V.G.E, le président communiquant

À l’heure de sa disparition qui ne va pas manquer de provoquer des commentaires politiques. On peut aussi s’attacher à la véritable première entrée d’un Président de la République dans le monde orchestré de la communication planifiée.

Dès sa campagne de 1974, Valéry Giscard d’Estaing innove. Il suit l’idée que “l’on élit un homme et pas un programme” selon le mantra de Jacques Hintzy, de l’agence Havas-Conseil. Tout d’abord, le candidat assume de faire “une campagne à l’américaine”. Effectivement, les soutiens de chanteurs, de stars de cinéma ou d’humoristes – femmes et hommes – sont nombreux. Certains n’hésitent pas à porter des tee-shirt barrés du slogan “Giscard à la barre”. Les tréteaux électoraux de la tournée nationale suivent les sillons de la France. Tous afficheront un décorum systématique : couleurs, slogan et musique. Le candidat se déplace souvent en avion. Ce parcours novateur n’échappe pas au photographe Raymond Depardon qui suivait la campagne.

Surprise, il se voit proposer par le futur président de réaliser un film sur sa tentative de conquête du pouvoir. Valéry Giscard d’Estaing souhaite un film comparable à Primary de Richard Leacock et David Drew sur la campagne de J.F.K. Ce sera le fameux documentaire du grand photographe et grand réalisateur. Il sera fameux à double titre. Tout d’abord parce que c’était une première et qu’il avait eu toute liberté pour tourner. Parce que cette liberté était totale, il y avait une prise de distance critique avec le sujet. Cela déplut. Le film, non déposé à la SACEM, a été vu uniquement par quelques personnes du premier cercle. Le premier documentaire du genre devait sortir durant la campagne électorale. Il sera finalement diffusé… 27 ans plus tard ! Seuls quelques rares festivals consacrés au cinéaste avaient pu le diffuser avec autorisation.

Mais enfin, le réalisateur et le Président Giscard d’Estaing décident de faire découvrir l’oeuvre au public. Le film, renommé 1974 pour l’occasion, et sort début 2002 dans les salles d’Art et Essai. La seconde, que sa diffusion télévisuelle soit de préférence faite sur une chaîne du service public.

Élu président, Valéry Giscard d’Estaing ne cessera de “jouer” de tous les ressorts modernes de la communication. Tout d’abord il entre à l’Élysée par la grande porte, mais à pied et en costume de ville. Puis il pose pour la photographie officielle devant son ami photographe Jacques-Henri Lartigue. Ce sera le cliché le plus réussi dans cette catégorie. Le président décontracté affirme ainsi son identité travaillée des années durant. En témoignent ses prestations en joueur de football en sa mairie de Chamalières (Puy-de-Dôme) ou ses interventions musicales sur le piano du pauvre aux côtés de l’accordéoniste Yvette Horner. Auvergnat et par conséquent amoureux du musette.

Les pauvres, le président tient à montrer qu’il sait s’en approcher de près. On se souvient qu’à Noël 1974, il reçoit dans son salon de l’Élysée trois éboueurs. Petit-déjeuner et remise de cadeaux. C’était une véritable surprise pour les invités, mais une opération de communication bien calculée. Puis, durant son septennat, il suivra le même chemin en allant dîner chez des Français (un encadreur, un pompier et leur famille, etc.).

En 1977, la seule fois de son mandat, il décide d’ouvrir l’Élysée au public. On dit que, ce jour de juillet, il serre la main de 2000 personnes par heure… Ses opposants politiques lui reprochent d’affaiblir la fonction présidentielle avec ces “gadgets”. Ils les utiliseront pourtant sans barguigner et avec force “puissance 100” dans les années qui suivront.

En 1981, lors du face-à-face télévisé, Valéry Giscard d’Estaing traite François Mitterrand : “d’homme du passé”. La réponse fuse : “vous êtes l’homme du passif”. C’est le retour de service gagnant après celui perdu par le candidat de la gauche en 1974 qui s’était vu sèchement habillé de la formule : “Vous n’avez pas le monopole du coeur”.

Il ne reste donc plus qu’à quitter le fauteuil présidentiel. V.G.E, car il était finalement parvenu à être nommé régulièrement par ses trois initiales comme John Fitzgerald Kennedy, le fait en un geste et en un mot qui resteront célèbres : “Au revoir”. Se levant après s’être dégagé de son siège, il se retourne et quitte la pièce dos à la caméra statique. La marche est tranquille et solennelle. La distance étant plus longue que prévue les images donneront un caractère crépusculaire qui n’était pas voulu.

La politique continuera avec d’autres protagonistes… Tous se souviendront de l’utilisation aboutie de la communication par Valéry Giscard d’Estaing. Nous savons aujourd’hui qu’elle compte beaucoup pour une élection et un mandat… bien que toutefois elle ne fasse pas tout ce qu’elle prétend faire.

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