LA SEMAINE 51 EN 7 ARTICLES

Les ghettos de l’immigration ; La Joconde Immersive ; La construction par le buzz ; La haine islamique de la République française ; Vichy et la sodomie ; Quête de Dieu et de Science ;  Les marques attaquent

21 Décembre 2021 – Libération

(…) Quelles sont les causes de la tolérance d’une ségrégation de certains quartiers ? Elles sont plurielles : les consignes des bailleurs, de l’État et des élus locaux jouent un rôle, les solidarités de communauté, la tendance des nouveaux immigrés à chercher des communautés d’accueil aussi. Ce n’est pas nouveau : la concentration des Bretons dans le quartier de Montparnasse à Paris obéissait à la même logique de solidarité. J’ai en tête l’exemple d’un Comorien qui, dans sa demande de logement social, avait placé en premier Neuilly, en deuxième Paris et en troisième La Courneuve, où réside la deuxième plus grosse communauté comorienne de France. Au final, on lui a attribué La Courneuve. Il était très content, mais cela montre que les causes se recoupent. (…) Les bailleurs gardent la main. La chercheuse Valérie Salapala le montre bien dans son enquête sur Marseille. À la Savine, dans les quartiers Nord, on a successivement regroupé les Maghrébins, les Cambodgiens et les Comoriens. On ne les a pas mis dans la cité des Catalans, dans le VIIe arrondissement, où sont logés plutôt des ménages blancs. La « politique du peuplement » crée des frontières ethniques au cœur même des villes françaises, mais cela n’est jamais dit. Souvent, les grands projets de loi mettent la mixité sociale en avant. La question de l’origine est un non-dit. (…) Sans aller jusqu’à prôner des quotas, l’association No Ghetto, qui a été créée par des parents d’élèves des Minguettes, dans la banlieue lyonnaise, milite pour plus de mixité sociale et d’origine. Elle suggère de prendre en compte la nationalité des parents et des grands-parents dans les critères de scolarisation, mais avec un plafond. J’habite dans le XVIIIearrondissement de Paris qui est un quartier populaire très mixte : c’est très mélangé à la maternelle mais à l’entrée du collège, il y a une vraie rupture. Une expérimentation est menée pour que la carte scolaire produise moins de ségrégation : le secteur multi-collèges. Et cela produit des effets bénéfiques : une étude récente a montré que la part de parents qui envoient leurs gosses dans le privé pour éviter qu’ils ne se mélangent a baissé. Idem à Toulouse, où on a fermé deux collèges au Mirail et affecté les élèves de ces quartiers vers des établissements du centre. (…) La gauche ne veut pas parler de l’immigration car elle a peur de faire le jeu de l’extrême droite. Et quand elle le fait, elle le fait mal. La proposition d’Arnaud Montebourg sur les transferts d’argent est une triste illustration du décalage entre la réalité et l’image qu’on en a. Aujourd’hui, la diaspora, que ce soit les Maliens ou la communauté sénégalaise des Mureaux sur lesquels j’ai travaillé, envoie de l’argent pour construire une école, un réseau d’eau ou d’électricité, des infrastructures. Elle participe de l’aide au développement. De l’autre côté, à l’extrême droite mais aussi au sein de la droite républicaine, on associe l’immigration à la délinquance et on continue à la voir comme une menace et un poids, ce qui n’est pas la réalité. (…) Emmanuel Macron dans son discours de Mureaux en octobre 2020 a aussi eu des mots forts, en reconnaissant que la France avait « concentré les populations en fonction de leur origine », mais c’était dans le cadre d’un discours sur le séparatisme islamiste. La lutte contre les ghettos devrait être une grande cause nationale, et déconnectée des contextes, comme c’est le cas pour le cancer ou les violences faites aux femmes ;

