Les titres survendeurs

Ils rugissent parfois avec un son strident et agaçant et dans ce cas rarement profond. D’autres sombrent dans la facilité de la répétition. Certains nous interrogent… car après la lecture de l’article qu’ils annoncent, on ne voit guère ou peu le lien. C’est fait pour. En fait, les titres doivent accrocher le regard des lecteurs et sont remaniés si leur succès sur internet (le nombre de clic sur les “.fr”) n’est pas plébiscité d’emblée. Si le lecteur reste indifférent, on changera le titre autant de fois qu’il le faut jusqu’à atteindre le succès d’audience maximum. Ils sont parfois aussi excellents. Le titre doit atteindre son objectif marketing, peu importe le style, incitatif ou informatif. Fût-ce au prix du dopage aux jeux de mots et à l’exagération de l’emphase. Cette musculation façon gonflette dénature le propos et “survend” le texte qu’il annonce. Il peut alors devenir contradictoire avec son contenu. Autre cas de figure : le parti-pris délibéré, militant, chargé d’orientation politique pour rassembler sur l’écrit ceux qui la partagent ou sont à l’opposé. Tout lecteur qui, de plus en plus, ne lit que les titres, doit veiller à ne pas s’emballer par ces titres “papier-cadeau”, car il court le risque d’être trompé au déballage.

La Voix du Nord : un titre dopé à la peur

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L’étonnant, inquiétant et faux titre du quotidien La Voix du Nord

Le quotidien #LaVoixduNord ne craint pas – ou préfère – la dramatisation. En titrant ce jour “Coronavirus : À Wuhan, un homme meurt sur un trottoir“, le journal de #Lille fait une sortie de route dangereuse. Le lecteur peut en effet croire qu’à Wuhan, la ville chinoise d’où est partie le coronavirus, les habitants tombent raide mort sur les trottoirs de la ville. La photo de l’#AFP où l’on voit un médecin ou un infirmier revêtu de sa combinaison protectrice a une incontestable grande force. Mais que nous dit-elle ? L’AFP a rédigé une légende pour nous éclairer : “Le corps d’un homme mort est resté plusieurs heures sur un trottoir à Wuhan, la ville chinoise au centre de l’épidémie de pneumonie virale“. Dans une ville où les autorités ont interdit toute circulation routière ou piétonnière – sauf urgence – on peut sans doute expliquer que le malheureux soit resté sans assistance durant plusieurs heures. Mais de quoi est-il mort ? Rien ne le dit. D’ailleurs, sous son titre morbide, le texte de La Voix du Nord, écrit en pleine contradiction avec son alerte : “Aucun lien ne peut être établi entre son décès et le coronavirus qui a déjà fait 170 morts en Chine, dont l’immense majorité à Wuhan ou sa région. (…) La police et les autorités sanitaires locales n’ont pu apporter aucune précision sur les conditions de son décès.” Il n’y a donc aucun lien… sauf celui purement imaginaire rédigé par le quotidien dans son titre.

Or il était possible de donner l’information avec un titre conforme à la réalité. Ainsi RTL Info, sur la base de la même information et la même photo de l’AFP : “Un cadavre laissé sur un trottoir pendant plusieurs heures à Wuhan, ville au centre de l’épidémie de coronavirus“. Bien sûr, le mot coronavirus est bien présent, mais sans lien direct. On peut penser qu’il y a une suggestion un peu perverse, mais on peut opposer que le mot coronavirus est uniquement lié à la ville et non à la personne décédée. Le site d’information luxembourgeois #L’Essentiel préfère sobrement titrer : “À Wuhan, un homme trouvé mort sur le trottoir.” Cette information est purement factuelle et justen toujours à partir de la même base : l’information de l’AFP. Cet exemple, ou le quotidien français ne s’illustre pas par sa rigueur, montre combien “l’art” du titre peut parfois – et ici dans un cadre particulièrement sensible, celui de la santé et des craintes lors de toute épidémie – être inadapté et très mal venu.

Vu, revu, ressassé… Jusqu’où ?

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Le Figaro, mardi 26 novembre 2019

Comme une légère distorsion dans la perspective…

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Titre de l’article du quotidien Le Monde signé Denis Cosnard, le 15 novembre 2019

Que nous dit le texte ?  (…) Très attentifs à la façon dont l’opinion réagit à leurs interventions, les frères ennemis du macronisme ont tous les deux commandé des sondages, réalisés début novembre par des instituts différents. Leurs résultats convergent. L’un et l’autre placent la maire sortante en tête des intentions de vote pour le premier tour dans la capitale, devant Benjamin Griveaux. Cédric Villani reste derrière. L’enquête accorde à Benjamin Griveaux 18 % des intentions de vote pour le premier tour, dans le cadre d’une alliance encore à sceller avec le MoDem. Il se situe ainsi juste derrière Anne Hidalgo (19 %). Cédric Villani n’arrive qu’en cinquième position, avec 12 %, après la candidate du parti Les Républicains (LR) Rachida Dati (16 %) et le représentant d’Europe Écologie-Les Verts David Belliard (13 %). Cédric Villani, lui, a choisi de ne pas diffuser le sondage qu’il a payé. « Il ne montre pas de changement majeur par rapport aux précédents », argumentent plusieurs membres de son équipe. « Bien sûr, on aurait préféré que Cédric soit devant, reconnaît la députée Anne-Christine Lang, une de ses porte-parole. Les termes « peine à s’imposer face à Benjamin Griveaux » restent plus favorables au prix Nobel dans le titre que dans le texte brut. Proposition alternative : On aurait pu attendre un titre plus factuel, comme par exemple : « Élections municipales 2020 : à Paris, Cédric Villani reste derrière Benjamin Griveaux ». Sans compter… qu’Anne Hidalgo reste en tête.

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