LA SEMAINE 21 EN 7 ARTICLES

KD 21 Les 7 Unes 644x445 - LA SEMAINE 21 EN 7 ARTICLES

1/ Le Un hebdo –  L’hégémonie des Insoumis ; 2/ L’Express – L’homme nouveau et régénéré ; 3/ Le Point – Un islamisme topless ? ; 4/ Marianne – Les individus-poussières ; 5/ L’OBS – Gauchet droitier ? ; 6/ Le Figaro Magazine – Le curseur de l’intérêt général ; 7/ Le JDD – Zone de confort conne.

25 mai 2022 – Le Un hebdo

(…) Cela dit, plusieurs points posent question dans cet accord. Je m’attarderai ici sur deux d’entre eux. Le premier est une question de méthode : comment faire vivre une gauche dans sa diversité, une gauche plurielle pour faire référence au gouvernement Jospin, avec un leader, Jean-Luc Mélenchon, qui a toujours affirmé sa stature présidentielle dans une forme de pouvoir jupitérien de la gauche ? c’est un point qui me semble crucial : comment un accord ayant surtout pour but de graver dans le marbre l’hégémonie des Insoumis pourrait-il déboucher sur des pratiques collectives à gauche ? Le deuxième point, c’est celui de l’Europe dans son articulation avec les questions environnementales. S’il y a un domaine où l’on ne peut pas dire que l’Europe ait été en retard, c’est bien sur la question écologique. La commission et le Parlement européens ont, de longue date, porter une pratique du droit environnemental et se sont donné des objectifs ambitieux sur les questions climatiques. L’Union européenne a joué un rôle de meneur dans la mise en place du protocole de Kyoto en 1997 et dans les grandes négociations internationales ; elle a pris des initiatives essentielles avec le règlement Reach sur les substances chimiques ou avec les zones Natura 2000 de sauvegarde de la biodiversité. Ces constructions juridiques n’ont sans doute pas permis la mise en place de politiques communes suffisamment ambitieuses – les grandes difficultés à verdir la politique agricole commune (PAC) en témoignent – mais ne pas voir que l’UE a été un lieu pionnier en matière environnementale et que le Pacte vert, qui se déploie depuis 2019, offre une vraie dynamique serait un contresens très profond. Du coup, comment comprendre que la Nupes revendiquent une priorité écologique tout en combattant l’Union européenne ne serait-ce que par l’indiscipline où l’insoumission ? Ce point me paraît très problématique. Il y a d’autres questions sur lesquelles des divergences sont visibles. Je pense à la difficulté de faire vivre en même temps la diversité et une laïcité ouverte. Sur bien des sujets, il reste de nombreux débats à mener.

Lucile Schmid, essayiste, vice-présidente de la Fabrique écologique et membre du comité de rédaction de la revue.

