri décrochant le pompon avec plus de 20 lois de ce type au programme cette année. Et partout, des États et districts scolaires mettent des livres à l’index, depuis le magistral « Beloved » de Toni Morrison jusqu’au « Melissa » d’Alex Gino (sur une jeune fille transgenre), en passant par… « Maus ». (…) Dans la petite ville d’Athens (Tennessee), les plaies sont toujours à vif après le passage de la tempête « Maus ». « J’ai pleuré et pleuré, j’en avais la nausée, raconte Ellen Peach, une habitante. Mon gendre et mes quatre petits-enfants sont juifs, et pour nous tous, c’est tout le passé qui remonte d’un coup. » Le comble de l’ignominie, selon elle, est de voir cette interdiction du chef-d’œuvre de Spiegelman toucher des élèves de quatrième : « Treize ans, c’est vraiment l’âge où l’on devient adulte, où vos lectures vous procurent les fondations éthiques qui sont au fondement de l’humanité. »

Philippe Boulet-Gercourt, journaliste, correspondant à New York.

12 mai 2022 – Challenges

(…) Que le président veuille s’amender, modifier sa gouvernance, être plus à l’écoute, qu’il veuille faire davantage de place à l’écologie, à la justice sociale, ce sont des intentions, des promesses, qui peuvent se réaliser. Mais un peuple nouveau ? Le peuple français est différent, sans doute, par rapport à 2017. Compte tenu des épreuves traversées, des évolutions impulsées dans la société, il a changé. Mais nouveau ? Le président de la République ne pouvait pas ignorer la proximité de cette expression avec l’« homme nouveau ». Un concept qui inclut une transformation radicale de l’homme et de la société, dans le but d’atteindre un absolu. Il fut notamment utilisé par des utopies totalitaires. Les communistes révolutionnaires, les fascistes, Adolf Hitler, Benito Mussolini. Et même Che Guevara qui promettait de « forger l’home nouveau ». On retrouve également l’expression chez les transhumanistes qui préconisent l’évolution de l’homme par la technologie et la science. Et l’idée est très présente dans la Bible. Comme celle de renaissance ! D’ailleurs, pour le chef de l’État, un peuple nouveau, c’est quoi ? Un peuple prêt aux réformes ? Conscient des dangers du monde ? Sans doute ne faut-il pas attacher trop d’importance à l’utilisation de cette expression. À court de propositions concrètes pour réenchanter la France, compte tenu des contraintes financières, mais aussi administratives, culturelles – ou parce qu’il ne veut pas dévoiler toutes ses cartes – , Emmanuel Macron a joué sur les mots pour imprimer l’idée d’une dynamique, réveiller l’espoir de progrès. D’ailleurs, en réalité, au lendemain de cette réélection, il y a deux France, qui ne sont pas encore réconciliées en un seul peuple. Une France urbaine, diplômée, aisée, pro Macron, et une France populaire, moins diplômée, plus pauvre, pro Le Pen. Voire trois France, selon Brice Teinturier, car il y a aussi celle qui a voté Jean-Luc Mélenchon. Laquelle a changé ? En 2017, Emmanuel Macron promettait un « nouveau monde ». On est dans le même registre.

Ghislaine Ottenheimer, journaliste.

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