LA SEMAINE 45 EN 7 ARTICLES

Le « made in nature » et la science prométhéenne ; Le féminisme blanc ; Les batteries européennes montent en charge ; Le monde des filles et celui des garçons ; Le racisme des wokistes ; Rousseau et la Confédération européenne ; Les gangsters de la rançon 2.0

3 novembre au 10 novembre – le un

(…) Aujourd’hui, seules les solutions estampillées « made in nature » ont la confiance du public, un label qui nous laisse penser que, si elle pouvait parler, ce sont elles que la nature choisirait… Et c’est là qu’on a vu opérer la magie surnaturelle du naturel : les campagnes de publicité qui lavent plus vert ont contribué à passer l’éponge sur les nombreuses externalités négatives, à tel point que l’on a oublié que pour cultiver bio, il fallait davantage d’espace pour obtenir les mêmes rendements ; que pour construire des éoliennes, il fallait des terres rares ; que la « sobriété carbone » des véhicules électriques dépendait des énergies nécessaires à leur production (charbon ou nucléaire) ; quant aux médecines douces – plus naturelles elles-aussi –, elles sont restées bien impuissantes face à la pandémie. Parce qu’ils n’ont jamais pris la peine d’entrer dans l’arène politique pour défendre leur œuvre et parce qu’ils pensaient que le progrès devait couler de source, qu’il n’avait pas besoin d’être expliqué au grand public, les défenseurs de la science prométhéenne se sont retrouvés relégués au second plan et se sont vu dicter leur agenda par des idéologues qui avaient tout intérêt à opposer l’homme et la nature et imposer la décroissance. (…) Quoi de mieux que les nouvelles biotechniques et les ciseaux moléculaires CRISPR/Cas 9 pour modifier le vivant sans transgresser la barrière des espèces et produire des plantes moins gourmandes en eau ? Quoi de mieux que l’agriculture intelligente armée de ses drones, de ses capteurs et de sa blockchain, pour produire en quantité suffisante de quoi nourrir l’humanité sans nuire à l’environnement ? Quoi de mieux que le nucléaire pour produire une énergie abondante, décarbonée et bon marché ? Quoi de mieux enfin qu’une intelligence artificielle non fantasmée pour assister l’homme dans ses tâches les plus difficiles, telles que la conception des vaccins ? Contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, la science prométhéenne a encore de nombreux tours dans son sac. Surtout, elle reste la mieux placée pour connaître ladite nature et proposer des solutions qui garantissent le meilleur équilibre possible entre l’homme et son environnement.

Jean-Paul Oury, historien des sciences.

4 novembre au 17 novembre – Society

CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE

(…) « Il y a une distinction très importante à faire. Les Afro-Américains doivent faire face au pire du racisme en Amérique, alors qu’il y a parfois une sorte de léger privilège à être un Noir étranger. Une de mes amies, noire et française, m’a dit qu’il y avait aussi un privilège à être anglophone en tant que personne noire en France. Elle m’a dit : « Quand j’entre dans un magasin à Paris, je prétends être anglophone, comme ça, on est plus poli avec moi. » C’est la même chose en Amérique. On me dit souvent : « Tu n’es pas en colère comme les Afro-Américains ! » et je déteste ça. Je réponds : « C’est parce que vous n’avez pas réduit en esclavage mes ancêtres ; parce que mon père a pu aller à l’école dans les années 60 sur le continent africain pendant que vous n’autorisiez pas les Afro-Américains à étudier en Amérique. Évidemment que les Afro-Américains sont en colère ! » Vraiment, je trouve ça révoltant ! (…) Au Nicaragua, en Bolivie, les femmes sont forcées de donner naissance à l’enfant même si elles sont en danger de mort. Dans beaucoup d’endroits au monde, on se fiche des femmes. Elles ne comptent simplement pas. Et ça me révolte. Bien sûr qu’en Occident, il y a une bulle dans laquelle les gens connaissent le féminisme, mais ce qui m’intéresse, ce sont des femmes, celles qui sont coincées dans des mariages violents et leur famille qui leur dit de rester avec cet homme parce que qu’est-ce qu’elles seraient sans mari ? La violence contre les femmes, c’est une épidémie. Je regarde les statistiques et j’hallucine : une femme sur huit en Italie sera battue ou agressée par un homme de son entourage. C’est pour ça que je refuse de dire le féminisme est mainstream. Parce que le sexisme est bien vivant, même dans le monde occidental : qui fait la majeure partie des tâches ménagères ? Qui pense à tout ? Qui emmène les enfants chez le médecin ? C’est la femme qui sait où sont rangées les chaussettes. Tout ça veut dire qu’elle prend du temps sur son travail, donc elle sera moins promue, elle gagnera moins d’argent… (…) Parfois, je trouve ces conversations sur le « féminisme blanc » pas assez nuancées, trop simplistes. Je me souviens d’avoir lu une interview d’une célèbre femme blanche à qui on posait une question sur le féminisme et le sexisme et qui répondait : « Je ne peux pas en parler parce que je suis blanche et c’est tellement pire pour les femmes noires ! » J’ai trouvé ça condescendant, j’ai eu l’impression qu’on insultait mon intelligence. C’était comme dire : « Regardez comme je suis charitable. » J’aurais préféré qu’elle dise : « Voilà ce que je subis comme sexisme en tant que femme, et je suis aussi consciente que le fait d’être blanche me donne un privilège. » Voilà pourquoi je ne participe pas à beaucoup de conversations contemporaines sur le féminisme qu’ont les jeunes. Honnêtement, j’ai le sentiment de ne pas avoir le temps pour tout ça.

