LA SEMAINE 2 EN 7 ARTICLES

La fin de la morale partagée par l’Église et la République ; Les inégalités, l’héritage : taxes et impôts ; Casser les oreilles ; Le converti et le communautarisme chrétien ; Les survivalistes et l’ultradroite ; Cinéma de franchise et cinéma de prototype ; La gauche et les généralités floues.

10 janvier 2022 – Le Figaro

(…) C’est le retour du courant maurassien, ce qui ne peut manquer de susciter l’inquiétude. Ce courant a toujours existé, mais il était politiquement marginal depuis la Seconde guerre mondiale. Pourtant, sur le traitement des juifs par Vichy et sur l’innocence du capitaine Dreyfus, les historiens ont établi de manière définitive des faits qui sont indubitables, même si leur interprétation peut être renouvelée. Ce renouveau suffit-il à comprendre la montée de l’antisémitisme en France ? Ce réveil se conjugue à deux autres courants, l’antisionisme de l’extrême gauche, au nom de sa solidarité avec les Palestiniens, et l’antisémitisme historique d’une partie de la population musulmane. Ce qui est préoccupant, c’est que la jeune génération musulmane française, élevée en France, exprime plus ces préjugés que la génération précédente. La gauche, défenseur des droits de l’homme et universaliste, n’a pas su mener le combat qui aurait dû être le sien. Toute critique de l’islam ou de certains actes commis par des musulmans, considérés par elle comme les opprimés par excellence, a été trop longtemps vue comme de l’« islamophobie ». Or, c’est justement mépriser les musulmans, voire être raciste, que de penser qu’ils ont le droit d’être antisémites. On doit avoir à leur égard les mêmes exigences que celles qui s’imposent à tout citoyen. Plus fondamentalement, on constate aujourd’hui un échec du système politique français et de l’enseignement, qui n’a pas su transmettre à la jeune génération le respect des valeurs républicaines, y compris la laïcité. L’antisémitisme, comme toujours dans l’histoire, annonce et révèle la crise de la démocratie. (…) En 2014, dans les rues de Paris, on a crié « mort aux juifs ! » Ce n’était pas arrivé depuis la guerre. Aujourd’hui, l’adhésion aux institutions républicaines, qui, par définition sont anti-antisémites, semble ne plus être assez fort pour contrôler ces débordements. Dans L’Esprit démocratique des lois, publié en 2014, je pointais le risque pour la démocratie de devenir « extrême » à force de vouloir repousser les limites de la liberté et de revendiquer sans limites, au-delà de l’égalité juridique, l’égalité des conditions sociales. La critique radicale des institutions et le refus des contraintes liées au collectif ébranlent la démocratie représentative et risquent de conduire au délitement des démocraties en général. Aujourd’hui, toute action venue de l’État est immédiatement et radicalement critiquée. C’est aussi vrai dans l’Éducation nationale, qui devrait rester le lieu où se transmettent les valeurs républicaines et le sens du véritable esprit critique. Ce risque de délitement atteint toutes les institutions, depuis le respect du suffrage et de la légitimité des gouvernants élus jusqu’à l’Église catholique. La République et l’Église catholique partageaient la même morale, même si les Républicains refusaient la transcendance divine, assurant un certain consensus moral dans la société moral dans la société française. La crise actuelle de l’Église catholique affaiblit également la démocratie et contribue à ce risque de délitement de la démocratie.

Dominique Schnapper, sociologue, présidente du Comité des sages de la laïcité, au ministère de l’Éducation nationale, et directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHeSS). Propos recueillis par Marie-Laetitia Bonavita

12 janvier 2022 – Le un

(…) Camille Landais : La notion d’inégalité recouvre beaucoup de choses. Lorsque l’on s’intéresse à la distribution des ressources entre les individus ou les groupes sociaux au sein de nos sociétés, il est tout aussi important de se préoccuper de ce qui se passe tout en haut, parmi les ménages les plus riches, que de ce qui arrive dans le reste de la population – les classes moyennes, les pauvres, etc. Nous avons appris énormément de choses sur l’évolution de la distribution des richesses au cours des vingt dernières années : on appréhende mieux à présent la dynamique des inégalités de revenus et de patrimoine, la façon dont la pauvreté a changé de visage, la persistance des inégalités entre générations, etc. Ce sont des faits sociaux qu’on a envie de prendre à bras-le-corps et auxquels on voudrait donner des réponses politiques.