Arthur Frayer-Laleix, journaliste, interviewé par Ève Szeftel

22 Décembre 2021 – Technikart

(…) J’ai commencé aussi à imaginer des collaborations avec d’autres institutions : avec le Centre Pompidou, etc. Parce qu’aujourd’hui, le plus sexy, c’est de travailler avec d’autres. Un exemple ? En faisant des recherches dans les archives du Grand Palais, mais aussi sur son passé. Parce que toutes les clés pour l’avenir du Grand Palais se trouvent dans son passé. Pour quels résultats en 2022 ? On a repensé la façon dont on présente les expositions. Par exemple, on a étudié la question du confort dans un musée. Le public n’a peut-être plus envie de se mettre dans une file d’attente pendant une heure et ne veut plus voir, comme une horde d’éléphants, les expositions. Il faut se secouer pour changer tout ça. Prendre en compte le fait que les visiteurs prennent une décision d’aller visiter une expo de manière beaucoup plus consciente qu’avant. Il ne s’agit plus de simplement « voir une expo ». Ils ont des exigences sur le confort mais aussi sur la durée de la visite. (…) Si on n’a plus accès à l’œuvre originale, on veut quand même pouvoir la voir. N’oublions pas que la photo est à l’origine de l’Histoire de l’art moderne. On a inventé ces moyens de reproduction numérique, un peu comme l’était le moulage dans le temps. Négatif, positif. Donc la boucle est presque bouclée. Et aujourd’hui, avec les expositions immersives telles qu’elles sont proposées, les gens ont de moins en moins envie de voir les originaux. Il faudra combiner les deux. C’est ce que nous souhaitons faire avec notre nouvelle filiale Grand Palais Immersif, dont nous lançons la première exposition en mars à Marseille, autour d’un projet ambitieux autour de la Joconde, que nous co-produisons avec le Louvre.

Chris Dercon, directeur de la Réunion des musées nationaux-Grand Palais, entretien avec Laurence Rémila

22 Décembre 2021 – Marianne.net

SIMON ABKARIAN

(…) Éric Zemmour aurait-il inventé un nouveau concept politique ; le christiano-fascisme ? Quoi qu’il en soit il se projette désormais dans un destin national. Zemmour prêche la défiance. Penseurs renégats et chroniqueurs zélés, shootés à l’audimat lui tendent toutes leurs mains. Comme Trump, Zemmour s’invente et se construit de buzz en buzz. Il condamne la violence tout en la célébrant, assimile les zones de non droit à un champ de bataille, s’invente une guerre civile qui n’existe pas (je sais de quoi je parle, j’en ai vécu une). Car il le sait, c’est dans la mêlée guerrière que s’écrivent les grands destins. (…) Mais Zemmour, lui, vient tremper sa bannière immaculée dans un sang printanier qui n’est pas le sien, un sang qui n’est pas encore sec, un sang qui réclame réparation et justice. Il vient faire main basse sur un courage qui le dépasse et se réclame d’une Arménie dont la combativité remonte bien au-delà de sa foi chrétienne. Pourquoi l’Arménie ? Pourquoi pas les Kurdes ? Vainqueurs de Daesh à Kobané, ne méritent-ils pas un hommage et une reconnaissance ? Les Kurdes tant loués puis lâchement abandonnés ne sont-ils pas eux aussi les remparts de notre utopie collective qu’est la démocratie ? Et ne méritent-ils pas la gratitude de l’Occident tout entier ? Mais j’oubliais, ils ne sont pas Chrétiens, indignes donc d’une quelconque confiance ou gratitude. Pendant la guerre des 44 jours qui ravagea l’Artsakh, la Géorgie pourtant chrétienne, bloqua ses frontières, et laissa passer au compte-gouttes les vivres et les médicaments destinés à l’Arménie agressée. L’Iran musulman est un des rares pays de la région qui commerce avec l’Arménie enclavée depuis trente ans et, de ce fait, lui permet de respirer. Et la Russie, que fait-elle ? Lénine athée comme Mustafa Kemal lui concéda Kars et le mont Ararat en 1921. En 2021 Poutine l’orthodoxe ménage Erdogan le musulman et ferme les yeux sur ses rêves hégémoniques en le laissant turquifier l’Artsakh. (…) Zemmour dont l’ami n’est autre que l’avocat maître Pardo, ardent défenseur des intérêts turcs, arrive après la bataille et nous dit : « Je vous comprends, nous sommes pareils vous et nous. » C’est une blague, une parodie de compassion, un faux-semblant. Comme Le Drian, il est un ami de circonstance et s’il est élu, il continuera de faire affaire avec Erdogan et son vassal Aliev. (…) N’est pas Anatole France qui veut. Notre écriture est d’une autre essence, il ne saurait la lire. N’est pas Victor Hugo qui veut. Notre eau est d’une autre source, il ne saurait la boire. N’est pas Jean Jaurès qui veut. Notre souffle est d’un autre Jadis, il ne saurait le prendre. N’est pas Georges Clemenceau qui veut. Notre deuil est d’une autre lutte, il ne saurait le porter. N’est pas juste qui veut. Retournez à votre campagne monsieur, à votre ambition, à votre obsession raciale. L’histoire des Arméniens est bien plus grande que nous, notre combat bien plus sacré que votre carrière.