25 mai 2022 – L’Express

(…) Il y a curieusement chez Mélenchon et Robespierre une vision globalisante et idéalisée du peuple, et une sorte d’indifférence à l’individu, quand ce n’est pas du mépris. Ce sont au fond deux personnages littéraires, qui partagent une même fascination pour les mots comme si ceux-ci devaient l’emporter sur le réel, ses pesanteurs et sa complexité. Ils me font tous les deux penser à ce qu’écrit Tocqueville dans « L’Ancien régime et la Révolution » : « quand on étudie l’histoire de notre révolution, on voit qu’elle a été menée dans le même esprit qui a fait écrire tant de livres abstraits sur le gouvernement. Même attrait pour les théories générales, même mépris des faits existants […]. « Mélenchon, grand tribun et certainement meilleur orateur que Robespierre, porte comme ce dernier cette passion française pour les discours et les mots. Ils ont aussi en commun cette fascination pour la table rase, c’est même croyance en un peuple nouveau, « régénéré ». Mélenchon parle de « rupture révolutionnaire » dans son programme pour une VIe République. Et il en avance les moyens. Un exemple simple : en septembre 1791, alors que la première assemblée nationale constituante est sur le point de se séparer, Robespierre propose que ses membres ne soient pas rééligibles car il veut une assemblée totalement neuve. Que dit Mélenchon dans son programme ? Pas un ancien parlementaire ne peut être ou ne doit être élu à la nouvelle constituante. C’est exactement le même principe. Son programme est imprégné de la Révolution française, c’est fascinant. On y évoque même jusqu’aux cahiers de doléances de 1789. On saute à pied joint deux siècles en arrière sans tenir compte de ce qui s’est passé du Directoire aux Républiques des XIXe et XXe siècles. (…) On sait désormais où mènz cette dissociation des intentions et des moyens, on l’a vu avec la Terreur puis pendant le XXe siècle. Comment, dans ces conditions, peut-on en France continuer à prôner ce genre de vision ? parce que les Français ne sont pas des êtres de raison ! Nous sommes les enfants dénaturés de Descartes. Descartes et sa raison sont une illusion française, la France et le pays des représentations, des imaginaires et des désirs. La Révolution française s’est faite sur cette utopie d’une réconciliation, de l’indivisibilité de la nation qui nous a conduit tout droit à la guerre civile. Mélenchon est un orateur de guerre civile. Sans parler de son programme économique… au-delà de 400 000 € de revenus par an, « je coupe les têtes » ! il est le pur produit d’une culture politique de l’affrontement et celle-ci l’emporte trop souvent en France sur une culture de la négociation et du compromis, à l’exemple des Anglo-Saxons ou de l’Europe. (…) Jean-Luc Mélenchon me fait un peu penser à Stendhal. Henri Beyle rêvait d’une république idéale et lorsque, à Grenoble, il assiste à une séance du club des Jacobins de la ville, il trouve tous ces gens vulgaires et sales ; individuellement, il ne les aime pas mais collectivement il les idéalise. Mélenchon est un petit peu comme cela. Il a, de temps en temps, des attitudes d’une grande violence, là, il ne plaisante plus. Je trouve l’expression qu’il utilise : « vous, les gens » méprisante, elle n’a rien d’affectueux. (…) Le procès en illégitimité fait par Mélenchon à Macron ne vaut pas. Et au regard de la Ve République, il faut rappeler qu’Emmanuel Macron a été élu. Louis XVI est souverain de droit divin, par primogéniture. C’est un soupçon de différence. (…) Qui sont les sans-culottes ? Une minorité activiste. À cette époque, la population française compte 26 millions d’habitants et la Terreur et conduite par 500 000 personnes environ ! Jean-Luc Mélenchon est la preuve vivante de l’inachèvement de la Révolution française.

Emmanuel de Waresquiel, historien, propos recueillis par Laureline Dupont et Laetitia Strauch-Bonart.

26 mai 2022 – Le Point

(…) Le « burkinisme » est une religion en soi. Son but n’est pas de croire en un dieu différent, mais de faire perdre espoir en l’homme différent. Son rite est unique (couvrir, voiler, effacer), les piscines et les plages forment son temple. Il offre à voir comme un monothéisme aquatique, qui veut couvrir la femme dès qu’elle s’approche de l’eau. Sa volonté est de la culpabiliser et, surtout, de la dérober à son propre regard à elle. Le comble ? la femme en arrive même à trahir son propre corps et à revendiquer cette trahison comme un accomplissement. Ce « burkinisme » à mi-chemin entre la provocation médiatique et l’immolation vestimentaire est une religion faite de ruses, où la victime en arrive à imaginer comme un droit le fait d’être sacrifiée. (…) Dans l’affaire de Grenoble, une association musulmane rapporte qu’elle « se battra autant pour le topless que pour le maillot couvrant ». À la lecture de cette déclaration, l’auteur a hésité. S’esclaffer face au sort d’idiot réservé au Français qui ne connaît pas le grand œuvre de ceux qui veulent couvrir la femme et éclairer le monde avec la vérité dont ils sont détenteurs ? Ou sourire devant tant de vice ou de ruse ? Une bataille islamiste pour les seins nus ? Où ? En France. Mais a-t-on jamais vu des armées de voilées, convaincues d’être libres, manifester au nom de cette liberté pour la liberté des femmes dans le monde arabe de porter une jupe courte ou un Bikini ? sait-on ce qu’il en coûte à une algérienne, « arabe », qui refusent de porter le voile ? Et que sait-on des menaces que subissent celles qui osent se « dévoiler » ? Entre la France et le monde arabe, on proposerait alors ceci : que ceux qui se battent pour le burkini en Occident soient invités à se battre pour le topless ou le deux-pièces dont le monde musulman. Grâce à eux nous pourrons ainsi espérer en l’humanité et croire en leur vertu bien théorique. L’utopie ne sera pas alors seulement grenobloise.