Gabriel Zucman : Une des dimensions frappantes des inégalités, en France comme dans nombre de pays, c’est leur persistance, très forte, au niveau du patrimoine, avec d’un côté les 50 % les plus pauvres, qui n’en possèdent quasiment pas – à peu près 5 % du total, en France –, et de l’autre les 1 % les plus riches – un groupe cinquante fois plus petit –, qui en possèdent à peu près 25 % du total – donc cinq fois plus. Bien que les inégalités aient beaucoup évolué au cours des décennies – il y a eu pendant le XXe siècle un processus de baisse des inégalités de patrimoine –, cette réalité n’a pas changé : la moitié de la population ne possède toujours presque rien ou très peu. Avec des implications majeures pour la vie professionnelle, pour l’insécurité du quotidien.

Quid des fractures géographiques au sein même des pays, des inégalités entre les territoires, dont on a beaucoup parlé avec les Gilets jaunes ?

Gabriel Zucman : On voit que l’activité économique a tendance à se concentrer dans les grandes métropoles qui bénéficient à plein de la mondialisation et, dans notre cas, de l’intégration économique européenne, alors que les territoires périurbains et les campagnes en profitent bien moins ou en pâtissent. On le constate en Europe comme aux États-Unis : une prospérité et une concentration croissantes de l’activité dans les grandes villes côtières, tandis que l’intérieur du pays est laissé à l’écart de la croissance économique. Ce phénomène est très important pour comprendre un certain nombre d’évolutions politiques, comme les Gilets jaunes en France ou, aux États-Unis, le déplacement d’une partie des classes populaires et des classes moyennes vers le Parti républicain ou vers l’abstention.

Camille Landais : On a eu comme un mouvement de balancier. Le début du quinquennat Sarkozy correspond à une tentation de baisser les impôts, de faire une mini-révolution reaganienne. Des mesures assez fortes ont été prises vis-à-vis de l’imposition du patrimoine, mais aussi des successions. On a un sentiment de retour de balancier sous François Hollande, avec l’augmentation de la fiscalité des revenus du capital, et la fameuse taxe à 75 %. Ce qui me frappe vraiment dans ces allers-retours, c’est le côté grand bidouillage. Quand Hollande arrive au pouvoir, il n’a pas réfléchi à ces questions. Il crée un choc fiscal au pire moment, alors que nous sommes en pleine crise de la dette européenne, et les mesures mises en place sont bricolées par les cabinets sans vision d’ensemble. La taxe à 75 % en est vraiment l’exemple absolu. Un article récent de Malka Guillot montre d’ailleurs que cette taxe a en réalité eu l’effet inverse de celui escompté, contribuant à l’augmentation des revenus du travail les plus élevés : au moment de sa mise en place, certaines des personnes concernées, des gros PDG et des joueurs de foot, ont refusé de voir leurs salaires diminuer. Par conséquent, leurs entreprises ont elles-mêmes pris en charge une partie de la taxe. Une fois celle-ci abolie, ces mêmes joueurs de foot ou PDG ont utilisé ce levier afin de négocier une augmentation de leurs salaires.

Gabriel Zucman :  En dépit de tous les discours sur l’importance d’investir, par exemple, dans l’innovation – ce qui est fondamental si on veut lutter contre les inégalités –, la dépense par étudiant à l’université en France a baissé de 14 % entre 2008 et 2022 : moins 7 % sous le quinquennat Macron depuis 2017, et moins 7 % sous Hollande et Sarkozy. La détérioration des moyens de l’hôpital et de tous les services publics est aussi très nette et inquiétante. C’est d’autant plus choquant que ce tournant de la rigueur était injustifié. Le diagnostic posé à l’époque par les pouvoirs publics – à savoir : nous sommes à la veille d’une explosion des taux d’intérêt et la défiance à l’égard de la dette publique française va franchir un seuil dangereux – s’est révélé inexact. C’est une erreur d’analyse monumentale puisque les taux d’intérêt, en fait, n’ont fait que continuer à baisser.