Simon Abkarian, acteur, dramaturge et metteur en scène

22 Décembre 2021 – Franc-tireur

« On n’a pas à tomber dans les trucs des valeurs républicaines ! Les valeurs républicaines, c’est les valeurs d’une république bourgeoise. » Une semaine après la décapitation de Samuel Paty, ce 23 octobre 2020, Anasse Kazib (Candidat à la présidentielle, membre du Courant communiste révolutionnaire – dissidence du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), syndicaliste de SUD-Rail, ndlr) hurle, dans une visioconférence diffusée sur Twitter, sa détestation de « l’unité nationale, unité du fort avec le faible ». L’hommage rendu au professeur n’est plus pour lui qu’une « instrumentalisation islamophobe », comme les attentats du 13 novembre 2015 n’étaient qu’une tuerie aux « fondations géopolitiques et impérialistes ». Aux côtés de Marwan Muhammad (ex-CCIF, dissous) et de Youcef Brakni (comité Adama), Anasse Kazib peste contre cette République qui n’a d’autre solution que d’« attaquer le CCIFBarakaCity, fermer une mosquée… » L’extrême droite pourrait-elle rêver meilleur allié objectif que cet épouvantail républicain ? (…) Le clip de la campagne du candidat Kazib donne la couleur. En tête de gondole, on trouve l’indigéniste Assa Traoré, sœur d’Adama, et le terroriste d’Action directe Jean-Marc Rouillan, condamné pour complicité d’assassinat et présenté par Révolution Permanente comme un « prisonnier politique ». Anasse Kazib est aussi un féministe… islamique, sautillant, un peu lourdaud et micro à la main, lors de la marche du 20 novembre dernier contre les violences sexistes : « Le rôle des révolutionnaires est d’être du côté des opprimés, notamment des femmes qui portent le voile. » En revanche, il a la dent plus dure pour ces autres femmes qu’il nomme aussi « racisées » : les laïques et antiracistes universalistes, comme Rachel Khan par exemple, qu’il cible dans une vidéo. Personne ne s’étonnera dès lors qu’il apporte son soutien à son ami Taha Bouhafs, condamné pour avoir traité la syndicaliste policière Linda Kebbab d’« Arabe de service »…

Yann Barte, journaliste

23 Décembre 2021 – L’OBS

« Contrairement à une idée répandue, Napoléon et son coconsul Cambacérès n’ont rien à voir là-dedans. Ce grand moment a lieu sous la Révolution française, à l’automne 1791, et, il faut le dire, il passe complètement inaperçu. L’Assemblé nationale examine alors le projet de premier Code pénal à être mis en place. En le présentant, Lepeletier de Saint-Fargeau, son rapporteur, a précisé à la tribune que le texte a pour but de châtier les « crimes véritables » et non ces « délits factices créés par la religion, la féodalité, la fiscalité et le despotisme ». Parmi ceux-là, le sacrilège, le blasphème, la bestialité, certains cas d’inceste et… la sodomie, qui disparaissent donc de la liste des choses interdites. Le 6 octobre, le Code est adopté. Sans débats particuliers, un pas historique vient d’être franchi. Jusqu’alors, la « bougrerie », comme on disait encore, était considérée comme un crime défiant Dieu et sapant l’ordre social voulu par Lui. Elle était punie de mort. Les derniers condamnés en France, deux pauvres gars que l’on avait trouvé culotte baissée dans les rues de Paris, ont été brûlés après avoir été étranglés devant la foule, en place de Grève en 1750. (…) Seul le régime de Vichy revient sur l’acquis révolutionnaire. En 1942, au nom de la « protection de la jeunesse » la loi introduit une inégalité. Dans le cadre des rapports hétérosexuels, la majorité est à 13 ans (15 ans après la guerre). Entre deux hommes, elle passe à 21. Cette loi est maintenue à la Libération. Il faut attendre 1982, après l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir, pour que son Garde des Sceaux, Robert Badinter, la supprime, rétablissant ainsi une égalité entre tous. Dans le même temps, Gaston Defferre, ministre de l’Intérieur, ordonne la destruction du sinistre « fichier des homosexuels ».