Kamel Daoud, écrivain, chroniqueur.

25 mai 2022 – Marianne

(…) Nous assistons à l’avènement d’une société d’individus-poussières, dont le modèle est l’homo œconomicus ¬ l’individu rationnel, utilitariste et tournée vers ses profits. Cette nouvelle classification sociale fais de l’émancipation de soi une condition d’accès au bonheur. Ce paradigme mène les Français dans une double impasse. La première est l’atomisation totale d’une société composée de personnes vivant seules ensemble. La seconde impasse et le communautarisme. Par un effet boomerang, elle fonctionne comme une réponse à cette atomisation de la société. L’État ne parvenant pas à générer un sentiment de communauté nationale, des individus se rassemblent en des îlots de microcommunautés, tels que des cercles religieux ou, dans une tout autre sphère, les survivalistes. Ces communautés instituent leurs propres rites, lesquels se substituent progressivement à ceux qui étaient auparavant établis par l’État. (…) Les plateformes d’Uberisation ont donné un prix à tout. Désormais, un voisin qui rend un service c’est que ce dernier pourrait avoir un prix sur le site Allovoisin. Un automobiliste qui prend une personne en auto-stop c’est que ce covoiturage aurait pu lui rapporter de l’argent sur BlaBlaCar. La liste est longue des coups de main et des services qui, jusqu’ici, étaient gratuits et qui, aujourd’hui, sont évalués selon des valeurs marchandes. Cette intrusion permanente de la loi du marché dans les relations sociales produit une forme de méfiance diffuse et, par effet domino, l’isolement. Un chiffre illustre ce phénomène : un tiers des Français estime que la plupart des gens pensent que les autres cherchent à profiter d’eux (Ipsos). Dans la France des solitaires, les plus âgés sont les plus vulnérables. Lorsque les seuls appels que vous recevez sur votre ligne fixe sont ceux de commerciaux cherchant à vous vendre des produits, vous pouvez croire, à terme, que personne ne peut s’intéresser gratuitement à vous. L’intrusion du tout-marchand dans les foyers distille le poison du doute. Cette dynamique de pensée abondent dans les théories complotistes, qui font croire que Bill Gates, la Chine ou les États-Unis fomentent des attentats ou organisent la pandémie pour des raisons économiques cachées. (…) Le rôle de l’État est de rassembler des gens qui ne se ressemblent pas. Dans ses dernières études, Matthew Lieberman, chercheur américain en sciences comportementales et cognitives, à établi qu’une activité réalisée par des gens au même moment générait un sentiment d’appartenance et de solidarité très important. En France, des temps forts permettent aux gens de se rassembler, tel qu’entonner la Marseillaise dans les stades. Mais il y a également tous ces drames, qui ont donné lieu à des rites ad hoc, comme les attentats, avec les minutes de silence et l’activation des cloches des églises au même moment pour les commémorer. Durant la pandémie, le rythme des applaudissements tous les soirs, à la même heure, a produit de nouveaux liens de voisinage. Tout l’enjeu, aujourd’hui, pour l’État, est de mettre en place de nouveaux rites pour les temps ordinaires correspondant aux codes de notre époque.

Matthieu Chaigne, directeur associé de BVA Nudge Consulting, propos recueillis par Violaine des Courières

