SÉGOLÈNE ROYAL GLISSE DANS LES FAITS DIVERS

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Com’ léchée avec sourire sur blancheur immaculée. Paris-Match, novembre 2017. © Photos : Capucine Granier.

Notre Reine des neiges nationale va-t-elle au-devant d’un réchauffement climatique qui va faire fondre sa notoriété ? Sa position dans le très-haut du box-office politique va-t-il résister à ce coup de chaud ? Nous en saurons plus une fois connues les conséquences de la plainte de Ségolène Royal pour diffamation. Le 16 novembre 2019, l’hebdomadaire Le Point et France Info, avaient publié des enquêtes pointant le comportement de l’ancienne ministre dans son actuel rôle d’ambassadrice * des pôles (Arctique et Antarctique). La chaîne d’information continue l’accusant de se servir de sa fonction – pour laquelle elle n’est pas rémunérée – et de ses trois collaborateurs, financés eux par le ministère des Affaires étrangères, pour promouvoir des activités personnelles. La promotion de son propre parcours en politique est, il est vrai, une spécialité dans laquelle l’ancienne candidate à l’élection présidentielle excelle. Mais est-ce suffisant pour parler de manquements et plus encore de détournements ? Pour commencer nous aurons le résultat de l’audition à l’Assemblée nationale de celle qui évoque – déjà ! –  une nouvelle candidature pour l’élection présidentielle de 2022. En effet deux députés de la majorité, Christophe Naegelen (UDI) et Éric Girardin (LaRem) souhaitent l’interroger sur sa mission « d’ambassadrice de France chargée des négociations internationales pour les pôles ».

Trois reproches sont adressés à Ségolène Royal

1/ Elle ne respecterait pas les obligations liées à la fonction d’ambassadrice, notamment celle du devoir de réserve. Roland Lescure, ​député La République en Marche et président de la commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale, considère qu’elle n’est plus dans son rôle : “Elle décide, aujourd’hui, de continuer sa carrière politique et d’afficher, peut-être, une volonté de renouveau de la gauche. Ce sera aux Français de décider, ou non, si elle l’incarne. En tout cas, elle doit choisir entre la politique et l’ambassade de la France sur un sujet essentiel. Il y a un devoir de réserve et sa gestion du devoir de réserve est très élastique… Elle joue deux partitions. Michel Rocard a été ambassadeur des pôles, pendant sept ans, nommé par un président qui n’était pas vraiment de son bord politique (Nicolas Sarkozy). Et bien il l’a fait à fond ! La voix de la France doit être entendue sur un sujet important comme le réchauffement climatique, par exemple, face aux États-Unis ou à la Russie. Faire de la politique, c’est très bien, mais elle doit choisir“. Dans les derniers mois, Ségolène Royal a multiplié les interventions concernant la politique nationale, critiquant le pouvoir sur les pesticides, la réforme des retraites ou celle de l’hôpital… Plus récemment, sur Twitter, pour interroger Emmanuel Macron après son renoncement à sa future pension d’ancien président, avec selon elle la « vraie question » : « Savoir s’il renonce à retourner après l’Élysée dans le monde du business mondialisé avec les énormes retraites chapeaux qui vont avec » ajoutant « Quand on m’a confié cette mission (Emmanuel Macron), on ne m’a pas dit que la condition était de me taire ou d’adhérer à la République en marche. » et la demande du retrait de la réforme des retraites.

2/ L’utilisation de ses moyens d’ambassadrice des pôles ne serait pas réservée à sa fonction. À l’automne 2019, la cellule investigation de Radio France, considère que le cabinet de l’ambassadrice aurait travaillé pour la fondation de Ségolène Royal baptisée “Désirs d’Avenir pour la Planète”. Cette Fondation est une sorte de prolongement de « Désirs d’Avenir », association qui avait contribué à préparer sa campagne présidentielle de 2007. Rien d’étonnant à ce que certains voient dans cette déclinaison un outil pour une éventuelle nouvelle candidature à l’élection de 2022. Jusqu’ici rien de répréhensible. Toutefois en en juillet 2018, une grosse bouffée de carbone a fait tâche sur ce joli nuage blanc promotionnel. Ségolène Royal répète à l’envie : « Je ne me balade pas pour le plaisir, comme d’autres peut-être le font. Je fais attention aux déplacements, qu’ils soient vraiment utiles. Et je fais attention au bilan carbone ». Or, à cette date, l’ambassadrice des pôles s’était rendue à Reykjavik, en Islande, pour l’inauguration du Lapérouse, un bateau de croisière de luxe de la compagnie Ponant. Sur des photos, l’ancienne députée du Poitou apparaît à la cérémonie, au premier rang aux côtés des anciens ministres Luc Ferry et Frédéric Mitterrand et du navigateur Olivier de Kersauson. Étonnamment, elle dément l’information : « Absolument pas, je ne sais pas où vous avez vu ça. » puis, face à l’évidence, change de version : « Ce n’est pas aux frais de l’État, contrairement à ce que vous semblez insinuer. » Effectivement, il s’agissait d’une invitation. Il reste néanmoins qu’un aller-retour dans la journée ne serait pas du goût du mouvement suédois « Flygskam » (La honte de prendre l’avion) qui prône le boycott du transport aérien pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Certes, la Suède est en ce moment riche d’idées et de personnalités radicales dont il est difficile de mesurer tous les motivations, tenants et aboutissants, mais à cet instant Ségolène Royal s’est trouvée un peu déstabilisée. D’ordinaire sa communication est plus efficace. Par exemple, lorsqu’en novembre 2017 – deux mois après sa nomination comme ambassadrice des pôles – sur la Une de Paris-Match elle apparaissait sur un traineau en Laponie avec ce message : « Je suis une femme de terrain ».