François Reynaert, journaliste et écrivain

21 Décembre 2021 – L’Express

(…) À vrai dire, je ne pensais pas qu’on en était encore là, car prétendre prouver scientifiquement l’existence de Dieu, c’est faire preuve d’une certaine naïveté. D’abord à l’égard de l’idée de Dieu, car, si celui-ci devenait l’aboutissement d’une démarche scientifique, c’est-à-dire s’il était le résultat positif d’une enquête rationnelle menée par la communauté des chercheurs, son prestige se verrait sérieusement rabougri : il n’aurait plus que le statut d’une connaissance. Cette chute ontologique serait, sinon la mort de Dieu, du moins celle de la religion, ou de la foi ! Et, par effet rétroactif, il faudrait alors considérer qu’avant ces soi-disant « découvertes », Dieu n’avait été qu’un « bouche-trou cognitif », seulement invoqué pour combler le vide qui sépare nos connaissances des questions sans réponses. Prétendre prouver scientifiquement l’existence de Dieu serait également faire preuve de naïveté à l’égard de la science. Car si la science devenait capable de délivrer une conclusion aussi définitive à propos de ce qui est hors de ses champs d’action et d’investigation, cela impliquerait qu’elle aurait complètement terminé sa propre construction, au point de pouvoir trancher toutes les questions qui se posent à nous, y compris celles qui ne sont pas scientifiques. Or, comme le savez, la physique, pour ne citer qu’elle, n’est pas du tout achevée. (…) Quand j’étais étudiant, dans les années 1980, les différents monothéismes se parlaient intensément. Le Pape échangeait avec des représentants juifs, orthodoxes, musulmans, de sorte que je n’étais pas seul à penser que, s’accordant sur le fait qu’il existe un Dieu unique, ils allaient relativiser leurs différences en les mettant sur le compte de l’histoire ou de la culture. Parallèlement, je pensais que les sciences, dont les succès étaient spectaculaires, feraient « autorité », au sens où nul ne pouvait contester la valeur de vérité de leurs résultats en arguant seulement de son bon sens ou de son « ressenti ». Vous noterez que je me suis au moins deux fois lourdement trompé ; 

Étienne Klein, physicien et philosophe des sciences, propos recueillis par Bruno D. Cot et Thomas Mahler

Janvier 2022 – Causette

(…) Quatorze ans plus tard, la dernière campagne Darjeeling met en scène une femme d’âge mur, aux longs cheveux gris, aux cuisses non retouchées et au ventre rebondi. « Une lingerie adaptée à toutes les féminités », scande l’affiche en énumérant les tailles de bonnet de soutien-gorge (de A à H) et ces celles des culottes (du 36 au 48). Ces images sont loin d’être une exception. Nike, Etam, Camaieu, Decathlon… Les enseignes les plus célèbres modifient leur communication et renoncent à présenter le corps féminin sous un modèle unique. Le tout à grands coups de slogans et de hastags sur la liberté et la célébration de la diversité des morphologies. Il était temps ! Quelques tentatives avaient déjà eu lieu au début des années 2000 sous l’impulsion du géant américain de la cosmétique, Dove, avec sa défense de la « real beauty » en 2004, une pub faisant figurer des femmes d’origines et de corpulences diverses. (…) Mercedes Erra, cofondatrice et présidente de l’agence de publicité BETC, estime que les marques n’avaient « pas le choix, car la publicité part toujours de la société ». Elle poursuit son analyse : « Elles ont intérêt à être à l’écoute des attentes des consommatrices, surtout quand ça n’est pas contradictoire avec leur business. » Ces attentes ont changé. La femme-objet, le corps soi-disant parfait aux mensurations irréalistes, ça ne passe plus. (…) Mains inclusivité ne rime pas toujours avec sincérité. Parfois, les discours et les actes ne coïncident pas. « Faire un coup en choisissant un mannequin taille 42, surtout quand on sait qu’en moyenne les Françaises font du 4à, et la présenter comme grosse ne constitue pas une remise en question profonde des représentations des corps féminins, tacle Léa Lejeune, autrice du livre Féminisme Washing. » Il faut de la cohérence sur le long terme pour parvenir à changer de paradigme. » (…) Plusieurs études menées par Sylvie Borau, chercheuse et professeure en marketing éthique à la Toulouse Business School, montrent que les modèles trop conformes à la réalité ou jugées pas assez embellis ne suscitent pas l’adhésion de toutes les clientes. « Certains produits comme le parfum ou le maquillage relèvent de la parure. Or, la communication repose sur l’idée d’un idéal de soi. Il faut donc qu’il y ait un écart entre le modèle et moi, sinon je n’achèterai pas tel mascara ».

Tiphaine Thuillier, journaliste

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