Camille Landais : L’héritage médian, c’est 60 000 euros, perçus sur l’ensemble d’une vie. Le ratio entre ces 60 000 euros et l’héritage moyen des personnes dans le top des 0,1 % est de l’ordre de 180. Ce même ratio pour les inégalités de revenus du travail est, lui, de l’ordre de 1 à 10. Aujourd’hui, il est vraiment très compliqué de parvenir tout en haut de l’échelle si vous n’avez pas hérité. La réponse à cela, ce n’est évidemment pas de taxer comme des malades les petites résidences principales. Que des personnes accumulent par une vie de travail de quoi acheter une résidence principale qu’elles lèguent à leurs enfants, cela ne représente pas un problème et ce n’est pas ce qui entretient la dynamique des inégalités. Les très gros héritages jouent par contre dans une autre cour. Le patrimoine moyen des 1 % les plus riches s’élève aux alentours de 5 millions d’euros, un peu plus de la moitié provenant de l’héritage. Pour les 0,1 % les plus riches, on monte autour de 20 millions d’euros, issus à 65 % de l’héritage. Mais évoquer les questions de l’héritage est très difficile politiquement.

Notre pays est la grande économie qui a l’un des plus forts taux de prélèvements obligatoires au monde – environ 44 % actuellement, contre 33 % à la fin des années 1970. 

Camille Landais : Sur ce point, beaucoup d’économies se tiennent dans un mouchoir de poche. Ce n’est pas comme si la France avait atteint un niveau incommensurable. Les grandes économies scandinaves aussi ont des taux de prélèvements obligatoires très élevés. Il est toujours très difficile de prendre en compte l’ensemble des prélèvements obligatoires à cause des nombreux niveaux de prélèvements (fédéral, local…) en fonction de la structure institutionnelle et de la nature de ces prélèvements (impositions versus cotisations sociales, etc.). Toutes ces comparaisons, il faut donc les prendre avec un peu de recul. Par ailleurs, la très forte augmentation de la part des prélèvements obligatoires dans le revenu national de la plupart des grands pays développés depuis les années 1970 est essentiellement liée à une mutation du rôle des États : ce sont aujourd’hui d’énormes assureurs, entre les retraites, l’assurance chômage, l’assurance invalidité et l’assurance maladie. Tout cela explique l’énorme croissance dans le revenu national des prélèvements obligatoires, mais aussi des dépenses publiques. On vit dans des sociétés au niveau de développement tel que la demande est énorme pour ce genre de services qui sont à la fois des prestations d’assurance sociale et la fourniture de grands biens publics.

Gabriel Zucman : J’irais même plus loin. Je pense que le taux de prélèvements obligatoires est un indicateur peu pertinent et arbitraire. En France, on a choisi d’avoir des systèmes de retraite publics. Toutes les cotisations retraite sont donc comptées comme des prélèvements obligatoires. Idem pour l’assurance maladie. Parmi les autres pays, certains ont fait des choix similaires, et d’autres ont opté pour des cotisations retraite et santé obligatoires mais privées, comme aux États-Unis. On a l’impression qu’il y a moins d’impôts, sauf qu’en réalité, quand on regarde la fraction du revenu des salaires absorbée par les prélèvements obligatoires publics et privés, elle est souvent assez similaire à ce qu’on peut observer en France. Ensuite, il faut regarder la distribution de ces prélèvements obligatoires. En France, à peu près 50 % du revenu national est prélevé chaque année en impôts et en cotisations sociales. Et, en effet, quasi toutes les catégories sociales payent en impôts peu ou prou 50 % de leurs revenus quand on additionne les cotisations sociales, l’impôt sur le revenu, la TVA, etc. Avec une grande exception : les 1 % les plus riches, dont le taux d’imposition effectif baisse à 40, voire 30 %. Une étude de l’Institut des politiques publiques parue en novembre 2021 s’est intéressée aux 380 plus grandes fortunes françaises, avec l’objectif de calculer leur taux effectif d’imposition. Résultat : il s’élève à 15 %, tous impôts compris. C’est ça, de mon point de vue, le problème central, et c’est là qu’il devrait y avoir un débat.