Chimamanda Ngozi Adichie, romancière Nigériane, propos recueillis par Hélène Coutard et Noémie Pennachio.

10 novembre au 17 novembre – Challenges

(…) Pour les trois partenaires d’ACC (Automotive Cells Company), [Daimler, Saft (filiale de TotalÉnergies), Stellantis], l’enjeu de la batterie est crucial. Cet élément représente plus du tiers du coût d’un véhicule électrique. « Aujourd’hui, les fabricants asiatiques détiennent près de 90 % du marché, mais le secteur est encore en devenir », note Guillaume Crunelle, associé automobile & mobilité au cabinet Deloitte. « Les Chinois ont préempté des volumes dans la mobilité électrique, notamment dans le secteur des bus et des camions où ils sont hégémoniques, mais dans les batteries pour voitures rien n’est joué », affirme Ghislain Lescuyer, directeur général de Saft. Avec un peu moins d’1 milliard d’euros de chiffre d’affaires, Saft et ses 4 000 employés font figure de poids plume par rapport à Stellantis et Daimler. Positionnés sur des marchés à forte valeur ajoutée, numéro un mondial des batteries pour satellites, trains et avions, cette ex-filiale d’Alcatel, créée en 1918 aime la discrétion. Tout le monde se souvient de l’amerrissage en catastrophe de l’Airbus A 320 en 2009 sur le fleuve Hudson près de New York à la suite de l’arrêt de ses deux moteurs. Mais qui sait que l’exploit du pilote Chesley Sullenberger a été rendu possible grâce à des batteries Saft ? En 2016, le rachat par TotalÉnergies change la donne. « Ils nous permettent d’avoir plus d’ambition », résume Ghislain Lescuyer. (…) En 2023, le consortium lancera sa première gigafactory à Douvrin, dans les Hauts-de-France, dans laquelle travailleront 2 000 personnes. Une seconde méga-usine est prévue deux ans plus tard à Kaiserslautern, en Allemagne. (…) La partie s’annonce serrée. Ayant anticipé le boom européen, les firmes asiatiques se sont installées sur place. Les coréens Samsung et LG Chem produisent des batteries en Hongrie et en Pologne. Associé à Bosch, le chinois CATL va en fabriquer en Allemagne. Son compatriote Envision travaille avec Renault, Farasis Energy avec Daimler, Guoxan avec Volkswagen. « La Chine a aujourd’hui une stratégie plus aboutie dans les batteries remarque Guillaume Crunelle de Deloitte. Ils sont sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction des matières premières à la transformation, en passant par l’assemblage. » Pourtant Ghislain Lescuyer reste droit dans ses bottes : « Nous sommes là depuis plus de cent ans et n’avons pas à rougir. Nous avons nos compétences. Notre écosystème et nos batteries fonctionnent ».

