SOUTIEN FINANCIER ET MARKETING… LA PRESSE SOUS OXYGÈNE

La presse est un élément majeur de la démocratie. Il suffit de comparer sa rigueur avec le déferlement des infox (fakes news) sur les réseaux sociaux. Elles sont portées par des officines complotistes, quelques décervelés en mal d’ego et autres provocateurs.

Ajoutons qu’on aimerait bien que tous les grands titres de la presse tiennent solidement le cap de l’information vérifiée. Une information dégagée de tout « militantisme » partisan, où les rédactions et les journalistes seraient vraiment libres. Libres de leurs choix éditoriaux et non soumis aux exigences de productivité. C’est très majoritairement le cas, mais il y a des exceptions notables qui viennent tacher ce tableau idyllique. Surtout quand les journalistes sont remplacés par des « producteurs de contenus ». Mais ce n’est pas le sujet ici.

Il y a une extrême importance des soutiens financiers publics pour la survie de l’information. J’écris survie car pour beaucoup de titres, c’est le terme qui convient. Il y a aussi des petits appâts marketing surprenants…

Des aides d’État de plus en plus fléchées

Le ministère de la Culture vient d’annoncer un plan de soutien. En l’espèce un relèvement des plafonds d’aides et des niveaux de soutiens de l’État pour certaines dépenses. Les dernières en date visent la modernisation des distributeurs de journaux. L’aide peut monter jusqu’à 80 % pour certaines dépenses. De plus, elle double aussi les plafonds des aides et élargit les dépenses éligibles. Ce n’est pas rien… même si cela ne vaut que pour deux ans. En fait, depuis 2005, 11.646 diffuseurs ont bénéficié de 62 millions d’euros. Pour la période 2020-2022, après la liquidation judiciaire de Presstalis 1, l’État a versé 77 millions d’euros à la filière. Sans oublier les 5 millions d’euros versés annuellement aux collectivités territoriales sous forme d’exonération de contribution économique territoriale.

Aide directe aux titres de presse

D’autres aides sont complémentaires à celle de la restructuration industrielle des imprimeries et des points de vente. Les éditeurs et les titres de presse touchent eux-mêmes des subventions. En 2020, les premiers ont bénéficié d’un soutien de 483 millions d’euros. Cela pour accompagner au mieux le déclin de la part du papier dans la diffusion des journaux. 50 millions de la somme étant fléchée pour soutenir la presse en ligne et les titres ultramarins.

Concernant les titres de presse, le tableau ci-dessous donne une idée des sommes allouées.

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Rappelons enfin que les tarifs postaux de la presse bénéficient d’une TVA au taux de 2,1 %.

Le pluralisme démocratique de la presse a un coût

Ces chiffres, ici certainement incomplets, démontrent que la presse est sous oxygène des fonds d’État. De l’air frais pour faire respirer la démocratie. Certains titres, dont des historiques, ne survivraient pas en son absence. Fort heureusement, il se trouve que toutes les opinions sont respectées au titre d’un soutien au pluralisme.

Ces aides sont souhaitables. Pourtant les médias sont des entreprises et doivent à ce titre équilibrer au mieux leurs comptes. Elles y parviennent, en trouvant leurs lecteurs et, s’ils en acceptent le principe, en recherchant des ressources publicitaires. Ces dernières seront proportionnelles à leur succès.

Succès auprès des lecteurs et manne publicitaire

En effet, une presse soumise à l’oxygène gouvernemental pour assurer sa mission peut être considérée comme une situation paradoxale. Nous savons, par exemple en Pologne, que le pouvoir choisit et aide sa presse pour mieux la contrôler. Ce n’est pas le cas en France.

La presse libre a donc un prix. La même logique préside à la vie des partis politiques et à celle des syndicats. Eux aussi, sont financés selon leur poids électoral. Ces contributions sont nos poumons démocratiques. Ils mériteraient davantage d’être plus transparents et plus souvent débattus.