Camille Landais, Professeur à la London School of Economics et directeur du Public Economics Programme du Centre for Economic Politic Research ; Gabriel Zucman, économiste. Propos recueillis par Éric Fottorino & Julien Bisson

13 janvier 2022 – L’Express

(…) Si le phénomène n’est pas nouveau, il commence à être pris en compte par les scientifiques : « Écouter longtemps de la musique ayant subi une forte compression de la dynamique perturbe le système auditif », résume le Pr Paul Avan, de l’Institut de l’audition. Avec son équipe, il a soumis une quarantaine de cobayes – des cochons d’Inde, réputés pour avoir une audition proche de la nôtre – à une musique de 102 décibels durant quatre heures. » Nous leur avons créé une véritable mini-discothèque de laboratoire, puis leur avons fait passer des tests après exposition pendant sept jours », détaille-t-il. Conclusion : les animaux n’ont pas subi de perte auditive. « En revanche, nous notons une altération des réflexes de protection, c’est-à-dire que l’oreille se fatigue », pointe le chercheur en cognition auditive. En effet, un son naturel se trouve modulé avec des nuances, des pauses et des silences. « Tout cela disparaît avec un son compressé ; notre oreille interne s’asphyxie et ne peut récupérer », ajoute Christian Hugonnet, ingénieur acousticien et fondateur de la semaine du Son, parrainée par l’Unesco. Or, au sein de notre système nerveux, les neurones auditifs sont parmi ceux qui travaillent le plus. Constater qu’ils s’épuisent inquiète les spécialistes. (…) Selon lui, les humains auraient déjà perdu la faculté d’entendre les microbruits de la vie courante tels que des pas dans la rue qui possèdent 24 signifiants (âge, sexe, types de semelles, etc.). Pour lui, la solution passe par une rééducation de l’oreille, notamment en apprenant à jouer d’un instrument de musique. L’industrie musicale doit également se convertir à « l’écologie sonore » en informant le public de ce qu’il entend. En partenariat avec l’Unesco, l’acousticien va lancer un label estampillé « qualité sonore ». Avec des microsilences et des respirations.

Bruno D. Cot, journaliste

13 au 19 janvier 2022 – Marianne

(…) Fils de soixante-huitards convertis au christianisme, il a commencé par fréquenter l’Ichtus, le plus théocratique des instituts traditionnalistes, héritier de la Cité catholique, fondée par des maurrassiens pour infiltrer la cité politique et restaurer sur terre la loi du Christ, jugée supérieure. Quand on lui rappelle ce passé, Guillaume Peltier prétend s’être converti… à la laïcité. Sauf qu’il intervient encore à l’institut en 2007, la même année que Béatrice Bourges, du Printemps français, le plus violent des mouvements opposés au mariage pour tous, pour y dénoncer la « dissidence culturelle ». Parti du Front national (FN) pour atterrir chez Les Républicains (LR), il promettait jusqu’à récemment d’abroger la loi Taubira une fois au pouvoir. Une promesse intenable. La droite républicaine le sait. Lui feint d’y croire. Ses collègues pensaient l’ancien réfractaire assagi, un peu comme les anciens d’Occident se sont fatigués du coup de poing. Erreur. La radicalité d’Occident était avant tout hormonale. Celle de la Cité catholique est plus cérébrale. À moins d’un Alzheimer, elle ne s’estompe guère. La preuve par Peltier. (…) Dans « Le journal des jeunes contre le pacs », Peltier écrit : «  Avortements, violences, suicides, overdoses, sida, euthanasie, mariage « homo »… viennent nous rappeler que la culture de mort se porte bien. » Le jeune croisé invite la jeunesse à « prier » et à « agir », « pour le Christ », sur le « chemin de la vérité », armé du sens « de l’Honneur et de la Pureté », « du Devoir et du Sacrifice ». Un vocabulaire que l’on retrouve au mot près (majuscules comprises) chez les islamistes. Devenu officiellement « laïque » et « républicain », Guillaume Peltier critique désormais le « communautarisme chrétien ». Il n’a guère goûté la promotion fulgurante d’un François-Xavier Bellamy, il est vrai concurrent, qu’il juge trop conservateur (entendez sur les questions sociales). Lui ne vient pas de Versailles, mais de la classe moyenne, d’une foi de converti, ardente et populaire. Son ambition contrariée passe désormais par Éric Zemmour, le banlieusard revanchard, son nouveau père, qu’il trahira comme tous les autres. La malédiction de l’histoire rattrape toujours la droite identitaire. La droite républicaine devrait s’en souvenir, et balayer devant sa porte, avant d’être consumée de l’intérieur.