26 mai 2022 – L’OBS

(…) Politiquement, ça fait bien longtemps qu’on a du mal à le situer. Lui-même se définit encore comme un « vieux social-démocrate » ou un « démocrate socialiste» mais se garde bien de tout engagement précis. « Il est d’une certaine façon une ombre. On ne sait pas qui il est. Il fonctionne comme un test de Rorschach : l’image est tellement floue qu’on peut tout projeter sur elle » ; ce portrait qu’il fait (dans l’Express en 2018) de Robespierre, personnage qui le passionne et auquel il a consacré un livre, pourrait s’appliquer à lui. Tout sourire, chaleureux, il nous reçoit une matinée de mai dans le minuscule bureau des éditions Gallimard qu’il occupe depuis des décennies. Après une analyse (pas un « commentaire », donc) des résultats de la présidentielle et de la « tripartition quasi parfaite » qu’elle a révélée, alors les questions qui fâchent : ses interventions controversées. « Je suis navré par la montée de l’extrême droite, insiste-t-il, et même je suis désespéré. » Pour autant, il est essentiel selon lui de bien poser les termes du débat, de ne pas moraliser la politique – un de ses matras. Ainsi, s’il affirme que le RN n’est pas l’héritier de l’extrême droite historique, c’est que ce parti s’inscrit dans le respect d’un cadre démocratique : il n’a pas pour ambition de prendre le pouvoir par les armes, comme ses prédécesseurs. Que le RN, au prétexte que le général de Gaulle l’a déjà fait, veuille contourner le Parlement pour modifier la constitution (en passant par le référendum de l’article 11, qui n’est pas fait pour cela) ne semble pas le troubler. Pas plus que l’illibéralisme de la société dont les frontistes rêvent, ou leur xénophobie assumée. L’hypothèse sympathique serait de dire que Marcel Gauchet ne voit pas le danger, comme aveuglé par sa conviction que la démocratie est solidement arrimée dans nos mœurs : « Le grand changement du climat politique français, nous expose-t-il, c’est qu’on est entrés dans une consolidation du fonctionnement démocratique. Ça ne marche pas encore parfaitement bien, mais, sur le plan de l’acceptation du jeu démocratique, on est à l’abri des mauvaises surprises. » Commentaire de Frédérique Matonti, professeure de sciences politiques et auteure d’un « Comment sommes-nous devenus réacs ? » (Fayard, 2021) Dans lequel elle étrille «  Le Débat » et Marcel Gauchet : «  Il me fait penser à René Rémond disant que l’extrême droite ne s’implanterait pas en France parce qu’elle n’appartenait pas aux trois droites qu’il avait identifiées ! Ces gens croient tellement à leurs propres théories qu’ils plient le réel pour le faire entrer dans leurs cadres. » Hypothèse moins sympathique : Gauchet estimerait assez légitime la manière dont l’extrême droite décrit la société française. « Ce qui est désespérant, nous explique-t-il, ce n’est pas l’extrême droite en tant que telle, c’est que le système politique a été incapable de répondre aux problèmes qui la nourrissent. » Dans ces « problèmes », il voit « prioritairement la sécurité et l’immigration ». (…) Alors Marcel droitier ? Lui se défend d’une telle accusation, avec des accents de sincérité. Il continue à se dire « socialiste ». Il se reconnaît tout à fait dans l’ambition affichée par Emmanuel Macron au soir de sa victoire en 2017 : enlever aux gens l’envie de voter pour les extrêmes. Il considère que l’immigration et la sécurité sont des sujets centraux. S’il croit en l’État-nation, comme seul espace de souveraineté démocratique possible, il rejette le nationalisme. Sur l’Europe, il est « d’accord avec Mélenchon ». Il défend l’action de l’État pour assurer une meilleure justice sociale. Il déteste la radicalité. Il aime l’autorité. Il fustige la droite mais endosse ses combats contre le « wokisme », ce « mode de pensée délirant ». Débrouillez-vous avec tout cela !

Xavier de La Porte et Pascal Riché, journalistes.