Le « produit » presse et sa promotion manière « tête de gondole »

Autre financement, proche de celui de la publicité, le marketing. Notamment à visée d’engranger des abonnements qui permettent d’élever les tarifs de vente des espaces alloués à la publicité.

Il se trouve que, parmi d’autres titres de presse, je me suis désabonné de l’hebdomadaire L’OBS. Lecteur assez boulimique, mon appétit s’est peut-être émoussé et je me suis concentré sur les titres qui m’apparaissent essentiels. Je continue d’être abonné numériquement ou en version papier à plusieurs titres de presse.

Ancien abonné durant plusieurs années à L’OBS et son ancêtre Le Nouvel Observateur, les services commerciaux me relancent régulièrement. C’est logique.

On sait, c’est le principe, qu’un « cadeau » est souvent offert à celui qui s’engage. Mais, comme le montre l’image illustrant cet article, L’OBS a mis les petits plats dans les grands !

On se croirait sur les trottoirs devant les vitrines des grands magasins parisiens. Ce lieu où les vendeurs-bateleurs multiplient les acrobaties verbales pour attirer le chaland.

Ainsi, j’ai découvert dans l’enveloppe qui m’était adressée une véritable pochette-surprise. Qu’on en juge !

Le vendeur-bateleur

J’ai une montre… on m’en offre une. Que dis-je, deux, dont une est chronographe ! Je dois être à l’heure de mon époque… et du réabonnement, on y ajoute donc un réveil vintage. Sa marque, née en 1955, m’indique – est-ce bien élégant de me le rappeler ? – mon âge de supposé connaisseur de l’épopée de la montre bon marché.

Vous suivez… nous sommes donc déjà avec deux montres et un réveil ! Mais ce n’est pas tout. Car, oui, Madame, Monsieur, écoutez-bien, spécialement pour vous anciens abonnés, j’ajoute, oui c’est bien cela, un carnet. Et, oui puisqu’il faut bien écrire sur ce carnet sinon à quoi bon, j’y adjoint un stylo. Par n’importe quel carnet ni n’importe quel stylo, ils portent la signature du regretté Pierre Cardin.

Je crois que je n’ai rien oublié. Ah si ! il y a aussi 52 n° de l’Obs + 52 n° de TéléObs + 1 accès illimité à l’offre numérique de nouvelobs.com. C’est-à-dire, si vous veniez à en douter, l’essentiel.

Terminons par l’argument choc, le prix. Le total, bien emballé et envoyé à votre domicile pour une modique somme… ? Que dis-je, une ridicule somme : 129 € pour un an au lieu de 383 € ! Rien pour une lecture hebdomadaire, non ?

Le surprenant est qu’il faille, pour un titre aussi prestigieux, présenter une telle quincaillerie. L’OBS porte un courant de pensée majeur : la gauche. Certes, elle est en période de basse eaux, mais quand même ! Les “cadeaux”, soi-dit en passant, ont de fortes chances d’être fabriqués hors de France. Ce qui n’est guère dans la philosophie économique de L’OBS

Pourtant, le potentiel lecteur de l’hebdomadaire est d’abord un lecteur attentif au contenu. À des signatures, à un « format » rédactionnel, à une qualité d’écriture. Il est friand de l’ouverture aux débats d’idées, etc. et de cela on lui parle peu. Il faut les défendre, nous dit la lettre de relance, très bien. Qu’on nous donne alors des exemples rédactionnels (cela se fait) et qu’on nous alerte vraiment. Si L’OBS est en danger, il sera sans nul doute soutenu par beaucoup.

La démarche commerciale est significative de l’époque, j’en conviens. Je sais bien qu’elle n’est pas propre à l’hebdomadaire, mais elle n’est pas vraiment de nature à me convaincre.

Il se peut que je sois « vieux jeu ». Si elle réussit, ce que je souhaite à L’OBS, alors c’est que vraiment je suis dans mon « vieux monde ». Ce qui, à vrai dire, ne me gêne guère.

  1. Presstalis était la principale messagerie en France[]

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