Caroline Fourest, journaliste. 

13 janvier 2022 – Challenges

(…) Pacifistes producteurs bio, Max et Karen, repliés en Dordogne avec leurs trois chiens, sont tout de même parés à toute éventualité. « Je n’ai pas de fusil de chasse, confie Max, mais j’ai toujours une hache bien affûtée et une arbalète de sport. Je ne crois pas à la violence, on essaiera de s’en sortir avec nos voisins, mais si un jour on doit faire face à des intrus, je ne résisterai pas à mains nues. » Dans le Limousin, Thomas sortira une artillerie un peu plus lourde. « Si ça pète, prévient-il, j’ai mon fusil de chasse. La protection, c’est un sujet que je maîtrise assez bien. J’ai fait du tir et j’ai appris à manier le fusil Famas. J’espère ne pas avoir à me servir d’une arme, mais au cas où, je serai prêt. […] Thomas en est absolument certain : « Quand ça va s’écrouler, les gens des grandes villes vont se précipiter à la campagne et ils prendront ce qu’ils trouveront, dit-il, entouré de ses deux pittbulls. Je suis à quatre heures de voiture de Paris mais personne ne rentrera chez moi. Mon fusil me sert à chasser et peut aussi servir à me défendre ou au moins, à montrer que je suis armé. » Les survivalistes sont dans « une culture parano, réagit Denis Tribaudeau, qui propose des séjours de survie dans la nature. Dans mes stages, je prône l’ouverture au monde et aux autres ; les survivalistes ont tendance, au contraire, à se replier sur eux-mêmes parce qu’ils voient le danger partout. La peur du danger est indispensable pour survivre dans la nature, à condition qu’elle ne se transforme pas en une maladie mentale. » Pénurie de pétrole, catastrophe écologique, explosion nucléaire, attentats islamistes, attaque bactériologique… cette angoisse protéiforme alimente le survivalisme musclé du Suisse Piero San Giorgo. Chantre d’un survivalisme racialiste, ce colosse au crâne rasé, qui pose volontiers fusil à l’épaule, est un proche d’Alain Soral, figure de l’ultradroite. Sur les réseaux sociaux, l’une des stars de la galaxie survivaliste, Vol West, pseudo d’un Français exilé dans les montagnes du Montana, a coécrit avec Piero San Giorgo le manuel de survie urbaine Rues barbares. (…) « Ils se racontent une histoire, une fiction dont ils sont les héros, éclaire le sociologue Bertrand Vidal. C’est le fait notamment de jeunes diplômés. Déçus par leur place dans la société ou de leur boulot, ils sont dans une frustration relative. Alors, ils imaginent l’effondrement de cette société où ils ne sont qu’un numéro comme moyen de sortir de l’anonymat, de l’aliénation et de redonner un sens à leur vie. » (…) Il y a aussi chez les survivalistes l’idée que l’apocalypse fera le tri entre les bons et les mauvais, pointe le sociologue. Les survivalistes seront les élus de l’apocalypse, c’est pour cela qu’ils en arrivent à la désirer. »

Marc Lomazzi, journaliste, auteur de « Ultra ecologicus, les nouveaux croisés de l’écologie »