Nicolas Stiel

11 novembre au 18 novembre – Le Point

CATHERINE DENEUVE

(…) Malheureusement, aujourd’hui, tout est regardé à la loupe, filmé, et ça prend des proportions absolument catastrophiques avec le téléphone, c’est effrayant. Je me souviens de choses que j’ai pu faire avec mes amis, quand on était jeune, dans des endroits publics…. Quand il y avait toute la bande de Christian Marquand, avec le père de mon fils (Roger Vadim, NDLR). Les choses qu’on a faites, non mais des trucs… Si cela avait été filmé au téléphone… Je n’ose imaginer. On arrivait, alors, à avoir des vies privées vraiment très animées et jamais photographiées. Ça a changé sur beaucoup de choses. Aujourd’hui, tout le monde se tient à carreau. On est obligé de faire beaucoup plus attention. D’une façon excessive qui ne correspond plus tellement à la vie. (…) Déconstruit ! Ah non, ne dites pas ça. Dame, c’est si moche comme mot ! Moi, je continue à vivre dans un monde de filles et de garçons. Enfin, il n’y a pas que des garçons, certains sont des hommes quand même, heureusement ! Déconstruits, je ne pense pas… De toute façon, on dit que je suis assez masculine avec mes amis hommes, parce que j’ai un rapport qui n’est pas un rapport de séduction. J’ai souvent eu envie d’avoir un frère. Alors j’ai des amis frères. (…) Moi, je suis très française, donc je suis assez râleuse. Je suis française, mais j’aime vraiment l’Europe. Je ne pourrais pas vivre aux États-Unis. Regardez leurs dernières élections, les actes d’une violence inouïes auxquels on a assisté. En Europe, on est quand même un peu plus civilisés. Oui, je me sens très française et très européenne. Franchement pareil ! Et je connais plein de gens qui font des choses pas scrogneungneu du tout !

Catherine Deneuve, propos recueillis par Florence Colombani et Christophe Ono-dit-Biot

11 novembre – Radio Classique

FRANZ-OLIVIER GIESBERT

(…) Nous vivons aujourd’hui dans une société qui se déteste de plus en plus. C’est insultant ce qui a été dit pour tous ces écrivains de couleurs, qui ne sont pas blancs qui écrivent en Français et qui adorent la langue française. J’ai beaucoup d’admiration pour Aimé Césaire, Léopold Senghor, des écrivains vivants aujourd’hui, par exemple un écrivain guinéen Tierno Monènèmbo, merveilleux écrivain, et c’est même insultant aussi pour le prix Goncourt Mohamed Mbougar Sarr qui a écrit « La plus secrète mémoire des hommes » qui écrit en Français. Le Français est une belle langue. La meilleure réponse, si vous voulez, aux déclarations wokistes qui ont été faites justement, je l’ai lue ce matin sur le FigaroVox par un des esprits les plus brillants de notre intelligentsia, un grand Français Amine El Khatmi, président du Printemps républicain, auteur du livre du même nom. Voilà ce qu’il dit : « Déplorer que notre langue ne soit pas parlée dans des territoires entiers n’est pas tendancieux, c’est du bon sens ». Il poursuit : « Pour les wokistes, un bon « racisé » – horrible terme imposé par les woke d’ailleurs – « est une victime. Le racisé doit rester pauvre. Il ne doit pas sortir de sa banlieue, ne pas voir ses enfants réussir, ne pas apprendre notre langue, ne pas s’intégrer. Il doit rester fidèle à son statut de pauvre victime de la France raciste et islamophobe. » La première morale de tout cela, c’est que le racialisme à la mode, est un racisme. C’est un nouveau racisme, mais c’est un racisme. La seconde morale, c’est qu’en instruisant sans cesse des procès pour racisme à propos de n’importe quoi, notamment de ce qui était de ma part juste un éloge de la langue française, les woke et les racialistes sont devenus les idiots utiles des xénophobes, qu’ils prétendent combattre.