3/ Elle n’aurait participé à aucune des réunions du Conseil de l’Arctique depuis sa nomination (1er septembre 2017). L’information est lancée sur Twitter par le chercheur Mikaa Mered – @FranceArctique, auteur de « Les Mondes Polaires » aux éditions PUF (2019). L’information est confirmée, par la cellule @CheckNews.fr du quotidien Libération. Ségolène Royal s’insurge : « Michel Rocard ne s’est rendu qu’une seule fois au Conseil de l’Arctique », alors que l’ex-premier ministre a participé à plusieurs réunions dudit Conseil… Michel Rocard restait néanmoins critique et regrettait que la France n’ait droit qu’à un « strapontin ».** Autre défense : « Si je ne suis pas présente physiquement, nous avons un réseau diplomatique, les ambassadeurs se rendent aux réunions, cela ne m’empêche pas de les préparer à l’avance, on se répartir les réunions. Je continuerai à ne pas y aller si je peux être représentée à un juste niveau par rapport aux enjeux de l’Arctique ».

Polémique « classique » et politique « ancienne »

Les échanges de communication avec punch-line affûtés et sourires tueurs… font vivre les écrans médiatiques, mais ne font pas politique. Pour le coup, la convocation devant l’Assemblée nationale, même si elle n’est peut-être pas dénuée d’une certaine malice politique, est le signe encourageant de cet épisode. Les mandats peuvent être examinés de près par la représentation nationale. Ségolène Royal pourra toujours arguer : Comme par hasard, lorsque j’apparais dans les sondages la mieux placée pour relever le défi de la gauche à l’élection présidentielle***, les attaques, les agressions, les calomnies viennent à ce moment-là. C’est quand même étrange » ou noter : « Me porter préjudice aujourd’hui par rapport à cette mission cruciale pour la France, c’est dégueulasse ! Je ne me laisserai pas faire ! (…) Le journalisme de caniveau ne permet pas tout ! Pourquoi viennent ces agressions dégueulasses en ce moment ? Parce que je suis en tête des sondages ? Ça dérange qu’il y ait une relève à gauche qui peut-être se prépare ? », et que ce n’est pas le jeu politique « ancien » qui devrait dominer les échanges. Du moins espérons-le. Mais il reste qu’il y a bel et bien une obligation de réserve quand on est ambassadrice et bel et bien un budget et des missions dont la transparence doit être assurée. L’Assemblée européenne y veille auprès de ses élus et de leurs équipes, il est heureux que l’Assemblé nationale fasse de même.

On peut lire, ici ou là, que Ségolène Royal est déçue de ne pas avoir été ministre dans un gouvernement d’Édouard Philippe ; qu’elle pense toujours et avant tout à son image et qu’elle rêverait d’être candidate à la présidentielle de 2022… Peut-être. Auquel cas, il se confirmerait un élément essentiel oublié par un grand nombre de responsables politiques : on ne peut pas être et avoir été. Ségolène Royal avait, d’une certaine manière, anticipé les bouleversements qui sapaient les partis politiques. C’est en devant lutter contre une partie des « siens » qu’elle avait réussi, face à Nicolas Sarkozy qui ne pouvait pas perdre l’élection, un score très honorable après avoir rassemblé des foules – comme rarement – durant sa campagne. Puis, comme souvent en politique, ce fut l’éclipse. Depuis, seule, sans le soutien du Parti socialiste malgré quelques appels du pied toujours rejetés, sa prestance et son énergie sont son seul moyen d’exister. Sur les écrans, oui. Dans les classements de popularité (au peu d’intérêt et de signification réelle), oui encore. Sur la scène politique ? Non. Devenir ministre relève d’équations nombreuses qui doivent être résolues et elle n’en est plus l’alpha ou l’oméga majeur. Quant à « rejouer » 2007 en 2022 ce n’est pas une hypothèse, c’est un déni de réalité. Toutefois, il y a un avantage à parler en permanence (même du tout et de son contraire) : dans les médias, parler c’est exister. La rubrique « Les survivants tenaces » fait toujours recette. Mais les importantes questions de l’avenir des pôles et du rôle de nos ambassadeurs n’ont pas leur place dans le divertissement. Il est dommage que Ségolène Royal n’en ait pas conscience.

*En sa qualité d’Ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles Arctique et Antarctique, Ségolène Royal compte bien parmi les diplomates du Quai d’Orsay ayant une fonction de représentation de la France.

** Seules les huit nations polaires ont le droit à la parole, les autres devant se contenter d’un statut d’observateur. Le 24 novembre, sur @Europe1, au micro de Patrice Cohen, Mikaa Mered affirmait que « Les observateurs peuvent prendre la parole au Conseil de l’Arctique ». Le travail essentiel se fait effectivement en commissions de travail où les représentants du Quai d’Orsay oeuvrent.

***Ségolène Royal apparaît dans un sondage comme la personnalité représentant le mieux l’avenir de la gauche. Avec 43 %, elle devance… Benoit Hamon à 40 %. Disons que c’est un désir d’avenir à la force limitée.

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