10 janvier 2022 – Libération

(…) L’idée du film a germé lorsque je me suis demandé ce qu’étaient devenus les gens de la communauté de Clairton. Mais d’ailleurs, est-ce que Clairton existait vraiment ? En faisant mes recherches, je me suis rendu compte que c’était un mélange entre cette ville de l’Ohio, et de Cleveland à 250 km de là. Et après avoir commencé à échanger avec Jim Freiling, l’un des membres de l’Association des amis de Mingo Junction, je me suis aperçu que le tournage du Voyage… avait laissé une empreinte très forte : « Tout le monde s’en souvient ici. » (…) Quel est le lien entre We Blew It et ce portrait de Cimino ? Peut-on dire qu’il s’agit de deux films sur la disparition d’un type de cinéma, mais aussi de son public ? Les deux évoquent une époque où le cinéma était constitué de deux industries qui arrivaient à cohabiter et avancer de concert, l’industrie de la franchise et l’industrie du prototype, tout comme Coppola, Friedkin, Hal Ashby. Puis on est rentrés tranquillement, à partir des années 80, dans une ère quasi exclusive de la franchise. Il n’y a plus de prototype, uniquement du cinéma indépendant qui, aux États-Unis, est à peine connu – Paul Thomas Anderson, Wes Anderson, personne ne sait qui c’est. Cimino ou Bogdanovitch emportent avec eux une certaine idée du cinéma, et une certaine idée du public parce qu’on nous dira ce qu’on veut, mais si aujourd’hui on est dans une industrie de la franchise florissante, c’est qu’il y a le public pour ça. C’est ce que raconte Paul Schrader à la fin de We Blew It : le cinéma est devenu de la musique classique. Ça veut dire que le cinéma, en tant qu’art populaire, a fait son temps. Qu’il va continuer à se faire des films d’art avec une communauté réduite de 150 000 personnes qui a ses codes, ses références, son langage commun dans le réel. Or le cinéma, comme disait Malraux, c’est aussi une industrie, et la taille de la communauté détermine le genre de films qu’on fait. Si demain, il n’y a plus que 150 000 personnes qui appartiennent à cette communauté du cinéma, les films comme Voyage au bout de l’enfer deviendront des films impossibles. Ça veut dire que la forme du cinéma elle-même change, évidemment.

Jean-Baptiste Thoret, auteur du documentaire « Michael Cimino, un mirage américain », propos recueillis par Olivier Lamm

13 janvier 2022 – L’OBS

(…) Je suis toujours frappé par le fait que les républicains intransigeants, voire autoritaires montent très haut dans les aigus, sans rien de proposer de concret. Entre ceux qui vocalisent sur le thème de la République et les partisans du « wokisme », notion totalement abstraite pour l’ensemble des Français, il y a de la place pour une politique concrète capable de lutter contre les discriminations, qui sont une réalité, en honorant l’universalisme républicain. Pour moi, il n’y a pas de sujets interdits à la gauche. Même sur la sécurité, elle doit pouvoir porter un discours sur la tranquillité publique différent de celui de la droite. L’impression que donne la gauche actuelle, c’est de s’évader dans des généralités floues ou de s’égarer dans des mesures et un langage technocratiques. Qu’est-ce qui détermine le vote populaire aujourd’hui ? Les classes populaires ne sont plus un monde homogène. Grosso modo, elles sont partagées entre ceux qui s’en sortent et sont intégrés économiquement, et ceux qui sont exposés à une grande insécurité sociale. Ces deux mondes se regardent avec méfiance, le premier émettant une critique très dure sur le second, sur le thème de l’assistanat et des minima sociaux. À mon sens, une politique de gauche à destination des classes populaires devrait proposer des réponses à ceux qui tombent, qui sont victimes des accidents de la vie. Un couple qui se sépare, une famille monoparentale peuvent tomber dans une grande précarité. Ils sont pourtant totalement absents du discours politique. Les standardistes ou les femmes de ménage sont les fantômes du débat public. Qui raconte ces vies-là ? Le seul qui fasse effort de les incarner, c’est François Ruffin, même si je ne partage pas ses convictions politiques. (…) Dire qu’il faut augmenter le salaire des fonctionnaires, c’est très bien, mais en contrepartie de quoi ? Qu’attend-on des enseignants par exemple ? Je rappelle par ailleurs que ce n’est pas l’État qui fixe les salaires du privé. Si on veut vraiment satisfaire la demande du pouvoir d’achat, il faut parler de la croissance de l’activité et lui donner un contenu écologiquement soutenable. Voilà la nouvelle frontière du progressisme. C’est le nouveau défi qu’il faut relever. (…) Jean-Luc Mélenchon incarne une partie de la sensibilité de gauche, tribunitienne, égalitaire, jacobine. Mais il n’a pas montré de vraie capacité de rassemblement. Son offre politique reste essentiellement protestataire, et pas très rassurantes sur les questions européennes. Et que vous inspire une candidature de Christiane Taubira ? Dans le registre des généralités floues, elle est médaille d’or ! Attendons cependant qu’elle s’exprime plus précisément.

Thierry Pech, directeur du think tank Terra Nova, propos recueillis par Caroline Michel-Aguirre et Maël Thierry

Une réflexion sur “LA SEMAINE 2 EN 7 ARTICLES

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