Franz-Olivier Giesbert, interviewé par Renaud Blanc

13 novembre – Libération

(…) Les souverainistes se réfèrent souvent à Rousseau et à ses textes sur le « contrat social » pour porter l’idée de la souveraineté une, indivisible et absolue, le peuple souverain. Pourtant, le Citoyen de Genève ne pense pas que la souveraineté au sens classique du terme soit possible à l’échelle d’un État-nation. Il l’imagine plutôt à l’échelle d’une cité. Non seulement les souverainistes contemporains fantasment un Rousseau de pacotille, mais en plus, ils oublient qu’il propose une théorie passionnante des relations internationales organisées autour de deux options. Soit les États s’isolent complètement, soit ils se confédèrent, un peu sur le modèle helvétique de 1848. On fait un pacte et on décide ce qu’on mutualise, fixant un ensemble de règles communes dont on ne peut pas s’exonérer à sa guise. Dans d’autres textes, Rousseau va même jusqu’à proposer une théorie de « la Confédération européenne », même s’il la juge impossible en son temps. Il considère que l’on peut concevoir un contrat social européen entre les peuples qui acceptent de s’associer non seulement pour leur sécurité, mais aussi pour leur liberté. C’est fondamental. (…) Historiquement, l’UE s’est construite par le droit. Avec la cour de justice de l’Union européenne (CJUE), l’Europe dispose d’une vraie cour fédérale. Inversement, du côté du pouvoir législatif, le Parlement est plus faible. Il n’a pas l’initiative de la loi, qui est une prérogative de la Commission, organe exécutif de l’UE. À cela, s’ajoute le système assez opaque du Conseil européen qui réunit les chefs d’États de chaque pays membre. Les négociations intergouvernementales s’y déroulent dans le huit clos de cénacles feutrés, et nous n’avons pas d’écho absolument clair et transparent de ce qui s’y passe. N’oublions pas un autre reproche récurrent : les agences non élues. En effet, la Commission, la Banque centrale et la CJUE n’ont pas reçu le sacre de l’élection – même si les commissaires sont nommés par des gouvernements élus et validés par le Parlement européen. (…) Le triomphe des idées dites néolibérales date plutôt des années 80-90, avec l’Acte unique et le traité de Maastricht. Mais cela n’a rien d’un dogme intangible, une loi d’airain. Les lignes ont bougé avec la pandémie et la création d’une dette commune. Le changement de gouvernement en Allemagne a toute son importance. La crise climatique joue également un rôle majeur : faire advenir une Europe sociale et environnementale ne relève plus de l’utopie.

Céline Spector, philosophe, auteure de No Demos ?, édition du Seuil. Propos recueillis par Thibaut Sardier et Anastasia Landrein.

14 novembre – Le JDD

(…) Protégés par les frontières de l’anonymat des échanges liés aux cryptomonnaies, ces gangsters 2.0 ont longtemps échappé à la justice. Par trois fois, cet automne, des enquêtes coordonnées ont par Europol ont pourtant abouti. Fin septembre, dans un dossier piloté par les gendarmes français, deux Ukrainiens ont été arrêtés, 375 000 dollars en cash saisis et 1,3 million de dollars en cryptomonnaies gelés. Lundi Europol et le FBI annonçaient un nouveau coup de filet (17 pays impliqués), avec l’arrestation en Roumanie, en Pologne et en Corée de sept hackeurs russes et ukrainiens qui exploitaient les ransomwares Sodinokibi/REvil et GrandCrab. « On marque des points, confirme un porte-parole du C3N, le centre de lutte contre les criminalités numériques de la gendarmerie. Mais ces groupes s’adaptent, changent de nom et s’abritent en Russie ou en Chine, qui ne coopèrent pas… » Dans son « Évaluation de la menace du crime organisé sur Internet » publiée cette semaine, Europol souligne que certains groupes de cybercriminels, dopés par le développement du télétravail lié au Covid, accompagnent désormais leur demande de rançon par des appels de pression et pratiquent la double extorsion en menaçant de diffuser des données exfiltrées. Les mêmes ont aussi tendance à franchiser leur activité en commercialisant leurs logiciels auprès d’autres équipes qui deviennent leurs « affiliés » et leur reversent ensuite entre 20 et 30 % des gains obtenus sur les rançons…

Stéphane Joahny

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