27 mai 2022 – Le Figaro Magazine

(…) Je pense que la démocratie représentative souffre de l’hypertrophie du pouvoir juridictionnel, national et supranational, et que nous traversons une crise qui n’est pas sans rappeler celle qu’a connue l’Ancien régime avec ses parlements. Je ne pose pas ce diagnostic d’un cœur léger, car j’ai consacré toute ma carrière aux fonctions juridiques, et plus particulièrement juridictionnelles, tant au Conseil d’État qu’au Conseil constitutionnel. Il y a encore 10 ans, je n’aurai pas imaginez faire un tel constat publiquement, ni même dans mon for intérieur. Si je me résous à mettre les pieds dans le plat, usant de ma liberté de parole que permet le statut de fonctionnaire retraité, ce n’est pas pour le plaisir morose de jouer les imprécateurs, mais parce que je crois de mon devoir, à mon modeste niveau et de façon inévitablement subjective, de porter témoignage, de susciter la discussion, de contribuer à faire bouger les lignes. C’est le produit d’un examen de conscience auquel je me livre depuis des années. L’État de droit est devenu un mot-valise, une notion polymorphe, qui a une signification tantôt technique, tantôt idéologique, voir transcendantale. Dans cette dernière acceptation, il devient une religion dont les droits fondamentaux sont les dieux et le juge le grand officiant. Telle la statue du commandeur, la notion d’État de droit et constamment brandie face au gouvernement et aux législateurs. Mais elle est rarement (sinon jamais) définie. L’état de droit doit rester le correctif de la souveraineté populaire, non dévitaliser cette dernière. (…) Le déplacement du curseur dans le sens de l’intérêt général est toutefois bloqué par un absolutisme droit-de-l’hommisme, minoritaire dans l’opinion, mais influent dans le monde politique, médiatique, associatif et au sein même des institutions. Il nuit en effet à l’État de droit qu’il prétend défendre, car, par ses excès, il conduit le citoyen à se demander si l’État de droit n’est pas devenu un carcan pour la démocratie (« des tas de droits tenant l’État à l’étroit »), une mauvaise affaire pour les intérêts réels des « vrais gens », et en fin de compte, pour nos libertés concrètes. (…) Quelles législations où dispositions réglementaires, acceptées par les juges voilà encore vingt ans, risqueraient aujourd’hui d’être annulées ? Le constitutionnel a admis, il y a une quinzaine d’années, au nom de l’intérêt général se rattachant à la sécurité routière, que le propriétaire d’un véhicule puisse, dans certaines conditions être condamné sur la base d’une présomption (le « flashage » de sa plaque d’immatriculation en situation d’excès de vitesse). Le ferait-il encore aujourd’hui ? on peut en douter car, aujourd’hui, c’est un étroit contrôle de proportionnalité qui s’applique en matière d’ordre public, contrôle dans lequel le juge substitue son appréciation à celle du législateur, à la grande satisfaction des requérants professionnels et des activistes, avec l’approbation d’une doctrine acquise à l’accroissement indéfini des droits fondamentaux. (…) En somme vous plaidez pour une réhabilitation des autorités politiques ? Rétablir la primauté de l’intérêt général, c’est reconnaître la noblesse du politique qui doit arbitrer entre besoins multiples et moyens limités, ce qu’ignore superbement l’intégrisme droit-de-l’hommiste. Pour celui-ci, en effet, le politique, l’élu, l’administrateur ne sont que la courroie de transmission d’un catalogue de droits, dont le juge, actionnez par les groupes de pression, et l’unique protecteur, voir inventeur, légitime. La résistance du peuple ukrainien devrait nous tirer de notre assoupissement irénique et posthistorique. L’individu doit redevenir citoyen. il doit renouer le lien imprudemment coupé, au nom de l’autonomie de la personne, avec la communauté politique. il ne s’agit pas de rappeler le Léviathan, mais de retrouver ce surplomb de références partagées, d’attachements mémoriels, de loyauté et de sentiments d’appartenance commune sans lequel chacun, bien que prétendument libéré, et livré à lui-même face aux intempéries de l’Histoire. Cela passe par le rétablissement d’un équilibre des pouvoirs plus respectueux du suffrage universel et plus soucieux des intérêts supérieurs de la nation. Le pouvoir juridictionnel doit restituer aux pouvoirs exécutif et législatif une marge de manœuvre qui était à la fois inhérente à la démocratie représentative et nécessaire à la gestion du bien commun dans un monde trop dangereux et trop complexe pour se laisser réduire du haut des tours d’Ivoire des cours suprêmes, à des schémas abstraits.

Jean-Éric Schoettl, ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, propos recueillis par Guillaume Perrault

29 mai 2022 – Le JDD

(…) En 1989, chez Flammarion paraît un délicieux livre de Jean Dutourd : Ça bouge dans le prêt à porter – Traité du journalisme. Le brillant écrivain (1920-2011) y relevait les clichés, ces phrases qui pullulent et polluent. Il me semble que Dutourd, aujourd’hui, aurait de quoi publier un nouveau volume. J’ignore si vous partagez ma lassitude mais je n’en peux plus de lire ou d’entendre : ce qui produit « un effet waouh » ; celui qui « coche toutes les cases » ; celle qui profite d’un « alignement des planètes » ; celui qui « sort de sa zone de confort » ; celle qui aspire à être « en responsabilité » ; et tous ceux qui doivent « faire travailler la poutre ». Et puis, le mot « pépite » et le « bashing ». Dutourd aurait trouvé un bon titre du genre : «  bon» (…) citation du mois : « La vie est une perpétuelle distraction qui ne vous laisse même pas prendre conscience de ce dont elle distrait. » (Franz Kafka).

Philippe Labro, écrivain, cinéaste, chroniqueur.

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